Essonne : il est le vice-champion des conducteurs de bus

Driss Kadi est arrivé deuxième du concours national des Bus d’or, qui récompense les meilleurs chauffeurs des réseaux de transports publics urbains. Rencontre.

 Au dépôt de bus de la Tice de Bonfoufle, le 16 octobre 2020. Driss Kadi participait pour la première fois au concours des Bus d’or.
Au dépôt de bus de la Tice de Bonfoufle, le 16 octobre 2020. Driss Kadi participait pour la première fois au concours des Bus d’or. LP/PAULINE DARVEY

S'il existait, à quoi ressemblerait le conducteur de bus idéal ? Accueillant et courtois, il vous renseigne sur votre itinéraire avec le sourire. Il a une conduite souple, sans à-coups. Avec son véhicule articulé de 12 mètres de long, il peut aussi passer sans problème dans des rues étroites ou encore faire des manœuvres compliquées.

À la Tice (Transports Intercommunaux Centre Essonne), l'un des 370 conducteurs correspond plus particulièrement à ce portrait-robot. Driss Kadi, 35 ans, vient de remporter la deuxième place des Bus d'or, juste derrière un homologue de la RATP.

« La meilleure nouvelle de ma carrière »

Créé en 1998 par l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP), ce concours national met en compétition, tous les deux ans, des chauffeurs de réseaux de transports publics urbains de tout le territoire. D'ordinaire, des professionnels européens concourent également. Covid oblige, ils n'ont pas pu faire le déplacement cette année.

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En début de semaine dernière, une trentaine de conducteurs ont participé aux différentes épreuves - questionnaire à choix multiples, slaloms, etc. - organisées à Saint-Denis (93) sur le site de formation de la RATP. La Tice présentait pour la troisième fois un candidat.

« Mais c'est la première fois que nous sommes sur le podium », se réjouit Emile Kocas, le responsable de la formation. Une véritable fierté pour ce professionnel. « Ça fait 26 ans que je suis dans le métier, rappelle celui qui a commencé comme conducteur. Et c'est la meilleure nouvelle de ma carrière. En tant qu'entraîneur, quand votre poulain gagne, c'est quelque chose ! » Car Emile Kocas s'est attaché à préparer au mieux son « poulain », en lui organisant des parcours et autres exercices au dépôt de bus de Bondoufle.

« Ici aussi, on a de bons conducteurs »

En février dernier, il a d'abord fallu sélectionner le futur candidat de la Tice. La cinquantaine de candidats volontaires se sont notamment affrontés sur un simulateur de conduite flambant neuf. Sur leur parcours, les pilotes devaient faire face à différents obstacles et réagir le plus vite possible. « Cela permet de créer un petit challenge en interne », abonde Emile Kocas.

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Arrivé premier, Driss Kadi gagne son ticket pour le concours national. « Une fois sur place, j'ai vraiment ressenti la responsabilité de représenter ma société, assure cet habitant de Saint-Michel-sur-Orge, entré à la Tice en 2009. Je voulais montrer qu'ici aussi on avait de bons conducteurs. »

Au terme des deux premières journées d'épreuves théoriques et pratiques, le trentenaire, originaire de Grigny, se place parmi les dix premiers et accède à la finale. « À ce moment-là, mon téléphone n'arrêtait plus de sonner, se souvient ce père de famille, crâne rasé, cravate et uniforme impeccable. J'avais des encouragements des collègues, de la famille… »

Souplesse de la conduite et clients mystères

Le dernier jour, trois épreuves doivent départager les dix conducteurs encore en lice. Parmi elles, un demi-tour dans un endroit très étroit ou encore un « arrêt de précision ». « Il faut lancer le véhicule à plus de 30 km/h et s'arrêter pile au niveau d'une cible placée au bout d'une ligne droite », détaille Driss Kadi.

Le tout s'est terminé avec une évaluation en conditions réelles au volant de la ligne 94, qui relie la gare Montparnasse à Madeleine à Paris. « L'itinéraire était magnifique, s'émerveille encore le conducteur essonnien. On passe par la Concorde, devant l'Assemblée nationale, etc. On conduit mais on regarde le paysage en même temps. »

Mais attention, pas question de se laisser distraire par les monuments parisiens. Les challengeurs sont jugés sur la souplesse de leur conduite grâce à un capteur qui enregistre le nombre de coups de frein ou d'accélérateurs, etc. Ils sont aussi testés sur leur comportement avec les usagers grâce à quelques clients mystères.

« C'était mon rêve ! »

Des défis qui n'ont fait que renforcer la détermination de Driss Kadi. « Dans deux ans, je vise la première place », anticipe-t-il déjà, des étoiles dans les yeux. Premier ou deuxième, à la maison comme au travail, le conducteur est revenu en héros après ces trois jours de compétition.

« Le lendemain de ma finale, je devais travailler mais on m'a déchargé de mon service pour que je puisse raconter tout ça à mes collègues », retrace-t-il. Et chez lui, ses trois enfants ont pu admirer son beau trophée. « Ils adorent les bus en plus », sourit-il.

Gamin, lui aussi, les aimait. « Ça a toujours été mon rêve de faire ce métier, confie celui qui a fait quelques années d'intérim, avant d'entrer à la Tice à 24 ans. Le gabarit de ces véhicules m'a toujours fasciné et j'aime aussi le relationnel. » De quoi devenir assurément un conducteur… en or !