À Grigny, un plan de bataille pour lutter contre la pauvreté

Une réunion pilotée ce mercredi par le préfet à l’égalité des chances et la commissaire régionale chargée de la lutte contre la pauvreté a permis de tracer une première feuille de route autour de solutions concrètes à mettre en place dans la commune la plus pauvre de France.

 Archives. Selon le dernier rapport de l’Observatoire des inégalités paru fin novembre, Grigny est la ville la plus pauvre de France
Archives. Selon le dernier rapport de l’Observatoire des inégalités paru fin novembre, Grigny est la ville la plus pauvre de France . LP/OLIVIER ARANDEL

Il veut faire de Grigny le laboratoire de l'Etat dans la lutte contre la pauvreté. Après des mois de relances, Philippe Rio, le maire (PCF) a été entendu. Ce mercredi, une réunion co-pilotée par le préfet à l'égalité des chances et la commissaire régionale chargée de la lutte contre la pauvreté a permis de tracer la feuille de route des actions à mener dans la commune.

Une commune qui n'a pas été choisie au hasard. Selon le dernier rapport de l'Observatoire des inégalités paru fin novembre, Grigny est la ville la plus pauvre de France. 45 % de sa population vit sous le seuil de la pauvreté. Et la crise sanitaire n'a rien arrangé. Fin 2020, le taux de demande du RSA (Revenu de solidarité active) avait bondi de 20 %. Quant aux demandes d'aide alimentaire d'urgence, elles explosent.

Pour lutter contre cette misère grandissante, 21 solutions concrètes ont été proposées par la municipalité. « L'idée est de compléter les actions mises en place par la politique de la ville, explique le maire. Il n'y a rien de révolutionnaire mais en réunissant tous les acteurs autour de la table, cela reste une grande avancée. On sait que le problème de la pauvreté ne se réglera pas avec un coup de baguette magique. Mais des choses vont enfin pouvoir se débloquer. »

Assurer l'égalité des chances dès l'enfance

Certaines actions pourront même être mises en place dans les prochains mois. À commencer ce qui touche à la petite enfance. Un petit-déjeuner équilibré sera proposé à tous les élèves scolarisés en maternelle. En septembre 2020, ils étaient 1 795. Faute de moyens, seul un tiers des 15 écoles de la ville bénéficie actuellement de ce dispositif. « Tous les retours nous montrent que cela fonctionne, que les élèves sont plus attentifs et que donc il y a une meilleure qualité de l'apprentissage », assure Philippe Rio.

En septembre, quinze nouvelles places de crèches seront ouvertes, dans un premier temps dans le quartier très défavorisé de Grigny 2. À noter que la population de Grigny est la plus jeune d'Ile-de-France. « Nous avons plus de 200 demandes en attente, mais un berceau coûte à la ville 10 000 € par an. Une des décisions du comité interministériel à la ville est de nous assurer des aides en investissement et en fonctionnement. Nous réfléchissons à la création de microcrèches, à utiliser des espaces communaux ou des appartements pour ouvrir ces places. En parallèle, un travail sur l'insertion et la formation des parents sera mis en place. »

Un suivi des parents vu comme une bonne nouvelle par Guilhaine*(le prénom a été changé). Cette habitante très investie dans Grigny 2 dénonce une certaine dérive dans la commune. « Il y a des droits mais aussi des devoirs. Il ne faudrait pas que ces femmes, qui bénéficient de cette place en crèche, en profitent par exemple pour faire du commerce illégal sur le parvis de la gare, comme nous l'avons subi durant des mois l'année dernière, estime-t-elle. Il faut accompagner ces familles, faire avec elles. »

Une offre de formation renforcée

La formation est un axe essentiel pour la municipalité. Une nouvelle offre de service contre le décrochage devrait voir le jour en lien avec l'Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes) et le réseau Greta (structure de l'éducation nationale qui organise des formations pour adultes). « Ces organismes sont inexistants sur le territoire, déplore Phillippe Rio. Nous voulons faire de Grigny l'université de la seconde chance. Jusqu'à 150 personnes pourront bénéficier de leur formation par an. »

Un moyen de redonner une chance aux jeunes qui, faute de mieux ou par facilité, font souvent le pied de grue au sein de leur quartier. « Ils ont envie de se relever mais ils perdent trop facilement confiance, analyse Younoussa Traoré, membre de l'association Au cœur de la ville. Et quand ils se rendent compte de ce qu'ils ont raté, il est souvent trop tard. Ces formations, qui doivent être proposées à proximité, sont essentielles pour leur donner un métier mais aussi les faire sortir de leur quartier. Qu'ils découvrent autre chose. »

Newsletter L'essentiel du 91
Un tour de l'actualité de l'Essonne et de l’Île-de-France
Toutes les newsletters

Quant à la Garantie jeunes, qui vise à favoriser l'entrée sur le marché du travail ou le retour à l'emploi des 16 à 25 ans en situation de précarité, elle va être renforcée. En tout, 320 personnes de la commune vont en bénéficier.

L'accès aux droits pour tous

La municipalité a aussi souhaité mettre l'accent sur les familles monoparentales. À Grigny, 30 % des foyers sont des femmes qui élèvent seules leurs enfants. « Le cœur de la pauvreté est là, insiste le maire. C'est pourquoi nous avons besoin de mieux les repérer pour leur permettre de bénéficier de l'Allocation parent isolé. Sur 1 600 familles, seules 600 ont fait la demande. On pense, à tort, qu'ici on profite beaucoup du système. Mais en fait, c'est un sport local de ne pas faire valoir ses droits. »

L'élu met ainsi en avant la question des seniors. Selon lui, au moins 20 % de cette population ne perçoit pas le minimum vieillesse. « Ce n'est pas normal que ces personnes se retrouvent à vivre avec seulement 500 €. Souvent c'est parce qu'elles ne maîtrisent pas l'appareil administratif. Certains sont isolés et se laissent couler. Sans parler de l'illettrisme. Au final, c'est un véritable parcours du combattant. Nous devons regarder les choses qui ne vont pas et changer de pratique. »

Des actions à concrétiser dans les années à venir et qui pourraient être étendues à d'autres communes. « Grigny remplissait, malheureusement, tous les critères pour devenir un territoire pilote dans la lutte contre la pauvreté, conclut-on du côté de la préfecture de région. Mettre tous les acteurs autour de la table n'est pas une première mais, là, elle va nous permettre d'aborder en même temps tous les aspects qui touchent à la vie quotidienne. Et si cela fonctionne, l'idée serait d'appliquer cette feuille de route à des villes similaires. »