Brétigny-sur-Orge : des mineurs passent la nuit sur un parking pour s’inscrire aux activités

Une semaine avant les vacances scolaires, les 12-17 ans peuvent s’inscrire aux animations proposées par le service jeunesse de la ville. Avec un principe : les premiers arrivés sont les premiers servis.

 Brétigny-sur-Orge (Essonne), le 10 octobre 2020. Pour s’assurer de s’inscrire aux activités proposées durant les vacances scolaires, des jeunes n’hésitent pas à commencer à faire la queue dès 3 heures du matin.
Brétigny-sur-Orge (Essonne), le 10 octobre 2020. Pour s’assurer de s’inscrire aux activités proposées durant les vacances scolaires, des jeunes n’hésitent pas à commencer à faire la queue dès 3 heures du matin. DR

Le soleil se lève à peine. La température ne dépasse pas les 10 degrés ce samedi 10 octobre. Et pourtant, une quarantaine de personnes, la plupart mineures, forment déjà une longue file d'attente sur le parking de la salle de la cuisine Croix Louis de Brétigny-sur-Orge (Essonne).

Certains, emmitouflés dans de chaudes doudounes, d'autres dans des plaids, ont même passé une grande partie de leur nuit sur place. Avec un objectif en tête : être les premiers à l'ouverture des inscriptions aux activités proposées aux 12-17 ans par la ville durant les vacances de la Toussaint. Inscriptions qui ne commençaient ce samedi qu'à partir de… midi.

Des tentes installées pour y passer la nuit

« Cela fait des années que c'est comme ça. Les premiers arrivés sont les premiers servis, relate Diane (le prénom a été changé), une ancienne employée du service jeunesse de la commune. Le nombre de places pour les activités est limité. Certains jeunes ont compris le système et passent la nuit sur le parking pour obtenir les animations qui les intéressent. Quelques-uns installent même des tentes pour dormir sur place. »

Le fils de Cécile, 17 ans, s'est rendu sur le parking à 8 h 30 du matin. Et est reparti à 15 h 30 sans avoir pu s'inscrire à toutes les activités qu'il voulait faire. « Depuis dimanche, il est malade. J'espère que c'est qu'un simple rhume. Ils n'étaient pas nombreux à respecter les distanciations physiques. Et tout le monde n'avait pas de masque. En cette période de risque sanitaire, je ne comprends pas que la mairie ne modifie pas cette organisation. »

«Un jour, il y aura un drame»

Cette mère de famille a toujours refusé que ses enfants se retrouvent seuls toute une nuit juste pour participer à quelques activités. Mais il lui est déjà arrivé de faire la queue à leur place. « Ils voulaient à tout prix aller au parc Astérix, et je n'avais pas les moyens de leur offrir. Alors j'y suis allée à 4 heures du matin, et il y avait déjà du monde. Je me suis même fait engueuler par un adolescent. Il considérait que c'était à mes enfants de faire la queue. »

Durant ces années en poste, Diane assure avoir alerté à plusieurs reprises la municipalité. En vain. « On ne peut pas laisser un mineur seul sur un parking. Jamais je n'aurais autorisé mon enfant, même s'il reste en groupe. Comment font les autres villes ? Un jour, il y aura un drame. Faut-il attendre cela pour agir ? La mairie doit se réveiller. »

«Ce sont toujours les mêmes qui en profitent»

Les élus d'opposition assurent avoir aussi tiré la sonnette d'alarme. « Cela fait des années que cela se passe comme ça, et rien ne bouge, dénonce Steevy Gustave (EELV). Il n'y a pas un gros budget dédié à la jeunesse, alors tout est limité. Si les inscriptions pouvaient se faire sur Internet, il y aurait beaucoup plus de demandes. Et, avec ce système, beaucoup sont découragés, alors que de nombreux ados de la ville n'ont pas la chance de pouvoir partir en vacances. Au final, ce sont toujours les mêmes qui en profitent », à savoir ceux qui font la queue aux aurores.

Las, une mère de famille commente : « Nous, on a abandonné ces inscriptions… 5 heures du matin depuis des années c'était devenu invivable. » Contactée à plusieurs reprises, la municipalité n'a pas donné suite à nos sollicitations.