«Ça fait peur» : un dirigeant d’un club de foot essonnien soupçonné de viol sur mineure

Le vice-président du Val Yerres Crosne association football (VYCAF), au club depuis 35 ans, a été placé en détention provisoire en juillet. Il est mis en examen pour des «faits de viol incestueux».

 Jean-Marie Morvan, vice-président du Vycaf, organisait notamment les tournois d'enfants "Osica".
Jean-Marie Morvan, vice-président du Vycaf, organisait notamment les tournois d'enfants "Osica". D.R.

Depuis le début de l'été, le Val Yerres Crosne association football ( VYCAF ) n'a plus de nouvelles de son vice-président. On ne voit plus Jean-Marie Morvan dans son bureau du stade Pierre-Mollet, à Yerres (Essonne), où il prenait ses quartiers les week-ends. Et pour cause : il les passe désormais au quartier d'isolement de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, où il est incarcéré depuis le 7 juillet.

Au VYCAF, seule une poignée de dirigeants en connaît la raison. Cet homme de 75 ans, dont 35 passés au club, a été mis en examen et placé en détention provisoire. « A la suite de sa garde à vue le 7 juillet, une information judiciaire a été ouverte pour les faits de viol incestueux commis sur mineure de moins de 15 ans et agression sexuelle incestueuse commise sur mineure de moins de 15 ans par ascendant », confirme le parquet d'Evry-Courcouronnes. Un crime passible de 20 ans de réclusion criminelle.

Le dirigeant a reconnu les faits en garde à vue

La victime est une proche, toujours mineure aujourd'hui. Contactée, Me Annie Gulmez, son avocate, n'a pas souhaité s'exprimer. D'après une source proche de l'enquête, « les faits s'étendent de 2010 à 2016 » et ont été commis lors d'aides aux devoirs. Selon nos informations, Jean-Marie Morvan a reconnu les faits en audition, notamment le viol, à deux reprises. Contacté, son avocat, Me Antoine Lebon, n'a pas répondu à nos sollicitations.

Jean-Marie Morvan, vice-président du VYCAF, organisait  l’aide aux devoirs pour les enfants du club. YouTube VYCAF Football
Jean-Marie Morvan, vice-président du VYCAF, organisait l’aide aux devoirs pour les enfants du club. YouTube VYCAF Football  

Dans ce club familial du VYCAF, qui draine des joueurs issus de tout le val d'Yerres, la moitié des 800 adhérents a moins de 13 ans. La mise à l'écart de son vice-président pourrait faire l'effet d'une bombe. Pourrait, car jusqu'ici, le club n'en a volontairement pas informé les parents, éducateurs et joueurs.

Nous le constatons ce mercredi après-midi, devant le stade Pierre-Mollet. Les parents déposent leurs enfants en coup de vent, dans un ballet de voitures ininterrompu. « Je ne connaissais pas ce dirigeant, au club, on a davantage affaire aux coachs, souligne ce papa, ébahi par la nouvelle. Je fais toujours attention à lâcher mon fils au bord du terrain, et à le reprendre direct à la sortie, pour éviter qu'il traîne. Mais je vais être encore plus vigilant. » Un autre père de famille, étonné, reste prudent : « Etre resté au contact des jeunes tant d'années, ça pose question, c'est sûr. »

«On doit des explications aux parents qui ont inscrit leurs enfants ici»

Nos échanges sont vite interrompus par l'arrivée de responsables du VYCAF, qui souhaitent que l'affaire ne passe pas la porte du club. « Cette histoire n'a absolument rien à voir avec le VYCAF, affirme un encadrant. Ce dirigeant restait le plus souvent dans son bureau et n'était pas en contact avec les enfants. Il n'était même pas présent sur leurs horaires d'entraînement. »

« Même si ce n'est pas agréable pour le club, l'omerta laisse la place à des rumeurs. Et puis c'est une question de confiance, on doit des explications aux parents qui ont inscrit leurs enfants ici », soutient un entraîneur des équipes de jeunes.

