Essonne : qui est Idriss Sihamedi, le fondateur de BarakaCity qui s’en prend à Zineb El Rhazoui ?

Sur Twitter, le responsable de cette association humanitaire islamique basée à Evry-Courcouronnes multiplie les menaces et les révélations d’ordre privé à l’encontre de l’ancienne journaliste de «Charlie Hebdo».

 Idriss Sihamedi, le fondateur de l’association humanitaire islamique BarakaCity, multiplie les messages de menace à l’encontre de Zineb El Rhazoui, qu’il accuse d’être islamophobe.
Idriss Sihamedi, le fondateur de l’association humanitaire islamique BarakaCity, multiplie les messages de menace à l’encontre de Zineb El Rhazoui, qu’il accuse d’être islamophobe. YouTube BarakaCity

Il a choisi le réseau social Twitter pour mener son combat. Depuis plusieurs jours, Idriss Sihamedi, le fondateur de l'association humanitaire islamique BarakaCity dont le siège se trouve à Evry-Courcouronnes (Essonne) depuis 2012, se livre sur le réseau social, où il est suivi par près de 29 000 internautes, à une série de tweets visant l'écrivaine et ancienne journaliste de « Charlie Hebdo », Zineb El Rhazoui, qu'il accuse d'être islamophobe. Accusations proférées avec le hashtag #balancezinebelrhazoui aujourd'hui remontées jusque dans les plus hauts services de l'Etat.

Dans un tweet, Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, a apporté son soutien à Zineb El Rhazoui après les posts d'Idriss Sihamedi. Thibault de Montbrial, avocat de la journaliste, a signalé tous les tweets au réseau social afin qu'ils soient supprimés.

« La campagne d'intimidation que mène cet homme est particulièrement ordurière, tacle, contacté par Le Parisien, l'ancien Premier ministre et ex-maire d'Evry, Manuel Valls. Il s'attaque à la vie privée en divulguant des noms et des lieux précis… C'est ce qui a conduit le député (NDLR : Francis Chouat, son successeur) à saisir le ministre de l'Intérieur. »

«Plusieurs enquêtes en cours», selon Manuel Valls

Ce n'est pas la première fois que l'ancien Premier ministre et le responsable associatif s'invectivent. « Plusieurs enquêtes sur le fonctionnement de l'association sont en cours, assure Manuel Valls, sans vouloir en divulguer la teneur. Laissons la justice faire son travail. »

« Des enquêtes, il doit y en avoir beaucoup, renchérit l'ancien maire d'Evry-Courcouronnes et actuel député de la circonscription, Francis Chouat (LREM). Cet homme rattaché à l'islamisme radical le plus nauséabond a depuis longtemps largement dépassé les frontières du siège de son association. Ce qu'il fait à l'encontre de Zineb El Rhazoui et Zohra Bitan, deux militantes anti-islamistes, est odieux. Nous sommes désormais très loin des simples interrogations sur les activités de l'association. »

«C'est tout simplement inacceptable»

Au bout du fil, le député souligne le contexte particulier dans lequel intervient ce harcèlement : « Nous sommes en plein dans le procès des attentats de janvier 2015, la semaine dernière, la DRH de Charlie Hebdo a dû être exfiltrée de son domicile tellement elle recevait de menaces et vendredi, une nouvelle attaque a eu lieu rue Nicolas-Appert, à deux pas des anciens locaux du journal. C'est tout simplement inacceptable. »

Car le fondateur de BarakaCity n'est pas à son premier coup d'éclat. En 2015, la police, intriguée par le survol d'un drone, a procédé à une première perquisition des locaux de l'association. « Le personnel, les invités et les donateurs ont été fouillés au même titre que les candidats présents pour un entretien d'embauche, regrettaient à l'époque les responsables. Les comptes Twitter et Facebook ont été épluchés, les ordinateurs passés au crible et les livres religieux pris en photo. »

Quelques mois plus tard, nouvelle perquisition à la demande du préfet. Sur l'arrêté publié à l'époque par l'association, les services de l'Etat justifient la procédure en ces termes : « Les membres musulmans fondamentalistes effectuent régulièrement dans le cadre de leur activité humanitaire des voyages en Syrie, […] il existe des raisons sérieuses de penser que se trouvent des personnes, armes ou objets liés à des activités à caractère terroriste. » Quatre ans plus tard, l'enquête a été classée sans suite par le parquet d'Evry.

Il avait déclaré «ne pas serrer la main aux femmes»

En janvier 2016, alors qu'il était invité sur le plateau de l'émission « Le Supplément » sur Canal +, Idriss Sihamedi avait une nouvelle fois choqué l'opinion. Invité pour évoquer le sort de l'un de ses humanitaires emprisonné au Bangladesh, le fondateur de BarakaCity, à qui un chroniqueur demandait s'il condamnait les exactions de l'Etat islamique, avait longuement hésité avant de prendre du bout des lèvres ses distances avec la « barbarie ». Quelques minutes plus tôt, en tant que « musulman normal », il avait déclaré « comme certains rabbins ne pas serrer la main aux femmes ».

Contacté, Idriss Sihamedi n'a pas répondu à nos sollicitations. Il a annoncé, toujours via son réseau social préféré, qu'il allait poursuivre l'actuel ministre de l'Intérieur et Manuel Valls qui a parlé de lui ce lundi matin dans une interview à RMC. Aucune plainte n'est pour l'heure remontée jusqu'au parquet.