Essonne : Gatichanvre, l’usine de chanvre local, peut-elle être sauvée ?

Basée à Prunay-sur-Essonne, cette société — qui fabrique différents matériaux à partir de cette plante cultivée par une centaine d’agriculteurs du territoire — est en grande difficulté financière. La région demande un ultime coup de pouce à l’Etat.

 La centaine d’agriculteurs qui fournissent habituellement du chanvre à l’usine en cultivent sur 900 hectares dans un périmètre de 70 kilomètres autour du site.
La centaine d’agriculteurs qui fournissent habituellement du chanvre à l’usine en cultivent sur 900 hectares dans un périmètre de 70 kilomètres autour du site.  Le Parisien

« C'est un produit qui va exploser. Sa culture demande peu d'eau et aucun produit phytosanitaire. » Hervé Hardy en est convaincu : d'ici quelques années, le chanvre fera partie des matériaux écologiques phares dans le secteur du bâtiment. Installé à Prunay-sur-Essonne, cet agriculteur fait d'ailleurs d'ordinaire pousser cette plante — qui peut, entre autres, servir d'isolant naturel — sur une vingtaine d'hectares.

Une superficie que ce cultivateur a pourtant dû réduire cette année. Et pour cause : Gatichanvre, l'usine de transformation de chanvre local dont il est à la tête depuis un an et demi et qui est situé dans le même village au cœur du parc du Gâtinais, est à l'arrêt depuis plus d'un an.

Une quinzaine de salariés au chômage partiel

Quelques mois plus tôt, le tribunal de commerce avait décidé de placer cette structure, qui fonctionne à la manière d'une coopérative, sous la responsabilité d'un mandataire judiciaire, avant d'accepter de la placer en situation de conciliation. Une bonne partie de la quinzaine de salariés qui y travaillent habituellement sont désormais au chômage partiel. Et la centaine d'agriculteurs d'Essonne, de Seine-et-Marne et Loiret qui fournissent du chanvre n'ont pas été payés depuis deux ans.

La faute à un outil de production défectueux acheté en 2016, qui a engendré d'importantes dettes. « Mais il ne nous manque plus grand-chose pour pouvoir investir dans de nouvelles machines et repartir du bon pied », assure Hervé Hardy, qui faisait partie des 6 agriculteurs à l'origine du projet en 2010.

Un « plus grand-chose » qui est de l'ordre de 800 000 euros. « Sans une participation significative et complémentaire de l'Etat de cet ordre, ce plan [de financement] n'a aucune chance d'aboutir ce que ne pourra pas comprendre le territoire », alerte Valérie Pécresse, la présidente (Libres !) de la région Ile-de-France, dans un courrier adressé il y a quelques jours au ministre de l'Agriculture et à la ministre déléguée à l'industrie.

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La région a d'ailleurs, elle-même, voté récemment une subvention de 800 000 euros « qui correspond au maximum de ce qu'elle peut faire » et qui « sera conditionnée à la finalisation du plan de financement viable et crédible de la relance de l'activité ». La collectivité est également prête à renoncer au 1,5 million d'euros engagés pour garantir l'un des prêts contractés par Gatichanve. Des efforts auxquels d'autres envisagent aussi de consentir, comme le département qui pourrait le bâtiment qui accueille l'usine.

L'Etat refuse d'intervenir

Mais du côté de l'Etat, la porte est pour le moment fermée. « Nous avions une réunion la semaine dernière avec tous les acteurs mobilisés sur le dossier, retrace Alexandra Dublanche, vice-présidente (Libres !) du conseil régional chargée du développement économique, de l'agriculture et de la ruralité. Il s'agissait de faire un dernier tour de table pour valider le plan de financement. L'Etat devait investir 500 000 euros. Mon objectif, c'était de les convaincre de monter à 800 000 euros. »

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Un espoir rapidement douché par un fonctionnaire de Bercy. Puisque, sauf décision contraire, ce ne sera ni 500 000, ni 800 000 euros mais zéro. « C'était totalement inattendu, souffle l'élue. Nous étions tous abasourdis. Si l'Etat ne soutient pas Gatichanvre, qui est l'un des piliers de cette filière en Ile-de-France, alors qu'ils veulent mettre en place une politique de relance écologique, c'est totalement incompréhensible. En plus, nous savons que c'est un modèle qui marche, nous avons l'exemple de Planète Chanvre en Seine-et-Marne. »

«On court à la catastrophe»

Alexandra Dublanche veut pourtant encore y croire. « Mais si l'Etat ne change pas d'avis dans les prochains jours, ce sera une catastrophe, notamment pour la centaine d'agriculteurs concernés, prévient-elle. Nous demandons à l'Etat un ultime coup de pouce. » « Si on ne fait rien, on se dirige vers la liquidation, abonde le président (LR) du département de l'Essonne, François Durovray. Nous avons du mal à comprendre ce changement de position de l'Etat. »

« Ce soutien à hauteur de 500 000 euros a toujours été conditionné par un business plan crédible, rétorque l'un des membres du cabinet d'Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée à l'Industrie. En l'état, il ne l'est pas du tout. Et il faut rappeler qu'il s'agit d'argent public et que le projet doit être suffisamment solide pour que l'Etat en débloque. »

Selon nos informations, Gatichanvre aurait jusqu'à début février pour trouver une solution.