Essonne : Jean-Perrin, un lycée au cœur de la guerre des bandes entre Chilly-Mazarin et Longjumeau

Ce week-end, des bagarres entre jeunes des quartiers sud de Longjumeau et de Saint-Eloi à Chilly-Mazarin ont fait au moins deux blessés et trois interpellations. Le lycée Jean-Perrin, fréquenté par les deux camps, est sous tension.

 Longjumeau, ce mardi 6 octobre 2020. Une voiture de la police nationale stationne devant le lycée Jean-Perrin, théâtre de rixes entre bandes depuis ce lundi.
Longjumeau, ce mardi 6 octobre 2020. Une voiture de la police nationale stationne devant le lycée Jean-Perrin, théâtre de rixes entre bandes depuis ce lundi. LP/Nolwenn Cosson

L'ambiance reste calme, mais une voiture de la police nationale veille. Ce mardi après-midi, les abords du lycée des métiers Jean-Perrin, à Longjumeau, sont sous surveillance. La veille, l'établissement a été malgré lui le théâtre de rixes entre des bandes rivales de Longjumeau et Chilly-Mazarin.

Dès 8h30, selon une source policière, une vingtaine de jeunes du quartier Saint-Eloi, à Chilly-Mazarin, ont foncé au lycée pour en découdre. « Ils ont été vus sur les caméras, et quand ils ont vu le déploiement policier, ils se sont enfuis », indique cette même source. Quelques heures plus tard, quatre jeunes de Longjumeau se ruent sur un autre de Chilly et le blessent coups de matraques et de marteaux.

«La direction de l'établissement a appelé les policiers mais il était déjà trop tard»

Étienne*, élève en seconde, était devant les grilles de l'établissement lorsqu'il a vu des jeunes débarquer. « Ils étaient toute une équipe. Ils sont venus une première fois à 8 heures puis à 10 heures, raconte le lycéen. Ils ont frappé un mec puis ont couru pour s'enfuir. » Julien*, un autre élève, confirme : « La direction de l'établissement a appelé les policiers mais il était déjà trop tard, ils étaient repartis. »

Ces incidents sont la conséquence d'un long week-end de violences entre les deux quartiers. Il a débuté par une rixe au Parc des sports de Longjumeau, lors de la fête foraine, samedi après-midi. « Dans la soirée, les jeunes de Longjumeau tournaient un clip, confie une source policière. Quand ils ont appris qu'un des leurs avait été amoché à la fête foraine, ils sont tous descendus à Chilly. C'était chaud, on a dû gazer tout le monde pour les disperser ».

Chilly-Mazarin, quartier Saint-Eloi, ce samedi. Une soixantaine de jeunes des quartiers Sud de Longjumeau ont fait une « descente » dans la cité Saint-Eloi pour en découdre./Capture d’écran Snapchat
Chilly-Mazarin, quartier Saint-Eloi, ce samedi. Une soixantaine de jeunes des quartiers Sud de Longjumeau ont fait une « descente » dans la cité Saint-Eloi pour en découdre./Capture d’écran Snapchat  

Cette « descente » n'est pas passée inaperçue à Chilly-Mazarin. Le samedi, les habitants de Saint-Eloi sont nombreux à venir faire leurs courses au G20 de la rue de Gravigny. Ils ont été choqués par l'irruption, devant le magasin, d'une soixantaine de jeunes capuchés, masqués, vêtus de noir et armés de béquilles, barres de fer et bâtons. « On est au G20, on est arrivés ! On est dans leur cité, Longjumeau c'est les boss ! » peut-on entendre dans une vidéo amateur publiée sur Snapchat, et montrant leur progression dans le quartier.

Au cours du week-end, au moins trois jeunes ont été interpellés, dont deux de Chilly et un de Longjumeau. Trois autres ont été blessés : deux de Longjumeau et un de Chilly. Une voiture a été dégradée.

«Nous sommes en train de recruter des médiateurs»

Devant le lycée Jean-Perrin, les deux adolescents croisés sont persuadés que l'histoire ne s'arrêtera pas là. « Entre les jeunes de Chilly et de Longjumeau, c'est la guerre ! Ça fait un moment que c'est comme ça, tout le monde le sait, poursuit Etienne. La rumeur dit que les jeunes de Longjumeau se préparent pour se venger. » Pas de quoi les inquiéter selon leurs dires. « On a l'habitude, assure Etienne. Au sein du lycée rien n'a changé. Aucun professeur ne nous en a parlé. »

Contactée, la maire (LR) de Longjumeau, Sandrine Gelot, n'a pu répondre à nos sollicitations. Elle travaille avec son homologue (PS) de Chilly-Mazarin, Rafika Rezgui, pour enrayer l'escalade. « Quand j'ai repris la mairie, il n'y avait que quatre agents de police municipale, insiste Rafika Rezgui. Nous sommes en train de recruter des médiateurs, sept policiers et des agents de prévention pour rouvrir une brigade de nuit. Le processus de recrutement a été lancé le 8 juin. »

La maire se heurte à un autre problème : le non-raccordement des caméras de la ville au commissariat de Longjumeau depuis 2017. « Cela fait trois ans qu'ils ont un écran noir quand ils veulent voir des images de Chilly, déplore-t-elle. Je viens d'obtenir l'autorisation de la Direction départementale de la sécurité publique pour faire réparer la panne. » Contactée, la préfecture de l'Essonne n'a répondu à nos sollicitations.

*Les prénoms ont été changés.