Essonne : un prof de tennis jugé pour avoir entretenu une relation avec une joueuse de 12 ans

Stéphane est jugé ce mercredi devant le tribunal correctionnel d’Évry pour des agressions sexuelles commises sur une de ses élèves. Elle n’avait que 12 ans, lui 29 ans, au moment des faits.

 Charline a dénoncé les faits quand elle a eu l’âge de son agresseur au moment des faits (Photo d’illustration).
Charline a dénoncé les faits quand elle a eu l’âge de son agresseur au moment des faits (Photo d’illustration). LP/Grégory Plouviez

Quand on évoque le passé de ce club de tennis du sud de l'Essonne, on se souvient de pas mal de choses. Des entraîneurs, notamment. Un en particulier : Stéphane, dit le gaucher, 47 ans aujourd'hui. « Il sortait avec une joueuse », peut-on entendre comme bruits de couloirs. C'était effectivement le cas en 2002.

Sauf que cette joueuse n'avait que 12 ans à l'époque et que pour ces faits, le quadragénaire est poursuivi ce mercredi 7 octobre devant le tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes pour agressions sexuelles et détention d'images pédopornographiques. C'est en grandissant que Charline comprend que ce qu'elle avait vécu enfant n'était pas normal.

« Quand j'ai eu 29 ans, le même âge que lui au moment des faits, je me suis rendu compte que ce n'était pas possible d'avoir des vues sur un enfant », relate Charline*. En 2019, elle dépose plainte contre son ancien coach.

« Je n'avais pas la maturité pour dire non »

Quand il commence à l'entraîner, elle a déjà 5 ans d'ancienneté dans ce petit club. Rapidement, Stéphane lui fait des avances. « C'était quelqu'un de confiance même s'il pouvait être autoritaire et craint. Je n'avais pas la maturité pour dire non », analyse-t-elle aujourd'hui. Les relations sexuelles ne tardent pas.

« J'allais le voir chez lui avant d'aller au collège. J'arrivais parfois avec deux heures de retard en cours, se souvient-elle. Le midi, il venait me chercher. Il voulait plusieurs fois par jour ». Il faisait aussi des photos. Ce détail dont elle se souvient, elle l'indique aux gendarmes lorsqu'elle dépose plainte. Les enquêteurs retrouvent les images sur son disque dur. Pour le dossier, ils les impriment. « Il y en a des pages », confie une source proche de l'enquête.

« Une contrainte morale avec un rapport d'autorité »

À 12 ans, Charline n'a pas réellement conscience que ce qu'elle vit n'est pas sain. Mais il y a des signes. « Je me griffais, je me tapais », poursuit-elle. Lorsqu'elle a 18 ans, la relation se termine. Débute une vie d'adulte compliquée. « Je n'arrive pas à faire ma vie, reprend-elle. Il m'a tout volé. »

Lors de la confrontation, le coach n'a pas nié les faits. Il a juste estimé que Charline « avait le droit de dire non ». Pas si simple selon une source judiciaire. « Vu son âge, elle ne comprenait pas. Il y avait une contrainte morale avec un rapport d'autorité. Les faits auraient pu être qualifiés de viols et aller devant la cour d'assises. En raison de l'ancienneté des faits, ils ont été correctionnalisés en agressions sexuelles avec l'accord de la victime », justifie cette même source. Selon nos informations, l'entraîneur n'enseigne plus depuis 2012.

Dans les différentes auditions auxquelles Le Parisien a eu accès, il était aussi question de soirées organisées par cet entraîneur avec « des joueuses toutes mineures ». « Rien n'a permis de déterminer qu'il y avait eu d'autres victimes », répond une source judiciaire. Charline est donc la seule plaignante.

Mais sur le banc des parties civiles, elle aura à ses côtés la Fédération française de tennis (FFT) qui s'est constituée après que Le Parisien l'a sollicitée pour réagir à cette affaire. « Nous avons mis en place une cellule d'écoute, répond-on au sein de la FFT. Nous menons aussi des formations et des actions de sensibilisation sur les sujets de violences sexuelles contre les mineurs et des abus d'autorité ».

« Le tennis pour moi, c'est terminé »

Face aux scandales qui se multiplient dans le sport en général, mais pas seulement, avec ces relations révélées entre adultes et enfants - comme entre l'écrivain Gabriel Matzneff et Vanessa Springora - Charline lâche : « Cela montre que je ne suis pas la seule mais ça me fait peur aussi parce que je me demande combien nous sommes dans ce cas ».

À la veille de l'audience, elle confie : « J'en ai besoin même si je redoute de me retrouver dans une même salle avec lui ». Lorsque nous l'avions rencontrée en février avant le procès initialement prévu le 3 avril, renvoyé pour cause de confinement, Charline confiait : « Le tennis pour moi, c'est terminé. J'ai essayé dans un autre club, mais tout le monde se connaît ». Un ancien camarade de club qu'elle a croisé s'est rappelé une anecdote : « Il t'obligeait à porter des jupes ou des robes ». Ça, Charline ne s'en souvenait plus.

*Le prénom a été modifié.