Corbeil-Essonnes : six héritiers du système Dassault comparaissent pour achats de voix

Ce procès, qui concerne les campagnes municipales de 2009 et 2010, qui avaient vu la victoire de Jean-Pierre Bechter (LR), s’ouvre ce lundi à Paris et pour trois semaines.

 Jean-Pierre Bechter (LR), qui a perdu la mairie de Corbeil-Essonnes en juin dernier, clame son innocence.
Jean-Pierre Bechter (LR), qui a perdu la mairie de Corbeil-Essonnes en juin dernier, clame son innocence. LP/Sébastien Morelli

« Je suis innocent », nous lance Jean-Pierre Bechter au téléphone, assurant qu'il sera présent à chaque jour d'audience pour se défendre, mais aussi pour défendre la mémoire de Serge Dassault. Ce lundi à 13 h 30, le procès dit des achats de voix lors des campagnes municipales de 2009 et 2010 à Corbeil-Essonnes (Essonne) s'ouvre devant le tribunal correctionnel de Paris. Il durera jusqu'au 22 octobre.

Huit prévenus étaient renvoyés devant le tribunal. Deux d'entre eux, dont le principal intéressé, Serge Dassault, sont décédés. Outre Jean-Pierre Bechter (LR), qui avait succédé à Serge Dassault à la mairie de 2009 à 2020, cinq autres personnes sont accusées d'achats ou de complicité d'achats de votes, blanchiment de fraude fiscale et financement illégal de campagne électorale.

Des millions d'euros distribués

Ce dossier empoisonne la ville de Corbeil-Essonnes depuis plus de dix ans. Durant cette période, deux personnes, dont un des prévenus, Machiré Gassama, ont fait l'objet de tentatives d'assassinat en lien avec ce dossier. La fille de Jacques Lebigre, accusé dans ce dossier d'avoir été le porteur de valise de Serge Dassault, avait été violemment agressée à son domicile où ses malfaiteurs espéraient trouver une valise pleine d'argent. Un des prévenus, Younès Bounouara, a tiré et gravement blessé un homme qui selon lui le harcelait pour obtenir de l'argent. Il purge actuellement une peine de quinze ans de réclusion criminelle pour ces faits.

Dans l'ordonnance de renvoi des magistrats, Younès Bounouara et Machiré Gassama sont accusés d'avoir perçu de très grosses sommes, près de 2 millions d'euros, de Serge Dassault, via des comptes au Liban. Argent qu'ils devaient ensuite redistribuer entre « plusieurs groupes de militants ayant œuvré pour la campagne électorale de Jean-Pierre Bechter en 2010 », mais dont ils auraient « conservé la plus grande part, suscitant de fortes tensions dans les cités de Corbeil ».

«Que Corbeil-Essonnes redevienne enfin une ville normale»

Bruno Piriou (DVG), qui dénonce ce système depuis le début, a finalement battu Jean-Pierre Bechter en juin dernier. Le nouveau maire de Corbeil attend ce procès, pour lequel il s'est constitué partie civile, avec impatience. « Enfin, s'exclame-t-il. Ce n'est pas du tout un esprit de vengeance. Je n'ai pas d'amertume. Mais il faut que la justice passe pour que Corbeil passe à autre chose, redevienne une ville normale, sans clientélisme, sans pressions, menaces. »

« Je ne remets pas en cause l'amour de Serge Dassault pour cette ville. Il a voulu se faire aimer des Corbeil-Essonnois. Mais il s'est trompé sur une idée forte, c'est que l'amour ne s'achète pas », regrette Bruno Piriou. L'élu affirme par contre en vouloir à Jean-Pierre Bechter « d'avoir contribué à installer un système qui a abîmé Corbeil, qui a une image de ville corrompue ». Lors du conseil municipal de lundi dernier, une délibération a été adoptée pour que la ville se constitue partie civile au procès.

Extinction des poursuites contre deux prévenus décédés

Le principal prévenu de ce procès, Serge Dassault, ne sera jamais jugé. Le milliardaire, maire de Corbeil-Essonnes de 1995 à 2008, est décédé le 28 mai 2018 à l’âge de 93 ans. Sa mort met fin aux poursuites à son encontre. L’ancien sénateur de l’Essonne avait néanmoins été condamné par la justice en février 2017 à 2 millions d’euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité pour avoir dissimulé des comptes à l’étranger au fisc durant quinze ans. Comptes qui ont pu servir à alimenter les achats de voix à Corbeil. Il avait fait appel de cette condamnation.

Autre acteur de ce dossier, Mamadou Kébé, 38 ans, avait été retrouvé pendu le 5 janvier 2019, en plein cœur du quartier des Tarterêts. Ce dernier aurait bénéficié de plusieurs « dons » de Serge Dassault. Il était par ailleurs parvenu à pirater la messagerie téléphonique du milliardaire. Ce dernier avait porté plainte à son encontre pour tentative d’extorsion de fonds et appels malveillants. Mamadou Kébé et ses frères cadets, soupçonnés d’être ses complices, avaient été poursuivis pour ces faits devant le tribunal correctionnel de Paris. L’affaire a été jugée début juillet et mise en délibéré.