Cumul des mandats : le maire d’Etampes passe de député à… assistant parlementaire

Franck Marlin (LR) a été contraint de lâcher son mandat de député, pour cause de loi sur le non-cumul des mandats, mais il garde une fonction à l’assemblée nationale. Epinglé par ses détracteurs, l’élu assume et assure que « tout est légal ».

 Le député Franck Marlin (LR) a été élu maire d’Etampes lors des dernières élections municipales.
Le député Franck Marlin (LR) a été élu maire d’Etampes lors des dernières élections municipales.  LP/Florian Garcia

La loi l'empêche d'être maire et député… Mais en devenant collaborateur parlementaire de son successeur, Franck Marlin (LR) garde un pied à l'assemblée nationale. Cet habile tour de passe-passe a été révélé ce vendredi par l'antenne locale de l'association anticorruption Anticor qui, dans un communiqué publié sur le réseau social Facebook, « s'étonne vivement » des nouvelles fonctions du maire d'Étampes.

« Ce n'est pas interdit par les textes mais c'est assez peu respectueux de la loi sur le nom cumul des mandats, tranche Grégoire Turlotte, un des deux référents de l'association pour le département de l'Essonne. D'autant plus que Monsieur Marlin cumule déjà avec une vice-présidence de la communauté d'agglomération de l'Etampois sud-Essonne, une deuxième au sein du syndicat mixte de l'Ile de loisirs d'Étampes ainsi qu'une troisième au SIARJA, le syndicat mixte pour l'aménagement et l'entretien de la rivière Juine et de ses affluents. »

«Je suis payé 3 000 euros»

Joint par téléphone, Franck Marlin, qui avait affirmé haut et fort qu'il démissionnait de sa fonction de député pour se consacrer à 100 % aux Etampois, assume. « Tout est parfaitement légal, insiste-t-il. Je me suis renseigné bien en amont. » Irrité, le maire devenu collaborateur parlementaire de Bernard Bouley (LR) attaque.

« Je suis surpris qu'une association comme Anticor se croit au-dessus des lois, tacle-t-il. On est dans les clous, tout a été validé. Si Grégoire Turlotte avait réellement le sens de l'intégrité politique, il ne se serait pas présenté sur une liste aux élections municipales de mars dernier à Etampes*. Ça, c'est carton rouge ! Tout est vermoulu de l'intérieur. »

Dans les faits, l'embauche des collaborateurs parlementaires, au nombre maximum de cinq, reste à la discrétion du député. Pour les rémunérer, ce dernier dispose d'un crédit mensuel de 10 581 euros qu'il peut répartir à sa guise. « Je suis payé 3 000 euros, reconnaît Franck Marlin. Ce qui est moins que les deux autres collaborateurs. Je perçois cette somme pour un travail que je connais depuis trente ans, j'assure, entre autres, les permanences aux côtés du député. »

«Légal mais pas éthique»

Dans les rangs de l'opposition, ce cumul des mandats fait grincer des dents. « C'est légal mais pas du tout éthique, réagit l'ancien candidat aux municipales, Mathieu Hillaire (LFI). Il profite du vide qui entoure la loi sur le non-cumul des mandats pour récupérer son train de vie de député. » Mathieu Hillaire pointe également du doigt son bilan de parlementaire.

« Il n'était déjà pas présent à l'assemblée nationale quand il était élu, note-t-il. Je me demande ce qu'il peut bien faire en tant que collaborateur parlementaire… Tout cela donne une très mauvaise image de la politique. On n'est pas loin du parrain qui veut tout contrôler. C'est à se demander si son successeur Bernard Bouley (LR) ne serait pas un député de paille. »

«Il accumule déjà les absences. Avec tous ces mandats, ça ne risque pas de s'arranger»

Ancienne candidate LREM lors des élections municipales de mars dernier, la conseillère municipale d'opposition Clotilde Douard (SE) note déjà « les absences répétées » de Franck Marlin. « Être collaborateur parlementaire, c'est du travail… Or, il accumule déjà les absences. Deux lors des conseils d'agglomération et un gros retard lors du dernier conseil municipal où il est arrivé à 22 heures. Avec tous ces mandats, ça risque de ne pas s'arranger. » Contacté, le député Bernard Bouley n'était pas joignable ce mercredi.

* Présent sur la liste de la candidate Clotilde Douard lors des élections municipales de mars dernier à Étampes, le co référent de l'association Anticor en Essonne avait mis son activité associative entre parenthèses.

Assistant parlementaire, « un travail très prenant »

A l’assemblée nationale, lors des permanences mais aussi lors des visites sur le terrain, les collaborateurs parlementaires des députés sont sur tous les fronts. « C’est un travail très prenant, confie l’un d’eux, en poste dans le département de l’Essonne. On travaille la semaine mais aussi le week-end… On n’est pas aux 35 heures. Notre fonction me semble difficilement compatible avec la vie d’élu. »

Il y a tout d’abord le travail législatif. « On doit organiser les réunions, on rédige les amendements et les textes de loi à la demande du député. C’est une tâche assez prenante car c’est très technique. » Avant le vote en séance, le collaborateur est également d’une précieuse aide. « Il y a tout un travail préparatoire pour que les députés puissent voter en toute connaissance du sujet. »

Le week-end, les collaborateurs parlementaires sont sur le terrain pour des inaugurations et des visites officielles. « Etre à l’écoute des habitants demande beaucoup de travail car nous sommes également en lien avec les élus du territoire et les services de l’Etat, détaille-t-il. C’est un travail de passion. Aujourd’hui par exemple, nous avons dû traiter 250 e-mails… »