En Essonne, polémique sur les chasseurs qui accompagnent des sorties «brame du cerf»

Ce mardi, une balade pour écouter cette parade amoureuse est organisée par le conservatoire des espaces naturels sensibles de l’Essonne avec la Fédération de chasseurs. Un partenariat qui choque certains défenseurs de la cause animale.

 En Ile-de-France (hors Seine-et-Marne), les chasseurs ont le droit de tuer une cinquantaine de cerfs par an.
En Ile-de-France (hors Seine-et-Marne), les chasseurs ont le droit de tuer une cinquantaine de cerfs par an. Aymeric Benoit

La nuit tombe lentement sur la forêt. Soudain, un cri rauque puissant déchire l'obscurité . Un cerf vient de bramer. Une manière pour les mâles de déclamer leur flamme aux femelles tout en se confrontant à leurs congénères. Chaque année, à la mi-septembre, en pleine période de rut, ce spectacle captivant attire les passionnés de la faune sauvage et autres amoureux de la nature.

Ce mardi soir, le conservatoire des espaces naturels sensibles (ENS) de l'Essonne organise une sortie* dans le sud du département pour écouter ces appels amoureux. Cette animation est encadrée par un naturaliste mais aussi par deux membres de la Ficif, la Fédération interdépartementale des chasseurs d'Île-de-France.

«Ce seront les premiers à leur tirer dessus»

Un partenariat jugé surprenant par certains. « J'ai découvert ça sur Facebook, ça m'a choqué de voir que des chasseurs proposaient ces balades », commente Nicolas, un photographe animalier amateur.

« Je trouve ça très hypocrite de leur part, abonde ce jeune homme de 27 ans, qui vit près d'Etampes. Ils vont passer la soirée à parler du cerf et le lendemain, ce seront les premiers à leur tirer dessus. » Pour lui, aucun doute : ce type d'événements est avant tout un « gros coup de com'» pour les adeptes de la chasse, dont la saison s'est ouverte ce week-end en Essonne.

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« Nous le faisons, entre autres, pour montrer que notre but ultime n'est pas de tuer, reconnaît Charles-Hubert de Bellaigue, le vice-président Essonne de la Ficif. L'idée, c'est aussi que les gens se rendent compte du rôle primordial que joue la chasse par rapport à ces populations d'animaux. »

«Ils connaissent très bien le terrain et les animaux»

Car d'après lui, être chasseur et animateur d'excursions "découverte du brame du cerf" n'a rien d'incompatible. « Qui connaît mieux la nature que les chasseurs ? », résume-t-il. Un argument également défendu par le département. Il y a une quinzaine d'années, une convention a d'ailleurs été signée entre cette collectivité et la Ficif.

« Les chasseurs peuvent participer à quelques battues très encadrées de régulation des sangliers dans les espaces naturels sensibles — des zones qui sont normalement strictement interdites à la chasse », détaille Alexandre Verroye, naturaliste et garde-animateur au conservatoire. « En contrepartie, la Ficif forme les agents sur le comportement ou la biologie des animaux sauvages. Ils mettent aussi en place ce type d'animations autour du brame du cerf. Ils connaissent très bien le terrain et les animaux. »

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« On n'a pas besoin d'être chasseur pour les connaître », balaie Marc Giraud, le porte-parole de l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). Lui aussi voit dans ces sorties un « coup de com' hyprocrite ».

« Les chasseurs ont perdu l'opinion publique, ils n'ont plus la cote, analyse-t-il. Ils font ce qu'ils peuvent pour se donner une belle image. Ils vont profiter du brame du cerf pour faire du prosélytisme sur leur rôle de régulateur, alors que ce qu'ils font à ces animaux n'est absolument pas éthique. »

«Sans nous, il n'y aurait plus de cerfs»

À commencer, selon lui, par la chasse en pleine période de brame. « Les cerfs sont particulièrement vulnérables à ce moment-là, c'est lâche de profiter de ça, s'indigne le militant. Mais c'est aussi néfaste pour leur reproduction, qui ne peut avoir lieu que durant ces quelques jours. C'est d'autant plus problématique pour l'espèce que les chasseurs vont tuer en priorité les plus beaux mâles, qui sont aussi les meilleurs reproducteurs. Ils font le contraire de la sélection naturelle. »

Faux, selon Charles-Hubert de Bellaigue, qui assure que les cerfs « prélevés » en premier sont les plus « déficients ». « La chasse pendant la période du brame permet de faire du tir de sélection », justifie-t-il. « Et il faut savoir que sans les chasseurs, il n'y aurait plus de cerfs, renchérit-il. Nous avons un plan de chasse à respecter qui nous permet de limiter les prélèvements et d'éviter dans le même temps une surpopulation de cette espèce. »

Un raisonnement très loin d'être partagé par les défenseurs de la faune sauvage. Ce samedi, l es images d'un cerf qui a trouvé refuge à Compiègne lors d'une chasse à courre ont relancé la polémique sur cette pratique.

* la sortie est complète

Un cerf poursuivi par une chasse à courre se réfugie à Compiègne