Dans ce labo de l’Essonne, on fabrique des tests pour détecter le Covid en moins de 30 minutes

Avec l’Institut Pasteur et deux autres labos, cette société, installée au Genopole d’Evry-Courcouronnes, vient de mettre au point des kits qui permettent de savoir si l’on est positif ou non en 25 minutes.

 Laurent Thiery a créé Enalees en 2015. Cette société développe des kits de détection pour les maladies infectieuses des chats, des chiens et des chevaux. Avec la crise sanitaire, elle s’est lancée dans les tests pour humains.
Laurent Thiery a créé Enalees en 2015. Cette société développe des kits de détection pour les maladies infectieuses des chats, des chiens et des chevaux. Avec la crise sanitaire, elle s’est lancée dans les tests pour humains. LP/Pauline Darvey

Chevaux, chiens et chats. Au sein du laboratoire Enalees qu'il a créé en 2015, Laurent Thiery ne s'occupe normalement que de la santé de ces animaux. « Nous développons des tests qui permettent de détecter, en 25 minutes, les maladies infectieuses qui peuvent les toucher », détaille le responsable de cette société, installée au Genopole d'Evry-Courcouronnes, un vaste campus dédié aux biotechnologies.

Mais depuis quelques mois, ce biologiste s'intéresse aussi… aux humains. Avec le soutien de l'Institut Pasteur et le concours de deux autres laboratoires, Enalees a mis au point, il y a quelques semaines, un test PCR, qui permet d'obtenir des résultats en moins de 30 minutes, contre un minimum de 24 heures dans les laboratoires. Déjà commercialisés depuis cet été, ces kits de détection viennent d'être homologués par l'Etat.

Un processus simplifié

« La technologie que nous utilisons pour les animaux est similaire, c'est aussi de la PCR, reprend Laurent Thiery. Lorsque la pandémie a commencé, nous nous sommes donc rapidement dit que nous pouvions travailler sur des tests pour détecter le Covid. » Dans des pochettes individuelles, des petits tubes servent à récupérer les échantillons prélevés dans le nez grâce à des écouvillons. Ces tubes doivent ensuite être insérés dans un lecteur, qui indique 25 minutes plus tard si le virus est ou non présent.

Et la méthode mise au point par ce professionnel et ses 13 collaborateurs présentent donc un avantage de taille : sa rapidité. « En laboratoire, il faut une quarantaine d'étapes de préparation pour extraire l'ADN, explique le scientifique. Nous l'avons ultra-simplifiée et réduite à deux étapes. »

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Pour adapter cette technique au dépistage du Covid-19, Laurent Thiery s'est mis en quête de partenaires. « Nous avions besoin d'aide pour trouver les matières premières, pour la commercialisation ou encore pour toute la partie réglementation. »

«Nous sommes passés du chômage à partiel à des semaines de 70 heures en quelques jours»

Avec l'Institut Pasteur, Bertin Technologies, et C4Diagnostics, l'équipe d'Enalees a commencé à travailler d'arrache-pied dès le mois de mars. « Notre activité pour la santé animale était quasiment à l'arrêt à ce moment-là, se souvient le patron du labo. Nous sommes passés du chômage à partiel à des semaines de 70 heures en quelques jours. »

Trois mois plus tard, les premiers tests, tous fabriqués à Evry, sont au point. Deux types de kits sont proposés : certains servent à détecter le virus chez l'humain, d'autres dans l'environnement, sur différents types de surface ou dans l'air. « Nos premiers clients ont été les pompiers de Marseille, des croisiéristes ou encore des sociétés de nettoyage », complète le biologiste.

Dans ce labo de l’Essonne, on fabrique des tests pour détecter le Covid en moins de 30 minutes

« Le kit coûte 30 euros mais le lecteur, qui a la capacité de lire les résultats de deux personnes en même temps, est autour de 6 000 à 7000 euros », abonde Laurent Thiery. Le dispositif permet de réaliser une trentaine de dépistages par jour. Il pourrait aider à désengorger les laboratoires d'analyses, pris d'assaut ces dernières semaines.

Objectif : produire 70 000 tests par mois

« Ce serait une bonne alternative », estime une technicienne d'un labo de l'Essonne. « Nous avons dû suspendre les prélèvements pour rattraper notre retard, souffle-t-elle. Nous avions des délais d'au moins quinze jours pour les résultats… Ça n'avait plus aucun sens pour les gens qui devaient se faire tester. »

Encore faut-il qu'Enalees réussisse à tenir la cadence pour faire face à la demande. « Actuellement, nous produisons environ 10 000 tests par mois, calcule Laurent Thiery. L'objectif serait d'arriver à 70 000. Mais pour cela, nous allons devoir agrandir la plateforme. »

Récemment, la Haute autorité de santé a autorisé les tests antigéniques pour limiter les embouteillages dans les centres de dépistage. S'ils permettent également d'obtenir des résultats en moins de 30 minutes, ils sont cependant jugés moins fiables que la technique PCR.