«Il me demandait de mentir sur mon âge» : le prof de tennis de l’Essonne face à ses contradictions

Ce mercredi, Stéphane, 48 ans aujourd’hui, a comparu devant le tribunal correctionnel d’Evry-Courcouronnes pour agression sexuelle sur mineure de 15 ans. Il est jugé pour avoir entretenu une relation avec son élève de 12 ans alors qu’il avait 29 ans.

 Evry-Courcouronnes, mercredi 7 octobre 2020. L’an dernier, Charline* a porté plainte contre son ancien professeur de tennis avec qui elle a entretenu une relation alors qu’elle n’avait que 12 ans.
Evry-Courcouronnes, mercredi 7 octobre 2020. L’an dernier, Charline* a porté plainte contre son ancien professeur de tennis avec qui elle a entretenu une relation alors qu’elle n’avait que 12 ans. LP/Florian Garcia

« Il appelle ça la chimie, j'appelle ça l'amour… et parfois ça dépasse un peu la légalité », résume l'avocat du prévenu avant de plaider. Engoncé dans sa chemise, l'ancien professeur de tennis a détaillé, pendant plus de deux heures ce mercredi devant le tribunal correctionnel d'Evry-Courcouronnes, la nature de la relation qu'il a entretenue avec Charline* (le prénom a été modifié), son élève de 12 ans à l'époque des faits. Lui en avait 29.

Dans un premier temps cachée, la relation entre le presque trentenaire et son élève de 17 ans sa cadette a été révélée au grand jour bien après. « Vous avez demandé le consentement des parents quand Charline a eu ses 15 ans, souligne la présidente. Ils vous l'ont d'ailleurs accordée. »

Elle comprend plus tard que ce qu'elle avait vécu n'était pas normal

La bénédiction de la belle-famille en poche, le couple emménage même quelque temps plus tard chez les parents de Charline avant de s'installer de leur propre logement. Leur histoire prend fin en 2008, après un ultime voyage en Inde. Elle dépose plainte onze ans plus tard, en 2019, comprenant à l'approche de la trentaine que ce qu'elle avait vécu enfant n'était pas normal.

« Elle m'a demandé d'aller les voir en 2004, on y est allé ensemble, explique calmement le prévenu. On leur a annoncé au mois d'avril. » Dans le club, Stéphane a bonne réputation. Et puis les parents le connaissent, il donnait déjà des cours de tennis à la grande sœur. Ils ne s'opposent pas à leur relation.

« Nous assistons aujourd'hui au bal des faux culs, au bal des hypocrites, lance l'avocat de la défense lors de sa plaidoirie. Qu'ont-ils fait les parents ? Ils ont vécu avec lui pendant un an à cause d'un dégât des eaux dans son logement. La relation a duré jusqu'aux 19 ans de leur fille et ils n'ont jamais rien dit. »

«Il me demandait de dire que j'étais en BTS alors que je n'avais que 13 ans»

Questionné sur le jeune âge de Charline au moment des faits, l'ex-coach qui exerce aujourd'hui la profession de consultant en marketing se réfugie derrière « la maturité étonnante » de l'adolescente avant de lâcher : « J'aimais cette femme ». La présidente le coupe : « Monsieur, avez-vous conscience qu'à 12 ans il ne s'agit pas d'une femme ? » Le prévenu hoche de la tête, lâche un timide « oui » et embraye aussitôt. « Notre relation était fusionnelle. Au bout de près de sept ans, tout le monde était au courant. »

Charline, elle, assure avoir dû mentir sur son âge à plusieurs reprises à la demande de Stéphane, accuse-t-elle.

Des photos intimes de la victime

Lors des perquisitions, les gendarmes ont découvert plusieurs photos intimes de la victime. « C'était un jeu, se défend l'ancien sportif au casier judiciaire vierge. Parfois, c'est même elle qui demandait à être prise en photo. »

Du côté du ministère public, l'argument passe mal. « Sur ces clichés, Charline a un corps de femme mais elle a une tête d'enfant, gronde la procureure. Monsieur n'a fait aucun travail sur lui-même pour comprendre la gravité des faits qui lui sont reprochés. Il n'a aucun recul, cela m'inquiète sur sa capacité à récidiver au prétexte d'un nouveau coup de foudre. »

La procureure a requis trois ans de prison, dont deux avec sursis probatoire, à l'encontre du prévenu. Le jugement a été mis en délibéré au 21 octobre.