Excréments, seringues et crainte du cluster : après la rave-party, Boutigny-sur-Essonne a la gueule de bois

Une fête illégale réunissant près de 300 personnes a eu lieu dans un champ le week-end dernier. Au grand dam d’un agriculteur et de cette commune rurale, qui en paient le prix fort.

 Boutigny-sur-Essonne. Après la rave-party illégale, la commune a ramassé toutes sortes de déchets.
Boutigny-sur-Essonne. Après la rave-party illégale, la commune a ramassé toutes sortes de déchets. DR

Ce samedi, vers 3 heures 30 du matin, un coup de fil de la gendarmerie réveille Patricia Bergdolt, la maire (SE) de Boutigny-sur-Essonne. « Il y a une rave-party en cours », lui annonce-t-on. « Ma troisième en trois ans de mandat, se dit l'élue. Je commence à croire que Boutigny est une terre de teuf ! » Sauf que celle-ci a un goût particulièrement amer.

Dans la nuit de vendredi à samedi, près de 300 « teufeurs » se sont donné rendez-vous dans un champ, près de la commune. « En pleine crise sanitaire », s'étrangle la maire. « Un 15 août, il y avait peu de monde à la gare, mais avec un tel brassage, on craint forcément un cluster », confie-t-elle ce lundi. Cela fait cinq mois qu'on interdit les rassemblements de plus de 10 personnes, et 300 débarquent d'un coup… on ne peut qu'être résignés. »

Boutigny-sur-Essonne. La commune a loué un engin Manitou pour évacuer les déchets. DR
Boutigny-sur-Essonne. La commune a loué un engin Manitou pour évacuer les déchets. DR  

Les agents communaux ramassent les déchets

Les derniers teufeurs ont quitté les lieux ce dimanche après-midi. Pour la petite commune rurale de Boutigny-sur-Essonne, la note est salée. Quatre agents communaux ont été mobilisés pour nettoyer les détritus laissés par les fêtards. « On a trouvé des excréments humains, des seringues, des modes d'emploi pour sniffer à la cuillère, ou encore des bonbonnes de gaz hilarant », détaille Patricia Bergdolt.

En plein parc du Gâtinais, les lieux sont souvent visités par des randonneurs désireux de profiter de cet environnement protégé. « C'est ce qui fait le charme de Boutigny », souligne la maire. Les agents ont ainsi été mobilisés d'astreinte pour gérer la situation. « Au total, nous en avons pour 4000 à 4500 euros de frais, ce qui est colossal pour notre petite commune », déplore l'élue.

Boutigny-sur-Essonne. La rave party s’est tenue dans un champ privé. Capture Facebook
Boutigny-sur-Essonne. La rave party s’est tenue dans un champ privé. Capture Facebook  

L'agriculteur propriétaire du champ où s'est tenue la rave-party, quant à lui, a perdu une partie de son exploitation. « Il est abattu », confie Patricia Bergdolt. Les exploitants voisins sont venus lui prêter main-forte pour nettoyer son terrain. Il a déposé plainte pour occupation illégale d'un terrain privé et dépôt sauvage. La municipalité, elle, a saisi la justice pour nuisances sonores et rassemblement illégal dans un contexte d'épidémie.

Dans un communiqué, la préfecture de l'Essonne a annoncé la saisie de « six véhicules et du matériel de sonorisation » et la mise en place de dépistages à l'alcool et aux stupéfiants pour les conducteurs qui partaient de la fête. Les habitants de Boutigny-sur-Essonne, eux, peinent à comprendre pourquoi le champ n'a pas été évacué dès le premier soir. « Je l'ai demandé à la préfecture, mais je n'ai pas eu de réponse, indique Patricia Bergdolt. Pour les administrés, c'est frustrant. »