Appel à la mobilisation citoyenne après les violences contre deux élues à Corbeil-Essonnes

Dimanche soir, des tirs de mortier ont visé le logement où dînait une élue locale. Une autre a vu son véhicule incendié. Le nouveau maire (DVG), Bruno Piriou, dénonce «une agression politique».

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 Corbeil-Essonnes, le 16 juillet 2020. Après vingt-cinq ans de combat politique, notamment contre Serge Dassault, Bruno Piriou a pris les rênes de la ville en juin dernier.
Corbeil-Essonnes, le 16 juillet 2020. Après vingt-cinq ans de combat politique, notamment contre Serge Dassault, Bruno Piriou a pris les rênes de la ville en juin dernier. LP/S.M.

« Notre politique dérange peut-être des gens. Mais il faut qu'ils comprennent que nous sommes passés à une nouvelle ère, celle de la République. » Bruno Piriou, maire (DVG) depuis juin dernier de Corbeil-Essonnes, fulmine. Dimanche soir, deux de ses élues ont fait l'objet d'agressions. L'une a reçu des tirs de mortier sur son balcon, l'autre a dû intervenir pour éteindre un début d'incendie sur son véhicule.

Clémence Bigarnet, déléguée à la promotion du sport féminin, était en train de dîner avec plusieurs membres de sa famille, dans l'appartement de ses parents, partis en week-end. « Comme il commençait à faire un peu chaud, nous avons ouvert la fenêtre du salon. A 21h48, nous avons entendu un bruit qui ressemblait à un coup de mortier, raconte la jeune élue de 19 ans. C'est lorsque nous avons entendu un deuxième coup et avons vu un feu d'artifice se déclencher sur notre balcon que nous avons tous réagi. Dans le même temps, un troisième mortier est arrivé côté cuisine. »

«Nous avons reçu plusieurs menaces»

Une de ses sœurs descend immédiatement dans la rue pour tenter de comprendre ce qu'il se passe. Clémence Bigarnet la rejoint à l'arrivée des policiers. « J'ai entendu des jeunes crier : Y a Piriou, il est là. C'est là que j'ai fait le rapprochement avec ma fonction d'élue. Une voisine nous a confirmé qu'elle avait vu quelqu'un se cacher derrière un camion, avant de lancer des mortiers vers notre appartement. Pour moi, il n'y a pas de doute, j'étais bien la cible », affirme-t-elle.

Si la jeune femme confirme avoir eu des difficultés à trouver le sommeil, elle promet que cela n'arrêtera pas son combat politique. « Je ne regrette pas mon engagement. S'il faut passer par là pour faire changer les idées de ma ville, je le ferai. On sait que depuis les élections c'est tendu, nous avons reçu plusieurs menaces. Mais ce n'est pas en réagissant ainsi que l'on va nous faire reculer. Ce qui est le plus dur, c'est que ma famille était présente. Heureusement qu'elle me soutient. »

Un rassemblement annoncé ce mercredi après-midi

Pour manifester leur « indignation », et leur « solidarité aux victimes », un appel au rassemblement est lancé pour ce mercredi. Le rendez-vous est fixé à 17 heures au 6, rue Léon-Rault, à Corbeil.

« Je ne sais pas si les auteurs se rendent compte à quel point cela peut être traumatisant de recevoir un mortier sur son balcon, en présence d'enfants et avec le risque d'un incendie. Si l'appartement avait pris feu, que serait-il arrivé ? s'inquiète Bruno Piriou. S'en prendre à un élu, c'est une agression politique. Il faut donc une réponse politique. »

Mais pas seulement. C'est pourquoi il en appelle à une mobilisation citoyenne. « Nous faisons tout pour donner une autre image de Corbeil, pour mettre fin aux trafics en cours dans la commune, rappelle l'élu. Mais pour que cela fonctionne, nous devons nous serrer les coudes. On est confiant, on va y arriver, mais nous voulons le faire avec les habitants. »

L'opposition pointe une hausse de la délinquance

Le conseiller municipal d'opposition Jean-François Bayle (LR) et son équipe ont fait le choix de ne pas être présents ce mercredi. « Cela ne serait pas valorisant pour les centaines d'habitants qui ont été victimes de faits similaires et pour qui on n'a rien fait de tel. »

L'élu de droite dénonce surtout une hausse des faits de délinquance dans sa commune ces derniers mois. « Nous avons recensé 300 véhicules saccagés et un nombre incalculables de cambriolages, de bagarres de rues, énumère-t-il. Même les chantiers se font attaquer. Cela s'explique par la disparition de notre commissariat, la suppression des rondes de nuit mais aussi par un climat délétère latent. »

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Jean-François Bayle accuse : « Tout cela est une conséquence de l'attitude de la municipalité. Quel sens y a-t-il à s'attaquer à des conseillers municipaux, sauf si ces dernières ont participé activement aux promesses tenues lors de campagne électorale, et que depuis les résultats, il est difficile de joindre le maire ? », s'interroge-t-il.

« Si c'était bien cela, ils n'auraient pas attendu sept mois pour agir », répond Bruno Piriou, qui considère que ces insinuations ne méritent aucune réponse.