Accès, manque de proximité… le futur hôpital Paris-Saclay sous le feu des critiques

Le recueil des avis sur cet établissement qui doit voir le jour en 2024 à Orsay est ouvert jusqu’au 4 février. Il doit remplacer les centres hospitaliers d’Orsay, de Longjumeau et de Juvisy-sur-Orge.

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 Orsay, quartier de Corbeville. Le futur hôpital Paris-Saclay, construit sur cinq étages, doit voir le jour d’ici à 2024 le long du boulevard Gaspard-Monge.
Orsay, quartier de Corbeville. Le futur hôpital Paris-Saclay, construit sur cinq étages, doit voir le jour d’ici à 2024 le long du boulevard Gaspard-Monge. DR

Jusqu'au 4 février, une enquête publique relative au projet de construction de l'hôpital Paris-Saclay, situé dans la zone d'aménagement concerté de Corbeville, un quartier d'Orsay, est ouverte. En moins de vingt jours, plus d'une centaine de contributions ont déjà été déposées sur le site Internet dédié. Une écrasante majorité des messages émane de personnes inquiètes.

L'enquête publique ravive les contestations qui se font entendre depuis des années autour de ce futur hôpital qui doit ouvrir en juin 2024 après vingt-six mois d'un chantier à 215 M€. Un établissement qui en remplacera trois autres existants : les centres hospitaliers d'Orsay, de Longjumeau et d'Orsay.

Le comité de défense des hôpitaux du nord Essonne, qui a déposé ses remarques en mairie d'Orsay samedi, réclame « un moratoire et le lancement d'une large consultation publique pour l'élaboration d'un projet prenant en compte les besoins des habitants du territoire en matière de santé publique ».

473 lits au lieu de 416 prévus

« Sur plusieurs points, l'ARS (NDLR : Agence régionale de santé) et son directeur ont reculé, indique Gilles Rémignard, du comité. L'hôpital de Juvisy, qui devait être rasé pour devenir une zone pavillonnaire, serait vendu au groupe Korian. L'hôpital de Longjumeau, dont une partie a été reprise par le département pour y faire un Ehpad (NDLR : établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), serait en partie conservé pour des services complémentaires de Paris-Saclay. »

Des « réorientations » confirmées la semaine dernière par Cédric Lussiez, directeur général du Groupe hospitalier nord Essonne (GHNE), lors des conseils municipaux d'Orsay et de Juvisy-sur-Orge. « Le projet, exceptionnel car nous aurons un hôpital exemplaire en termes d'innovation et de recherche, de lien avec la médecine de ville, a fortement évolué, encore plus avec la crise sanitaire, détaille-t-il. Le futur hôpital devait accueillir 416 lits, ce sera finalement 473 lits. On a rajouté un étage pour qu'il soit assez grand pour porter des filières de soins structurantes, en oncologie, neurologie, intervention chirurgicale… toute une série de disciplines dans lesquelles la référence doit être Paris-Saclay. »

«Une vraie montée en gamme des services d'urgences et de réanimation», selon Cédric Villani

Car pour la direction du GHNE, ce futur hôpital a pour principale mission de devenir « une machine pour attirer des professionnels et permettre aux patients d'être soignés dans des unités au top sans avoir besoin de se faire opérer à Paris ou de suivre une chimiothérapie à l'institut Gustave-Roussy ».

« Ce sera également le premier hôpital post-covid, souligne Cédric Villani, député (non inscrit) de la circonscription et président du conseil de surveillance de l'hôpital d'Orsay. Avec des circuits de soins isolés, une unité de maladies infectieuses, on a une vraie montée en gamme des différents services d'urgences et de réanimation. »

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Mais pour le comité de défense des hôpitaux du nord Essonne, ce « projet n'est pas au service des habitants usagers des services publics hospitaliers du Nord Essonne ».

Orsay. Le projet d’hôpital « n’est pas au service des habitants », affirme le comité de défense des hôpitaux du nord Essonne. / DR
Orsay. Le projet d’hôpital « n’est pas au service des habitants », affirme le comité de défense des hôpitaux du nord Essonne. / DR  

Certains élus déplorent que l'enquête publique n'ait pas été étendue aux communes de Longjumeau et de Juvisy-sur-Orge. « Aucune consultation des usagers concernés en premier chef par cette opération qui va entraîner la destruction de leurs hôpitaux de proximité n'a été envisagée, dénonce Laurence Gauthier, cheffe de file (DVG) du groupe d'opposition Juvisy, relevons le défi citoyen ! C'est pourtant cette même population qui va se retrouver lésée au profit d'un hôpital sous-dimensionné par rapport aux besoins du territoire et excentré. »

«Pénurie et saturation» des transports

L'accessibilité est aussi soulevée par la Fnaut (Fédération nationale des associations d'usagers des transports), qui a décidé d'« utiliser l'enquête publique en cours sur l'hôpital pour demander de surseoir à sa réalisation tant qu'un système de desserte performant n'est pas en service ». Le collectif lance un cri d'alarme autour de « la pénurie et de la saturation croissante des moyens de desserte du plateau de Saclay en pleine urbanisation », avec « un RER B qui n'aura pas de matériel roulant à deux niveaux avant longtemps ».

« Une accessibilité qui va aller de mal en pis, estime Jean-Christophe Péral, conseiller municipal de la minorité à Orsay, avec tous les nouveaux habitants qui vont arriver dans les prochaines années par milliers sur le plateau de Saclay. Ce futur établissement est sous-dimensionné. C'est un très beau projet, que j'approuverais s'il ne se réalisait pas au détriment des trois hôpitaux de proximité actuels.