Essonne : la future Fabrique de l’art profitera-t-elle de la fermeture du Centre Pompidou ?

Les acteurs locaux entendent profiter de la fermeture pour travaux du Centre Pompidou pour attirer les visiteurs dans le département, qui accueillera les réserves du musée parisien à Massy à partir de 2025.

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 Le Centre Pompidou, à Paris, fermera totalement ses portes aux visiteurs de 2023 à 2027 pour une rénovation complète.
Le Centre Pompidou, à Paris, fermera totalement ses portes aux visiteurs de 2023 à 2027 pour une rénovation complète. LP/Benoit Hasse

L'annonce de la fermeture du Centre Pompidou de 2023 à 2027 pour travaux n'a pas été reçue partout comme « une catastrophe ». Si une pétition a été lancée par des riverains et commerçants parisiens, à une vingtaine de kilomètres de là en Essonne, certains y voient une « opportunité » pour la Fabrique de l'art.

Ce futur « pôle francilien de conservation et de création du Centre Pompidou » accueillera fin 2025 les réserves du musée d'art moderne (120 000 œuvres) et celles du musée national Picasso-Paris, et vise les 200 000 visiteurs annuels.

«Une chance pour notre territoire»

« Il faut transformer cette période de fermeture du Centre Pompidou en chance pour notre territoire, s'enthousiasme Francisque Vigouroux, vice-président en charge de la culture à Paris-Saclay et maire (Radicaux centristes) d'Igny. Notre agglomération met 9 millions d'euros dans le projet de la Fabrique de l'art (NDLR : coût total 59,6 millions d'euros dont 42 millions d'euros financés par les collectivités). Le Centre Pompidou propose déjà des opérations hors les murs en préfiguration de sa présence à Massy d'ici 2025. »

Comme les opérations « Un jour, une œuvre », qui permettent à des publics variés de découvrir gratuitement l'œuvre (originale) d'un artiste d'art contemporain du XXe siècle issu des collections, le temps d'une journée dans un lieu atypique. Exemples récents avec le centre omnisports de Massy et une sculpture de Dubuffet, ou avec la galerie marchande du centre commercial des Ulis 2 et le « Totem » de Gaston Chaissac.

« Il y a aussi des ateliers dans des classes des collèges en lien avec le conseil départemental, des expositions, poursuit Francisque Vigouroux. Mais tout cela doit monter en puissance, il faut aller encore plus loin. Avec mes collègues et les équipes de Pompidou, nous devons mettre à profit 2021 pour imaginer de nouvelles actions. »

Pécresse appelle le Centre Pompidou à «se réinventer hors les murs»

Il n'en a pas encore discuté officiellement. Mais il imagine que le Centre Pompidou s'appuie sur deux ou trois bassins de vie de Paris-Saclay pour des expositions éphémères dans des anciens bâtiments industriels, dans des granges, en forêt… « C'est dans l'ADN du Centre Pompidou d'ouvrir les portes de l'art à tout le monde et d'aller à son public, de ne pas seulement attendre que le public vienne dans les musées, estime Francisque Vigouroux. Si on mène ces actions dès 2023, première année de fermeture du Centre Pompidou à Paris jusqu'à l'ouverture de la Fabrique de l'art à Massy, je pense que ce sera une très belle transition. »

Valérie Pécresse, présidente (Libres !) de l'Ile-de-France, semble sur la même longueur d'onde. « Je n'en ai pas encore parlé avec les élus essonniens, mais nous pourrions imaginer un geste architectural éphémère pour ancrer Pompidou sur le territoire essonnien en attendant la construction de la Fabrique de l'art à Massy, je serais prête à le cofinancer. »

Pour elle, ce futur site de 2000 mètres carrés dans le quartier de Massy-Opéra est « une formidable occasion pour Pompidou de se réinventer hors les murs ».

120 000 œuvres à Massy dès 2025

« C'est aussi une opportunité unique pour l'Essonne qui est la grande délaissée de la politique culturelle de ces dernières années, se réjouit Valérie Pécresse. La Fabrique de l'art devra être un lieu d'expositions participatives, de programmation de spectacles vivants, de programme de recherches avec l'université Paris-Saclay et d'interactions avec les établissements scolaires environnants. »

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Serge Lasvignes, président du Centre Pompidou, voit les choses en deux temps : « Normalement, la Fabrique de l'art ouvrira en décembre 2025. Cela signifie qu'il y aura une année complète, 2026, où Massy sera ouvert tandis que le musée d'art moderne à Paris sera toujours fermé pour travaux. Il faut donc faire en sorte que ce soit l'occasion d'une grande ouverture à Massy. Que dans toute l'Ile-de-France, on se dise et on sache que les 120 000 œuvres de la plus grande collection d'art moderne des XXe et XXIe siècle d'Europe sont à Massy, un lieu d'expérimentation culturelle innovante, pluridisciplinaire… »

«Un tel lieu en grande couronne, c'est inédit»

En attendant, il confirme que la préfiguration (les opérations un jour une œuvre, les expositions, ateliers…) va « continuer de monter en puissance ». De quoi satisfaire Nicolas Samsoen, le maire (UDI) de Massy qui croit en ce projet depuis le début et qui s'est battu pour que Massy le décroche. « A titre personnel, étant un grand amoureux de Pompidou, je suis ennuyé qu'il ferme, confie l'élu. Mais il faut saisir cette opportunité pour installer ce futur pôle culturel francilien, qui devra gagner sa singularité. Ce ne sera pas une annexe de Pompidou, mais un lieu qui propose un accès différent à la culture. »

Et un lieu « très attendu par les populations » assure Grégoire de Lasteyrie, président (LR) de Paris-Saclay et maire de Palaiseau. « Un tel lieu en grande couronne, c'est inédit, rappelle-t-il. Il ne faut pas attendre son ouverture pour renforcer la coopération avec Pompidou sur notre territoire. L'engagement du musée doit être à la hauteur des collectivités (NDLR : Etat, région, département, agglomération et ville) qui s'engagent financièrement pour la réussite de ce projet culturel exceptionnel. »