Chevaux mutilés : dans l’Essonne, on continue les rondes «pour choper un agresseur»

Depuis début août, les propriétaires de chevaux et de centres équestres se relaient pour assurer, de nuit, la sécurité aux abords des prés. Un investissement qui commence à peser sur le moral des troupes.

 Dans l’Essonne, jeudi 24 septembre 2020. Depuis l’attaque mortelle d’un poney début août à Saint-Germain-lès-Arpajon, Martine participe aux rondes nocturnes de surveillance des centres équestres.
Dans l’Essonne, jeudi 24 septembre 2020. Depuis l’attaque mortelle d’un poney début août à Saint-Germain-lès-Arpajon, Martine participe aux rondes nocturnes de surveillance des centres équestres.  LP/Florian Garcia

« Désolée, je suis un peu en retard… Je me suis arrêtée près d'une pension où une intrusion venait d'être signalée. » Comme pratiquement chaque soir de la semaine, Martine (le prénom a été modifié), monitrice dans un centre équestre de l'Essonne va passer une partie de la soirée, et même un petit bout de la nuit, dans sa voiture. Depuis début août, et la mort d' un poney tué à l'arme blanche à Saint-Germain-lès-Arpajon, cette passionnée n'a qu'une idée en tête : mettre la main sur un agresseur. À l'échelle nationale, quelque 200 enquêtes ont été ouvertes depuis cet été pour des agressions similaires sur des chevaux. Un chiffre à nuancer, « seuls une trentaine de cas sont considérés comme des actes avec une intervention humaine », précise la gendarmerie.

Quelques heures avant la ronde, Martine confirme le point de rendez-vous par SMS. « On se retrouvera sur le parking vers 23 heures, indique-t-elle. On récupérera une amie et je vous emmènerai suivre la ronde avec nous. »

« Je commence à tourner vers 2 heures du matin »

Ce soir de septembre, la nuit est tombée depuis longtemps et un vent froid souffle sur le département. « Aujourd'hui, il n'est pas trop tard, explique-t-elle au volant de sa voiture. Habituellement, je commence à tourner vers 2 heures du matin car c'est l'heure où il y a le moins de monde. Généralement, cela m'emmène jusqu'à 4 heures du matin. »

VIDÉO. Chevaux mutilés : « Le pire, c'est de ne pas avoir d'explications »

Cette semaine, Martine a consacré quatre soirées aux rondes de surveillance. « Chez moi, ce n'est pas un problème, assure-t-elle. Je pars quand mon enfant est couché. Mon conjoint, lui, reste à la maison. Cela lui permet de jouer à son jeu vidéo préféré. »

Mais nuit après nuit, la fatigue se fait sentir. « Au début, je ne dormais pas la journée, confie la monitrice. À la longue, c'est devenu fatigant. Maintenant, je fais des siestes les jours où je sais que je vais tourner. Ça m'aide à tenir. » Car le quotidien, lui, suit son cours à un rythme effréné. « Demain matin, le réveil sonnera à 7h30, précise-t-elle. Je me lèverai pour emmener mon fils au collège. »

« On veut en attraper un »

Martine va suivre ce rythme encore quelque temps. Mais lorsque les cours de la formation professionnelle qu'elle assure reprendront, elle devra lever le pied. « On verra, je pense que je me limiterai à deux soirs par semaine. Mais je ne me vois pas arrêter. Je continue les rondes pour en choper un, c'est ça qui nous fait tenir. »

Les yeux rivés sur son téléphone, Martine guette le moindre signal de ses collègues. « Ce soir, nous sommes six ou sept à tourner, poursuit-elle. Chacun a une zone bien définie. » Au loin, derrière un pré, les phares d'un véhicule roulant au pas déchirent la nuit. « C'est rien, rassure Martine. C'est la voiture de Dominique (le prénom a été modifié). Il est tard, elle va bientôt rentrer. »

Organisées pratiquement chaque soir depuis début août, ces rondes à répétition commencent à peser sur le moral des troupes. « À quoi ça sert, souffle une volontaire. On est de moins en moins… Si ça continue, je vais arrêter moi aussi. »

Une pause pour écouter le brame du cerf

Autre problème, avec la psychose qui a gagné les centres équestres, les propriétaires de chevaux passent moins de temps sur leurs montures. « Avant, ils venaient en fin de journée pour monter leurs chevaux, note Martine. Maintenant, ils passent plutôt en fin de soirée pour s'assurer que tout va bien. Ce n'est plus la même pratique du cheval. »

Malgré tout, Martine s'accorde quelques petits plaisirs lors de ces virées nocturnes. « Avant de rentrer, on va faire un petit détour par la forêt pour écouter le brame du cerf, promet-elle. Hier soir, c'était magique… Ils n'étaient qu'à quelques dizaines de mètres. Et si l'on vient après deux ou trois heures du matin, on peut même les voir sur la route. »

Ce soir encore, le coin secret de Martine a encore fait des merveilles. De chaque côté de cette petite route départementale perdue en pleine forêt, les mâles en rut ont donné de la voix pour séduire les femelles. « Il faut en profiter, conclut Martine. La saison du brame prendra fin à la mi-octobre. Ce coin est parfait pour une balade nocturne, je reviendrai bientôt avec un groupe. »