Confinement : les commerçants de l’Essonne face au casse-tête des aides financières

Alors que les commerces non-essentiels pourraient rouvrir dès ce samedi, certains patrons avouent leurs difficultés à s’y retrouver parmi les différentes mesures de soutien mises en place.

 Longjumeau. François Rossini, restaurateur, est sûr qu’il passe à côté de certaines aides, faute d’information.
Longjumeau. François Rossini, restaurateur, est sûr qu’il passe à côté de certaines aides, faute d’information. LP/Gérald Moruzzi

Au fond de la cuisine de l'Osteria Corsu, son restaurant de Longjumeau (Essonne), François Rossini jongle entre les poêles et les casseroles. Sa mission : contenter la dizaine de clients répondant chaque jour à son offre de vente à emporter. Pendant ce temps, sa comptable a fort à faire. Elle jongle entre les dossiers d'aides financières, afin de maintenir à flot cette enseigne qui fait partie depuis le reconfinement des commerces «non essentiels».

Une tâche très lourde selon ce restaurateur en difficulté, qui avait accumulé des pertes financières «de l'ordre de 50000 euros» lors du premier confinement. «Pour espérer obtenir ces aides, il faut bien s'informer au jour le jour et savoir où s'adresser, ma comptable a donc beaucoup de boulot cette année», souligne-t-il devant ses fourneaux. S'il n'a obtenu pour l'heure que 1500 euros issus du fonds de solidarité et bénéficie du chômage partiel pour deux de ses employés, il est «certain de passer à côté de certaines aides».

A l'image de François Rossini, d'autres professionnels en Essonne voient cette quête comme un casse-tête. Entre les différentes aides de l'Etat, de la région, du département et d'autres mises en place à l'échelle intercommunale et municipale, «beaucoup de commerçants sont perdus, par manque de lisibilité», pointe Aude Beaudet, la présidente de l'association des commerçants de Gif-sur-Yvette.

Joy, manageuse du salon The Tattoo LifeStyle à Draveil, a pu accéder à un prêt garanti par l'Etat, mais au terme d'un vif échange avec la directrice de sa banque. «Les banquiers ne sont pas réactifs et ne comprennent pas notre détresse», souffle celle qui n'a toujours pas le droit de lever son rideau, malgré le renforcement de mesures sanitaires déjà très strictes, comme dans tout bon salon de tatouage.

Si le manque à gagner de ces longues semaines de fermeture ne pourra pas être rattrapé, c'est aussi parce que Joy n'est pas éligible à toutes les aides. «Je n'ai souvent droit à rien parce que je n'ai pas de salariés, je travaille avec des artistes auto-entrepreneurs», explique-t-elle.

«On ne rentre jamais dans toutes les bonnes cases»

Patron du Relais du Boucher, un restaurant de Draveil ne pouvant pour le moment que proposer de la vente à emporter, Florian Raes rencontre peu ou prou les mêmes difficultés. «Quand on entend toutes les annonces, on se dit que c'est bon, que l'on va enfin être aidé, confie-t-il. Au final, on s'aperçoit qu'on ne rentre jamais dans les bonnes cases, que l'on n'a pas droit à grand-chose, il y a toujours un truc qui cloche.»

Le restaurateur attend toujours d'obtenir un coup de pouce par le biais du fonds de solidarité. Tout en sachant que cette aide, pouvant aller jusqu'à 10000 euros, ne suffira pas pour rattraper un manque à gagner s'élevant à plusieurs dizaines de milliers d'euros. «Et je paye 30000 euros de charges fixes par mois», met-il en avant.

Newsletter L'essentiel du 91
Un tour de l'actualité de l'Essonne et de l’Île-de-France
Toutes les newsletters

Sur le terrain, il n'est pas rare que les élus locaux entendent ces plaintes. Le 16 novembre, le conseil départemental de l'Essonne a prolongé l'aide d'urgence aux artisans et commerçants votée après le premier confinement. «Je veux juste souligner ma vigilance sur le délai pour verser ces aides et la difficulté des procédures qui y sont associées, déclare Olivier Clodong, maire (DVD) de Yerres. Il y a beaucoup d'aides proposées par d'autres institutions, et certains artisans renoncent à en solliciter.»

A Paris-Saclay, un site Web permettra de s'y retrouver

François Durovray, président (LR) de l'Essonne, en est conscient. Le dispositif qui vient d'être prolongé est selon lui «très simple à remplir, mais je pense que nous avons des efforts à mener collectivement en matière de communication pour qu'il soit bien connu de tous les acteurs concernés».

De son côté, l'agglomération Paris-Saclay souhaite «agir vite et concrètement pour venir en aide aux commerçants et artisans les plus impactés par les fermetures administratives», déclare Grégoire de Lasteyrie, le président de l'agglomération et maire (LR) de Palaiseau.

Et de mettre en avant la cellule d'appui personnalisé aux entreprises (Cape) qui reste mobilisée. Un site dédié à l'information sur les différentes aides aux entreprises devrait en outre être accessible cette semaine sur le portail de l'agglo. Le site de la chambre de commerce et de l'industrie de l'Essonne rassemble déjà les différentes mesures de soutien et d'accompagnement aux entreprises.

Petit guide des aides disponibles en Essonne

Prêts de trésorerie garantis par l’Etat, fonds de solidarité, chômage partiel, rééchelonnement du crédit bancaire, report des échéances sociales et fiscales, remise d’impôts directs… Le gouvernement met en avant différents leviers d’aide et de médiation, notamment à destination des commerçants.

Néanmoins, la région Ile-de-France soutient elle aussi, par le biais du fonds de solidarité, les très petites entreprises (TPE) impactées par une fermeture administrative ou ayant enregistré une baisse de plus de 50% de leur chiffre d’affaires.

La communauté d’agglomération Paris-Saclay prévoit une aide au loyer d’un million d’euros pour les artisans et commerçants. Les établissements soumis à fermeture administrative peuvent espérer une aide mensuelle de 800 euros maximum (hors taxe et hors charges). L’aide grimpe à 1000 euros pour les bars, restaurants, salles de sport et de loisirs soumis à une fermeture administrative encore plus stricte. «Cela pourrait aider 250 restaurants et bars, 220 commerces et services en statut société et 200 indépendants», souligne Igor Trickovski, vice-président de la communauté d’agglomération Paris-Saclay en charge du commerce et de l’artisanat.