Grigny, ville classée la plus pauvre de France : le maire déplore un manque de solidarité nationale

Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny, classée commune plus défavorisée de France par l’observatoire des inégalités, demande du temps et de la solidarité pour sortir ses administrés de la précarité.

 La cité la Grande-Borne à Grigny (Essonne), est l’une des plus pauvres et des plus dégradées de France. La misère y cotoie la déliquance, une situation que déplore le maire.
La cité la Grande-Borne à Grigny (Essonne), est l’une des plus pauvres et des plus dégradées de France. La misère y cotoie la déliquance, une situation que déplore le maire. LP/Florian Garcia

Ni découragé ni fataliste. Malgré la réalité sociale de plus en plus difficile qui frappe sa commune, Philippe Rio ne baisse pas les bras même s'il reconnaît que « l'adversité est rude ». Le maire (PCF) de Grigny, ville classée sur la première marche du podium des plus pauvres de France selon le dernier rapport de l'Observatoire des inégalités, dresse ainsi un constat alarmant de la situation de ses administrés.

La commune compte l'une des cités les plus pauvres de France avec la Grande Borne. La copropriété de Grigny 2, parmi les plus importantes d'Europe, est aussi l'une des plus dégradées.

Grigny, ville classée la plus pauvre de France : le maire déplore un manque de solidarité nationale

« Les chiffres de l'observatoire des inégalités viennent tout simplement conforter les dernières réalités d'une pauvreté et d'une misère qui s'accélèrent », confie l'élu. Plus que toute autre, sa commune paie un très lourd tribut à une crise sanitaire qui vient appuyer sur une plaie déjà douloureuse.

Les bénéficiaires du RSA en hausse de 20%

En début de semaine, le maire, aux côtés de huit autres de ses collègues, a d'ailleurs pu échanger avec le Premier ministre Jean Castex sur cette accélération des inégalités provoquées par l'épidémie de Covid-19. Les élus réclament notamment que 1 % du plan de relance de 100 milliards d'euros aillent aux quartiers les plus pauvres. À Grigny, le taux de demande du RSA (Revenu de solidarité active) a par exemple bondi de 20 % depuis le début de l'année. Quant aux demandes d'aide alimentaire d'urgence, elles explosent.

« On voit des personnes qu'on n'avait jamais vues dans la file de l'épicerie sociale, assure Philippe Rio. Quant aux habitués, ils viennent plus souvent encore. Quand une crise s'abat, elle frappe plus rapidement les villes populaires. Et, lorsque des effets positifs arrivent enfin, ils mettent au contraire davantage de temps à toucher nos cités. » Pour le maire de Grigny, c'est avant tout la solidarité nationale qui fait défaut et empêche sa ville de sortir de l'ornière.

« Il faut changer notre logiciel de la solidarité. Remettre en confiance une personne éloignée de l'emploi depuis très longtemps demande beaucoup de temps, clame-t-il. La prise en charge des inégalités scolaires également. Il faut laisser le temps aux choses qui marchent de perdurer. Aucune solution miracle n'existe et on ne changera pas la situation du jour au lendemain. »