Corbeil-Essonnes : un fidèle de Dassault au cœur du système présumé d’achats de voix

Jacques Lebigre, dont le compte était alimenté par Serge Dassault, a versé plus de 170 000 euros entre 2008 et 2010, à des habitants de Corbeil-Essonnes. Il a été interrogé sur ces versements ce mercredi au tribunal à Paris.

 Jacques Lebigre a expliqué au tribunal que cet argent était destiné à aider des personnes en difficulté.
Jacques Lebigre a expliqué au tribunal que cet argent était destiné à aider des personnes en difficulté. LP.

En ce deuxième jour de procès des achats de voix lors des campagnes municipales de 2009 et 2010 à Corbeil-Essonnes, Jacques Lebigre, s'est retrouvé au cœur des débats et a longuement répondu aux questions posées par les magistrats et les avocats. Cet homme de 78 ans, connaissait Serge Dassault depuis 1981, après l'avoir « rencontré par hasard. Au bout de 15 minutes, il m'avait demandé si je voulais me présenter contre le PCF en 1982, pour son Parti libéral. Il avait ensuite fait de moi le secrétaire national de ce parti qui a perduré jusqu'en 1986. »

Jacques Lebigre suit le milliardaire et devient son directeur de cabinet quand ce dernier remporte enfin la mairie de Corbeil-Essonnes en 1995. Il est ensuite élu au conseil municipal entre 2001 et 2010. Un fidèle en qui Serge Dassault a toute confiance. C'est donc lui qui va servir d'intermédiaire entre ceux qui réclament de l'argent, un emploi, un logement… et le maire de Corbeil. Serge Dassault va virer de très importantes sommes sur le compte de Jacques Lebigre, ce dernier les redistribuant, à hauteur de plus de 170 000 euros entre 2008 et 2010, à plus d'une centaine de bénéficiaires, en chèques, ou en espèces.

« Nous avons soutenu, avec Serge Dassault, des personnes en difficulté »

Un système mis à jour lors de la saisie en 2013 d'un listing à la résidence des Pinsons à Corbeil-Essonnes, qui tenait lieu de QG de campagne à Serge Dassault et à ses équipes. Sur ce listing, 113 noms, avec en face des colonnes « payé », « pas payé », avec des sommes d'argent, et une colonne « commentaires » avec des mentions « permis de conduire », « contrat aidé », « logement »…

Les sommes payées qui y sont mentionnées, Jacques Lebigre le reconnaît, correspondent aux chèques qu'il a signés. « Toutes ces personnes qui sont sur le listing des Pinsons ont admis avoir participé aux élections pour de l'argent », lui lance la juge. Rien à voir, assure le prévenu : « Nous avons soutenu, avec Serge Dassault, des personnes en difficulté, même si elles avaient un casier judiciaire. Pour les épauler. Ce dispositif a été particulièrement apprécié, même si nous avons eu des déceptions. Certains ont eu un permis, un boulot et ce dispositif a été répercuté dans toutes les communes de France », soutien avec aplomb le septuagénaire.

De l'argent distribué en liquide sur le parking de la mairie

Mais s'il s'agissait d'œuvres de bienfaisance, pourquoi ne pas être passé par un cadre légal, une association, s'interrogent les magistrats. « Parce qu'avec l'administration ça aurait pris 6 mois, un an. Il fallait faire vite. Quand M. Dassault voit une femme à la rue avec des enfants, il prévient quoi, les services sociaux, la préfecture et… rien. Alors il sort son chéquier. Il est comme ça. Mais il a aussi été sollicité par des voyous, des escrocs… » « Le fait que ce listing ait été retrouvé dans un QG de campagne fait pourtant le lien avec la campagne électorale », lui fait remarquer le procureur.

« Et pourquoi n'a-t-il pas affecté un compte dédié pour ça en vous donnant procuration ? Pourquoi il passe par vous ? », le titille l'avocat d'Anticor, partie civile dans cette affaire. « Parce que Lebigre c'est un copain et voilà ! C'était plus simple pour lui (NDLR : Serge Dassault) », répond le prévenu.

« Tous ces gens parlent d'argent pour influencer les élections. Je ne vois pas comment on peut tous les suspecter de faire une alliance. Ils disent tous la même chose », insiste la présidente de l'audience, qui rappelle que des témoins assurent qu'outre les chèques, des sommes d'argent en liquide étaient distribuées dans des enveloppes sur le parking de la mairie, parfois directement pas Jacques Lebigre. « Ils mentent ! s'exclame ce dernier. Ce sont des gens mauvais qui n'ont pas eu ce qu'ils voulaient. C'est du pur délire, ce genre de témoignage est infâme. » Et d'insister, « Serge Dassault s'est présenté à Corbeil à partir de 1977. Il n'a été élu qu'en 1995. S'il avait voulu acheter les élections, il les aurait toutes gagnées. Mais ça n'était surtout pas sa manière de faire. Nous n'avons jamais voulu influencer le vote de qui que ce soit. »

L'audience se poursuit ce jeudi au tribunal judiciaire de Paris.