A la découverte d’une forêt préservée de toute intrusion humaine… à 15 km de Paris

Très protégée et surveillée, les « réserves biologiques intégrales », comme la forêt de Verrières en Essonne, servent de laboratoires à l’Office National des forêts pour étudier l’évolution naturelle de la faune et de la flore. Découverte.

 Une réserve biologique intégrale (RBI) se cache au cœur de la forêt de Verrières-le-Buissons (Essonne). Les forestiers laissent 42 hectares en libre évolution depuis la tempête de 1999. L’objectif est de préserver et accroître la biodiversité.
Une réserve biologique intégrale (RBI) se cache au cœur de la forêt de Verrières-le-Buissons (Essonne). Les forestiers laissent 42 hectares en libre évolution depuis la tempête de 1999. L’objectif est de préserver et accroître la biodiversité. LP/Aurélie Foulon

Il ne le sait peut-être pas mais ce jogger au coupe-vent rose fluo parcourt sans complexe une forêt préservée de toute activité humaine. Depuis 10 ans, 42 des 575 hectares du domaine de Verrières-le-Buisson (Essonne), à 15 kilomètres au sud de Paris, ont été classés « réserve biologique intégrale » (RBI), un outil propre aux forêts publiques pour la conservation des milieux et des espèces remarquables.

Il n'en existe que trois autres en Ile-de-France, toutes à Fontainebleau (Seine-et-Marne). Deux autres sont en cours de création à Rambouillet (Yvelines). « Celle-ci est toute petite, mais elle est unique en France de par sa situation intra-urbaine alors que la plupart sont dans des espaces plus ruraux, souvent à la montagne », relève Séverine Rouet, responsable du service Environnement à l'ONF Ile-de-France Ouest.

A la découverte d’une forêt préservée de toute intrusion humaine… à 15 km de Paris

Mieux encore, ce pentagone majoritairement planté de chênes n'a pas été exploité depuis plus de cinquante ans ! « On avait identifié ce sol fertile, fréquenté par des oiseaux, des insectes et champignons multiples, d'une grande valeur écologique », raconte Séverine Rouet. Il a donc été préservé de toute sylviculture.

Même la tempête de 1999 n'a pas changé la donne. Dès lors qu'ils ne menacent pas la sécurité sur les sentiers autorisés aux visiteurs, les arbres déracinés ou cassés à l'intérieur de cette enclave ont été laissés sur place, tels quels. « En évolution libre », disent les spécialistes.

Dès lors qu’ils ne menacent pas les sentiers, les arbres tombés à l’intérieur du périmètre de la RBI sont laissés tels quels../LP/Aurélie Foulon
Dès lors qu’ils ne menacent pas les sentiers, les arbres tombés à l’intérieur du périmètre de la RBI sont laissés tels quels../LP/Aurélie Foulon  

Concrètement, il s'agit de laisser faire la nature. « Les chênes sont encore là, à se décomposer très lentement, constate Gérald Sivry, le technicien forestier qui arpente quotidiennement les sentiers du domaine. Mais des merisiers, il ne reste rien. » C'est le paradis pour un cortège d'espèces dépendantes de vieux arbres et de bois mort : les insectes comme les coléoptères, de nombreux oiseaux tel le pic, la chouette hulotte, la mésange, le grimpereau des jardins ou la sitelle torchepot, mais aussi la chauve-souris ou des champignons…

Chauves-souris, reptiles, oiseaux, amphibiens

A l'aube de l'an 2 000, l'ONF a donc décidé de préserver le site en l'état en le protégeant. Il a ensuite fallu attendre 10 ans pour que soit signé l'arrêté ministériel classant les lieux en réserve biologique. Entre-temps, un état des lieux de peuplement a été réalisé. L'inventaire porte sur les chauves-souris, oiseaux, amphibiens, les coléoptères inféodés aux bois morts, les reptiles mais aussi les lichens, les mousses et les champignons.