«Ceux qui trouvent un rapport avec le club cherchent à nous nuire»

Au téléphone, Patrick Mollet, président du club, insiste : « C'est une histoire privée. Ceux qui trouvent un rapport avec le club cherchent à nous nuire. Jean-Marie Morvan n'était pas au contact des jeunes. »

Pourtant, le retraité était bien la cheville ouvrière du tournoi des enfants Osica, en lien avec le bailleur social, qui réunit chaque année depuis 12 ans plus de 200 enfants âgés de 8 et 9 ans pour inculquer des valeurs de civisme. Il coordonnait aussi l'aide aux devoirs dans les locaux du club. « Dans l'affaire pour laquelle il est détenu, l'aide aux devoirs, c'était justement un moment privilégié… », glisse une source proche de l'enquête.

«On peut craindre qu'il y ait d'autres victimes», indique un enquêteur

Jean-Marie Morvan traînait souvent autour du terrain synthétique de Pierre-Mollet le week-end. Notamment pour suivre ses deux petits-fils, dont l'un approche les 11 ans et l'autre de la majorité. Ils ont quitté le club à la rentrée. « Il était d'ailleurs hyper intrusif avec les coachs qui ne faisaient pas jouer sa famille, mettait sa démission parfois dans la balance », rapportent deux techniciens, un encore au club et l'autre parti voici quelques années.

Jean-Marie Morvan organisait notamment les tournois d’enfants « Osica ». DR
Jean-Marie Morvan organisait notamment les tournois d’enfants « Osica ». DR  

De quoi pousser les enquêteurs à creuser son passé au VYCAF. Même si, à l'heure actuelle, aucune victime de Jean-Marie Morvan n'y a été recensée. « Le problème, c'est qu'on ne nous facilite pas la tâche au sein du club de foot, c'est un euphémisme, et que notre enquête originelle est sur une histoire intrafamiliale. Mais vu son profil et sa position associative, on peut craindre qu'il y ait d'autres victimes, indique un enquêteur. Mais il faudrait remonter sur plus de trente ans… » L'ordinateur du club, utilisé par le suspect, a été saisi. « Et restitué, ils n'ont rien trouvé », affirme le VYCAF.

Tout le monde l'appelle «le Major»

« C'était plutôt un dirigeant qui remplit les feuilles de matchs et tape dans le dos », indique un ancien joueur de son équipe de foot militaire. Au sein de la caserne de l'Ecole militaire (Paris, 7e), le Major Morvan dispose de plusieurs sportifs de très bon niveau, issus des clubs de région parisienne qui effectuent leur service. Grâce à eux, il gagnera à plusieurs reprises le championnat de France militaire de football jusqu'au début des années 2000.

Mais son grade ne quitte pas Jean-Marie Morvan dans la vie civile. « Depuis 30 ans, tout le monde au club l'appelle le Major », assure un éducateur. Un homme aux « idées à droite de la droite, mais qui ne le faisait pas trop sentir dans le sport », affirment plusieurs encadrants de l'association.

Au VYCAF, Jean-Marie Morvan gère la partie administrative et la recherche de sponsors. Il est aussi le référent des arbitres et des formations. « Il était tout le temps devant son ordinateur, dans sa salle, même parfois jusqu'à tard, avec le recul on peut se poser des questions », glissent deux éducateurs. « Il n'était pas à proprement parler avec des enfants, mais toujours au bord des terrains puisqu'il était à la retraite, relate un ancien dirigeant. Et même si je n'avais jamais pensé qu'il puisse être impliqué dans une affaire de mœurs, c'est un homme au double visage. »

«Je n'ai jamais vu un enfant dans son bureau»

Et attaché à son autorité. « Je n'ai jamais vu un enfant dans son bureau, mais le Major peut s'y enfermer avec qui il veut, il fait ce qu'il veut de toute façon ici, reprend un entraîneur. D'ailleurs, il aime jouer de sa position hiérarchique. Il parle mal aux bénévoles. Son badge de vice-président, il l'exhibe fièrement. »

Selon ces sources internes au club, il est donc impossible de dire « qu'il n'avait aucun contact avec les enfants, même s'il n'était pas chargé de la partie éducative ». « Ça fait peur, parce qu'à tout moment il a pu déraper, le terrain était propice, en journée il était libre de faire ce qu'il voulait », avance un ancien joueur senior. « C'est grave de cacher tout ça, souffle d'ailleurs un dirigeant et un ancien joueur. Le club n'y est pour rien, il ne savait pas. Mais le comportement désormais est coupable. S'il y a d'autres victimes, il faut que cela libère leur parole. »