Essonne : pour lutter contre la ligne 18, des dizaines d’opposants campent toute la semaine

Des riverains et des militants de différentes associations sont réunis depuis samedi et pendant une semaine à Villiers-le-Bâcle. Objectif : dénoncer un projet de métro jugé inutile et anti-écologique.

 A Villiers-le-Bâcle (Essonne), le 18 octobre 2020. Plusieurs dizaines d’opposants au projet de ligne 18 ont planté leurs tentes le long de la départementale 36, à proximité du tracé prévu pour ce métro.
A Villiers-le-Bâcle (Essonne), le 18 octobre 2020. Plusieurs dizaines d’opposants au projet de ligne 18 ont planté leurs tentes le long de la départementale 36, à proximité du tracé prévu pour ce métro. LP/Pauline Darvey

« Vous voyez si la ligne 18 est construite, tout ce paysage — qui est déjà très fragile — va disparaître sous du béton. » Campée sur l'une de ses parcelles, Cristiana, une agricultrice bio installée avec son mari à Villiers-le-Bâcle (Essonne), désigne la départementale 36, à quelques mètres de là.

De l'autre côté de cette route, ses champs s'étendent encore à perte de vue. Mais d'ici à 2026, cette perspective dégagée pourrait être obstruée par l'une des toutes nouvelles lignes de métro du Grand Paris Express, qui doit relier l'aéroport d'Orly à Versailles Chantiers en passant par le plateau de Saclay et la gare de Massy-Palaiseau.

«400 hectares de champs et de forêt vont disparaître»

Un projet jugé inutile par de nombreux militants qui dénoncent une aberration écologique et contre lequel Cristiana et son compagnon se battent depuis plus de dix ans. Pour poursuivre cette bataille, ce couple accueille pendant une semaine un « camp climat » sur leurs terres. Depuis ce samedi, des riverains, des membres du mouvement écologiste Extinction Rebellion et d'autres associations locales opposées à la ligne 18 ont planté des tentes et installé des banderoles.

LIRE AUSSI > Plateau de Saclay : ils protestent pour que les terres de Corbeville restent agricoles

Assis sur des bottes de paille, ils sont quelques dizaines ce dimanche après-midi à échanger autour de ces problématiques. Des conférences et des débats avec des scientifiques seront, entre autres, au programme des jours suivants.

« Samedi prochain, nous allons terminer avec une assemblée citoyenne avec pour objectif de créer un collectif pour réunir tous ceux qui luttent contre ces grands projets inutiles », détaille Carole, une militante d'Extinction Rebellion.

Pour elle, la ligne 18 est symptomatique « d'un modèle de société périmé ». « 400 hectares de champs et de forêt vont disparaître pour cette construction, se désole cette professeure des écoles. Il faut absolument préserver ces terres agricoles, d'autant plus qu'elles sont particulièrement fertiles. Tout a déjà été tellement bétonné en Ile-de-France! »

«Une ligne qui n'est pas rentable»

Le tout pour un métro flambant neuf qui n'aurait, selon les opposants au projet, aucune utilité. « Son tracé relie l'Est à l'Ouest, précise encore cette habitante de Marcoussis. Or, c'est principalement sur l'axe Nord-Sud qu'il y a des besoins. Il faudrait commencer par mettre des moyens sur le RER B qui est complètement saturé avec un million d'usagers par jour. »

Un chiffre largement supérieur aux prévisions de fréquentation de la ligne 18. « Les études les plus optimistes parlent de 150 000 voyageurs par jour, abonde la militante. Ce qui est très loin d'être rentable pour une ligne de transport. »

« Même la Cour des comptes a toujours dit que cette ligne n'était pas rentable », renchérit Patrice Gilbon, ancien maire (sans étiquette) de Villiers-le-Bâcle, désormais conseiller municipal. « Si on n'écoute pas ces instances, je ne vois pas à quoi elles servent », s'indigne cet élu, qui lutte depuis 2011 contre la ligne 18.

Si elle voit le jour, Cristiana, elle, devra faire un gros détour pour rejoindre les champs qui se trouvent de l'autre côté de la route. « Mais ce n'est pas qu'un problème personnel, insiste-t-elle. Tout le monde est concerné car tout le monde a besoin de manger. Préserver la terre, c'est préserver la vie ! »

Une ligne nécessaire pour la Société du Grand Paris

Du côté de ceux qui portent le projet ou qui l’accompagnent, il n’est pas question de remettre en cause la construction de la ligne 18 du métro du Grand Paris. La Société du Grand Paris (SGP), opératrice du Grand Paris Express, rappelle avoir « donné l’occasion au public de s’exprimer très récemment dans le cadre d’une enquête publique ».

« Au total, 450 avis ont été exprimés et la commission d’enquête a délivré un avis favorable, indique la direction des relations extérieures de la SGP. La ligne 18 a vocation à desservir des territoires structurants et d’importance nationale sur le plan scientifique, économique et universitaire. C’est aussi la ligne des transports du quotidien qui va faciliter la vie de 340 000 habitants et desservir 180 000 emplois. »

Une position partagée par Grégoire de Lasteyrie, nouveau président (LR) de Paris-Saclay et maire de Palaiseau. « A terme, le plateau de Saclay doit accueillir 15 à 20 % de la recherche scientifique nationale. Et 4000 hectares sont sanctuarisés dans la ZPNAF (NDLR : zone de protection naturelle, agricole et forestière), contextualise-t-il. C’est un dispositif inédit en France encadré par un décret ministériel, le plus haut niveau de protection. »