Essonne : elle somme l’Education nationale d’accompagner son fils handicapé

Malgré une notification de la Maison départementale des personnes handicapées, Naïm ne bénéficie plus d’’un accompagnant individualisé depuis septembre. Une centaine d’autres enfants sont, selon la FCPE, dans la même situation en Essonne.

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 Morsang-sur-Orge, mercredi 20 janvier 2021. Naïm, 7, ans, scolarisé au sein de l’école Joliot-Curie de Morsang-sur-Orge, n’a plus d’accompagnant depuis septembre.
Morsang-sur-Orge, mercredi 20 janvier 2021. Naïm, 7, ans, scolarisé au sein de l’école Joliot-Curie de Morsang-sur-Orge, n’a plus d’accompagnant depuis septembre. LP/Nolwenn Cosson

Elle est prête à porter le dossier devant la justice. Pour offrir à son fils les mêmes chances que tous les autres enfants. Naïm, 7 ans, élève en classe de CE1 au sein de l'école Joliot-Curie de Morsang-sur-Orge a été diagnostiqué début 2019 avec un trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Un handicap qui se traduit par des difficultés à se concentrer, à comprendre les consignes ou encore à rester calme.

Pour l'aider dans sa scolarité, la présence d'un AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap), chargé d'accompagner les élèves en situation de handicap en milieu scolaire, a été notifiée par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Mais depuis septembre, son fils ne bénéficie plus d'un accompagnement individualisé, selon la maman.

«Il s'est mis à refuser d'apprendre, à tenter de s'échapper de l'école»

« En CP, il a eu une AESH avec qui cela se passait très bien, il avait noué des liens forts avec elle. Mais cette année, elle a été orientée vers une petite fille autiste de sa classe, expose Malika, la maman. Et celle qui devait prendre en charge mon fils est en arrêt maladie, et n'a toujours pas été remplacée. »

Contactés au sujet de Naïm, les services de l'Education nationale assurent que l'AESH qui s'occupe principalement de la petite fille « se rend très disponible pour l'accompagner à chaque fois que nécessaire. Il peut ainsi bénéficier d'un accompagnement à n'importe quel moment de la journée. »

Mais dans les faits, Malika a vu l'état de son fils se dégrader en raison de cette perte de repères. « Il vit très mal cette situation, il n'a pas compris pourquoi son ancienne AESH ne s'occupait plus de lui. Il s'est mis à refuser d'apprendre, à tenter de s'échapper de l'école… »

Un traitement médicamenteux prescrit pour le canaliser

Il suffit de l'interroger à ce sujet pour ressentir son mal-être. À la question « tu es triste de ne plus être avec ton accompagnante ? » Sa gorge se serre, il détourne le regard avant de changer de conversation. « Mais qui t'aide depuis ? » Sa réponse : « Je fais tout, tout seul. Et mes copains sont là aussi. »

« Il a la chance d'avoir un enseignant très impliqué, reprend sa mère. Il a mis en place un système de tutorat où ses camarades sont chargés à tour de rôle de lui rappeler les consignes, de le féliciter. Mais ce n'est pas à eux de faire ça. Il a de plus en plus de difficultés en math, l'écriture c'est une horreur. On tente de compenser à la maison mais il prend un sacré retard. »

Pour l'aider à se concentrer et faire en sorte qu'il soit moins impulsif, son médecin lui a prescrit de la Rétaline (classé dans la liste des stupéfiants, sa prescription est très réglementée). « L'année dernière, on pensait pouvoir l'arrêter. Cette année, on a été contraint de doubler la dose, s'émeut Malika. Cela ne peut plus durer, c'est pourquoi j'ai décidé de mettre en demeure l'Education nationale. »

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Le courrier a été envoyé le 27 novembre dernier. À ce jour, aucune réponse ne lui a été adressée. L'affaire pourrait donc être présentée dans les prochaines semaines devant le tribunal administratif. Avec le soutien de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) qui estime que plus d'une centaine d'élèves seraient dans un cas similaire à celui de Naïm.

Comme le fils de Céline (le prénom a été modifié), élève au collège Louis-Pasteur de Brunoy. Elle aussi a adressé une mise en demeure. « Depuis le CP, mon fils, TDAH et multidys (NDLR : dyspraxie, dysorthographie, dysgraphie et dyscalculie) a une AESH. Mais pas cette année, je ne comprends pas pourquoi. Ce n'est pas un caprice que je fais, ce soutien est primordial. C'est certes un handicap invisible, mais cela reste un handicap. Je crains beaucoup pour son avenir. »

6700 élèves en situation de handicap

La loi de 2005, tout comme celle de 2019, fixe les grands principes d’une école inclusive, avec l’objectif est d’assurer une prise en charge adaptée à tous les élèves de la maternelle au lycée. Selon les chiffres de l’Education nationale, plus de 6 700 élèves en situation de handicap sont scolarisés dans le département. Depuis la rentrée, 215 AESH supplémentaires ont été recrutés.

« Le 30 novembre dernier, ils nous informaient que 70 AESH manquaient sur le département, en sachant que certaines s’occupent de plusieurs enfants, rapporte de son côté Samir Alioua, le président de la FCPE. Tous ces enfants sont reconnus par la MDPH, c’est un droit qu’ils ont d’être aidés dans leur scolarité. C’est pourquoi nous exigeons un recrutement massif et immédiat. Et nous invitons tous les parents concernés à mettre en demeure l’Education nationale. On nous parle d’école inclusive, mais depuis des années, la situation évolue dans le mauvais sens. C’est insupportable. »