Essonne : un appel aux dons pour faire rugir La Panthère, un bolide des années 1920

Le cycle car a été construit en 1921. Soutenu par la fondation du patrimoine, le projet de rénovation sera présenté pour la première fois ce samedi à Arpajon.

 Brières-les-Scellés, vendredi 15 octobre 2020. Gilles Pujol, président fondateur des Triplettes de Bonneville, et sa Panthère bientôt centenaire.
Brières-les-Scellés, vendredi 15 octobre 2020. Gilles Pujol, président fondateur des Triplettes de Bonneville, et sa Panthère bientôt centenaire. LP/Nolwenn Cosson

Elle fêtera ses 100 ans en 2021. Et espère pour l'occasion se refaire une petite beauté. Une renaissance estimée à près de 50 000 euros pour cette voiture car qui dormait sagement dans un garage. Avant que les Triplettes de Bonneville ne mettent la main dessus il y a deux ans.

Ces fous du volant de Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), qui comptent à leur actif 58 records du monde de vitesse, sont passionnés par les véhicules d'autrefois. Avec le soutien de la Fondation du patrimoine et le Groupe Motul, ils ont décidé d'offrir une seconde jeunesse à La Panthère.

Dans le cadre d'un appel aux dons, le véhicule sera présenté pour la première fois au public ce samedi à partir de 14 heures sur le parking de la mairie d'Arpajon. Un retour aux sources pour cette voiturette de 260 kilos qui a passé ses dernières années du côté de Poitiers (Vienne).

Inscrite à des courses de vitesse sur la N 20

«Elle a été construite par monsieur Bogey en région parisienne. A l'époque, on sortait de l'après-guerre avec l'idée que tout était possible. Beaucoup de personnes se sont lancées dans la construction de voitures, raconte Gilles Pujol, président fondateur des Triplettes. Pour se faire connaître, ils s'inscrivaient à des courses. Nous sommes en train de consulter les archives mais nous savons déjà qu'elle a participé à une course de côte à Gometz-le-Châtel, et de vitesse sur la N20 (voir encadré plus bas) au départ d'Arpajon. C'était symbolique pour nous que tout redémarre de là.»

Faute de battre des records, son propriétaire vante les prouesses de son bébé dans des publicités. Selon lui, son cycle car «possède une remarquable maniabilité qui en fait un véhicule de ville tout désigné» et vante une «recherche de l'absolu, sous forme de la légèreté, de la simplicité et du bon marché».

Des publicités vantant les prouesses de La Panthère ont été retrouvées. DR
Des publicités vantant les prouesses de La Panthère ont été retrouvées. DR  

Au final, il n'y aura qu'un seul exemplaire de La Panthère. «Mais pour plus de crédibilité, le constructeur avait noté sur la carte grise que c'était la numéro 16, s'en amuse Gilles Pujol. Par contre, le choix de son nom reste un mystère.»

«Elle fait partie de notre patrimoine»

Après sa courte carrière de voiture de course, le véhicule quitte la région parisienne. Elle est récupérée par un féru de mécanique qui s'en sert pour se promener. «On y avait aussi accroché une remorque pour aller chercher les huîtres à Marennes (Charente-Maritime)», se souvient Gilles Combaud, collectionneur et dernier propriétaire, avant les Triplettes, du cycle car.

Malgré son vieil âge, la voiturette est complète.DR
Malgré son vieil âge, la voiturette est complète.DR  

«Avec l'eau de la mer, cela ne l'a pas arrangé d'ailleurs. Par manque de temps pour le réparer, il me l'a cédé, poursuit-il. Mais moi aussi je suis très pris, c'est pourquoi j'ai décidé de m'en séparer. J'ai eu des propositions d'Anglais, mais elle fait partie de notre patrimoine, cela me tenait à cœur qu'elle reste chez nous.»

C'est grâce à une annonce passée sur Internet que l'histoire commence. Et que la Panthère sort de l'oubli. «C'est notre rôle de mettre en lumière notre patrimoine qu'il soit bâti, naturel ou en lien, comme ici, avec les moyens de transport, conclut-on au sein de la Fondation du patrimoine. Ce projet est atypique, c'est pourquoi il a notre soutien.» Près de 6000 euros ont déjà été collectés.

Renseignements : www.fondation-patrimoine.org

Des records de vitesse battus sur la N20 entre 1921 et 1930

Des centaines de voitures se sont élancées à toute vitesse sur cet axe majeur de l’Essonne. A partir de 1921, des courses organisées dans le but d’établir des records étaient lancées sur la N20, au départ Arpajon.

«Cette route était idéale car en ligne droite, indique Gilles Pujol, président fondateur des Triplettes de Bonneville et passionné des courses de vitesse. Cela se terminait au niveau de la côte de Torfou, qui servait de sécurité. Même les voitures qui avaient des problèmes de freins s’arrêtaient. Le public venait nombreux. Il s’arrêtait en gare de Juvisy-sur-Orge avant d’être acheminé sur place par bus.»

Le 6 juillet 1924, René Thomas enregistre un record du monde à 230,47 km/h sur une Delage. La semaine suivante, il est détrôné par Ernest A. D. Eldridge sur une Fiat équipée d’un moteur d’aviation de 21,7 litres de cylindrée. Il atteint les 234,98 km/h. Ce sera le dernier record de vitesse homologué sur route publique.

Les plus petites cylindrées continueront à tenter des records jusqu’en 1930. Avec l’ouverture, en 1924, de l’autodrome de Linas-Montlhéry, de nombreux pilotes profitaient de la proximité des deux lieux pour multiplier leurs chances, sur route et sur piste.