Depuis, cet espace de la forêt de Verrières est officiellement un laboratoire de l'évolution du vivant. Des relevés sont réalisés régulièrement, pour suivre l'évolution de la faune et de la flore. « Des emplacements sont définis par GPS pour pouvoir refaire les comptages précisément au même endroit et des protocoles sont mis en place selon ce qu'on veut identifier, tout est millimétré, explique Gérald Sivry. Pour les chauves-souris par exemple, les spécialistes procèdent à des enregistrements sonores. Pour les insectes, ce sont des pièges. Et pour les rampants, des trous dans la terre. »

«La nature fait d'elle-même de la monoculture»

Tous les 10 à 20 ans, ils reviendront faire les relevés selon les mêmes méthodes. « C'est aussi intéressant de voir si cette forêt, cernée par les routes et donc isolée des autres massifs, va évoluer comme celles qui ont des échanges entre elles. Ici, il n'y a pas de sanglier par exemple », s'impatiente déjà Séverine Rouet.

Des inventaires des espèces, notamment grâce à ce piège à insectes, vont permettre d’étudier l’évolution des populations. DR/ONF
Des inventaires des espèces, notamment grâce à ce piège à insectes, vont permettre d’étudier l’évolution des populations. DR/ONF  

Un impact est déjà visible à l'oeil attentif : sur des dizaines de mètres carrés, le sol est couvert de feuilles mortes et de chablis (trou laissé par un arbre quand il tombe), mais pas de ronces ni de fougères. « C'est parce qu'il y a peu de lumière, décrypte Gérald Sivry. Comme on n'y touche pas pour ouvrir des éclaircies, plus rien ne pousse en bas. L'homme est destructeur de milieux et d'espèces mais créateur aussi. La nature, en Europe du moins, fait d'elle-même de la monoculture. Souvent, c'est le hêtre qui prend le dessus. Si on laisse faire, il n'y aurait que deux espèces au lieu de 30 ou 40. La nature fait de la diversité dans le temps, c'est cyclique. »

Illustration. Dans cette réserve biologique, on compte 39 espèces d’oiseaux dont les mésanges. J.B./ Le Parisien
Illustration. Dans cette réserve biologique, on compte 39 espèces d’oiseaux dont les mésanges. J.B./ Le Parisien  

Le recensement de l'avifaune en 2017, 9 ans après l'inventaire initial, a recensé 39 espèces d'oiseaux, dont 24 espèces nicheuses : l'étourneau sansonnet, le gobemouche noir, le grimpereau des jardins, la mésange (bleue, charbonnière, nonnette), perruche à collier, le pic (épeiche, mar, vert) ou le pigeon colombin. « Les résultats de l'étude laissent penser qu'une évolution de la population d'oiseaux est possible, analyse l'ONF. Certaines espèces comme la perruche à collier ou le Coucou gris sont présents en 2017 alors qu'ils ne l'étaient pas en 2009. A l'inverse, le Grosbec casse noyaux ou le Roitelet huppé étaient inventoriés en 2009 mais plus en 2017. Les espèces plus caractéristiques des vieux peuplements comme les Pics, la progression du Pigeon colombin, le signalement du Rougequeue à front blanc et du Gobemouche noir restent présentes ».

Des résultats « globalement encourageants » qui « mettent en évidence l'effet positif du statut de réserve sur la présence des oiseaux forestiers accompagnant les peuplements âgés ».

Pour protéger le site, autant que les promeneurs qui pourraient être blessés par une chute d'arbre, de nombreux panneaux « accès interdits » viennent désormais renforcer la signalétique faite d'un double trait vert et orange tout autour de la zone protégée. Ceux qui bravent l'interdit pénètrent dans l'antre de la forêt à leurs risques et périls. En partenariat avec l'Agence des espaces verts et le conseil départemental de l'Essonne, des panneaux pédagogiques ont aussi été implantés pour livrer aux curieux les secrets de la réserve.