Corbeil-Essonnes : ses clichés révèlent l’héritage industriel de la ville

Le photographe Guillaume Zuili a passé six mois en résidence à Corbeil-Essonnes. Il expose actuellement son travail dans le cadre de la huitième édition du festival de photo de la ville, L’Œil urbain.

 À Corbeil-Essonnes, le 15 octobre 2020. Guillaume Zuili a été en résidence pendant 6 mois dans la ville en 2019.
À Corbeil-Essonnes, le 15 octobre 2020. Guillaume Zuili a été en résidence pendant 6 mois dans la ville en 2019. LP/PAULINE DARVEY

« Quand je suis arrivé en RER, ça a été tout de suite une claque! » Il y a encore 2 ans, Guillaume Zuili « n'avait jamais foutu les pieds à Corbeil-Essonnes ». Ce Parisien d'origine est installé depuis près de 20 ans à Los Angeles. Il a découvert Corbeil-Essonnes à l'occasion d'une expo qu'il présentait en 2018 dans le cadre du festival de photo, L'Œil urbain, dont la huitième édition se tient jusqu'au 29 novembre dans différents lieux de la ville.

À quelques pas de la gare, le photographe tombe sur les Grands Moulins, ces imposants édifices en briques rouges où l'on fabrique toujours de la farine. Il est immédiatement saisi. « Ça a été un vrai coup de cœur, se souvient le quinquagénaire. Toute cette architecture industrielle du XIXe siècle, ce gigantisme, ça me parle. Il y a du Metropolis là-dedans. »

« Changer l'image de la ville »

Guillaume Zuili postule dans la foulée à la résidence d'artiste qui est proposée chaque année par le festival. Et il est sélectionné pour celle de 2019. Memory Lane - le résultat de ses mois de travail à Corbeil-Essonnes - est actuellement exposé à la Commanderie Saint-Jean.

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« Sur huit résidences, nous n'avons jamais eu la même chose, se réjouit Lionel Antoni, le programmateur et le fondateur de l'Œil urbain. Cela permet à chaque fois d'avoir un nouveau regard sur Corbeil et créer un patrimoine avec des photographes de renom. » « Nous avons aussi créé ce festival pour changer l'image de la ville, abonde cet amoureux des lieux. Quand j'étais gamin, elle était associée aux problèmes de quartier puis il y a eu toutes les affaires. Alors qu'il y a une vraie richesse ici. »

Avec ses trois appareils argentiques, Guillaume Zuili s'est justement attaché à révéler la richesse « d'un monde sur le point de disparaître ». Pendant six mois, ce spécialiste de l'Urban landscape - le paysage urbain - a sillonné les rues de la ville, les coursives du centre de semi-détention mais aussi les entrailles des Grands Moulins ou de l'imprimerie Hélio, qui a fermé ses portes mi-septembre.

« La magie du labo »

Dans ses clichés, tous en noir et blanc, la silhouette de ces vastes bâtisses raconte à chaque fois une histoire différente. « L'expo est conçue comme une promenade dans cet univers post-industriel, décrypte l'auteur, qui travaille exclusivement à l'argentique dans de nombreux pays comme l'Inde ou la Russie. Il y a très peu de personnes mais on les imagine. »

Or, au fil des années, ces travailleurs fantomatiques ont eux-mêmes déserté petit à petit les lieux. « Avec l'automatisation, il y a eu de moins en moins de monde dans ses industries », confirme Lionel Antoni. « À Corbeil-Essonnes, il y a encore quelques années, tout le monde avait au moins une personne de sa famille qui travaillait à Hélio ou aux Grands Moulins, assure ce gamin de la ville. Le travail de Guillaume Zuili est un hommage à toutes ces personnes et à toutes ces industries. »

Guillaume Zuili utilise notamment des techniques de surimpression. DR
Guillaume Zuili utilise notamment des techniques de surimpression. DR  

Dans l'obscurité de son labo éphémère, l'artiste a fait émerger chaque nuit ces morceaux de mémoire. « Je shootais la journée puis je développais les films tout de suite le soir avant de faire les tirages le lendemain, résume Guillaume Zuili. Il y a toujours quelque chose de magique dans le labo. On ne sait jamais ce qui va sortir. »

« Je m'échappe de la réalité »

Lui utilise une technique bien particulière - celle du Lith - pour révéler ses photos. « C'est un révélateur dilué à l'extrême qui permet de jouer sur le grain, la texture et la couleur », explique-t-il. Cela donne des clichés proches de la gravure pour certains, pour d'autres des images intenses qui semblent tout droit extraites d'un film noir.

Le photographe s'amuse aussi parfois à superposer les clichés. « Je fais ça à la prise de vue, décrit-il. Je prends une photo et j'imagine celle qui pourra venir dessus. Je m'échappe complètement de la réalité avec ça. » L'hôtel de ville de Corbeil vient, par exemple, s'inscrire en transparence sur la tour emblématique des Grands-Moulins.

Pour accompagner ce parcours mémoriel, ni légende, ni titre. « Pas besoin, sourit Guillaume Zuili. C'est une invitation à s'échapper. Il faut avant tout que ces images vous touchent et qu'elles vous évoquent quelque chose. Chacun peut se raconter sa propre histoire. » Désormais, c'est à vous de jouer !

Jusqu'au 29 novembre, à la Commanderie Saint-Jean, 24, rue Widmer, du mercredi au dimanche de 14 heures à 18 heures, entrée libre. Une vingtaine d'autres expos sont à voir dans différents lieux de la ville avec une thématique autour de l'Afrique subsaharienne. Programme à retrouver sur loeilurbain.fr/