A Corbeil-Essonnes, la mairie offre un toit pour la nuit et «un peu d’espoir» aux sans-abris

La ville a ouvert en janvier un accueil de nuit pour une vingtaine de sans domicile fixe. « Nous ne visons pas à remplacer le 115, mais à apporter notre pierre à l’édifice », explique le maire DVG Bruno Piriou.

 Corbeil-Essonnes, le 25 janvier 2021. Les vestiaires du stade Robinson ont été transformés en accueil de nuit pour SDF par la mairie.
Corbeil-Essonnes, le 25 janvier 2021. Les vestiaires du stade Robinson ont été transformés en accueil de nuit pour SDF par la mairie. LP/SÉBASTIEN MORELLI

Il est 18 heures, le centre d'accueil de nuit des SDF de la mairie de Corbeil-Essonnes vient d'ouvrir ses portes et ils sont déjà une bonne dizaine à se réchauffer autour d'un café ou d'un thé brûlant. Et les sans-abri, hommes et femmes, continuent d'affluer au fur et à mesure de la soirée. A tel point qu'il faut rajouter des lits de camp pour accueillir la vingtaine de personnes qui vont dormir là.

La nouvelle de l'ouverture par la mairie de cet accueil pour SDF mi-janvier - une première dans le département - s'est vite répandue et très rapidement, toutes les places ont été prises. D'autant que ceux qui y goûtent une fois y reviennent.

« Je viens depuis que c'est ouvert. On est au chaud, on a tout ce qu'il faut et ils prennent bien soin de nous, témoigne Abdelkader. Ça fait 58 ans que je suis à Corbeil et c'est la première fois que je vois ça. Le maire est venu nous voir. On lui a fait un mot de remerciement. »

« C'est un geste d'humanité qu'il faut saluer, lance à son tour Antoine. Ça apporte un peu d'espoir. »

«Que l'Etat et les villes fassent comme nous et plus personne ne dormira dehors en France»

« C'est un début de prise à bras-le-corps de ce dossier. Je ne veux pas être le maire d'une ville où les gens dorment dehors, martèle Bruno Piriou (DVG). Nous ne visons pas à remplacer le 115, mais à apporter notre pierre à l'édifice. »

Pour un de ses opposants, Jean-François Bayle (LR), « ça va rajouter de la misère à la misère. Corbeil regroupe malheureusement et historiquement toutes les institutions d'accueil du département, de la Croix Rouge… Les SDF du département se retrouvent à la charge de la ville. Les difficultés ne sont pas partagées avec les autres communes qui se dédouanent sur nous. »

Les vestiaires inutilisés du stade comme refuge

« Nous voulons montrer l'exemple, répond Bruno Piriou. Que l'Etat et les villes fassent comme nous et plus personne ne dormira dehors en France. Par ailleurs, les SDF que nous accueillons sont rattachés à notre CCAS (centre communal d'action sociale). »

La mairie a rafraîchi les vestiaires inutilisés du stade Robinson. « D'un point de vue sanitaire, c'est plus facile à contrôler qu'un grand gymnase, note Farid Messaoui, directeur adjoint au cabinet du maire. Ils ont des douches, des toilettes, nous fournissons les draps et les couvertures et les repas avec l'aide de trois associations. Il y a aussi un accompagnement social. Ils doivent le suivre, c'est une condition pour rester dans la structure. »

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Pour en assurer le fonctionnement, des agents municipaux viennent y travailler bénévolement et un agent de sécurité veille toute la nuit.

Un coiffeur, des vêtements, des tests Covid…

La mairie souhaite également « prendre soin » de ceux qu'elle accueille. Ces derniers peuvent d'ores et déjà profiter d'un coiffeur, qui vient travailler bénévolement et prendre des rendez-vous pour des tests Covid. Un appel a également été lancé pour des dons de vêtements.

« Nous voulons leur redonner de la dignité, de la confiance en eux. Nous sommes en train de créer un réseau de solidarité en lien avec les soins », plaide Farid Messaoui.

« Je vais en profiter, je vais me faire couper les cheveux et prendre un rendez-vous pour le test Covid, se réjouit Eddy, à la rue depuis plusieurs mois. Ça rend bien service ici. C'est propre, c'est chauffé. La rue, c'est pas terrible en ce moment… »

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Ali Gattoufi, de l'association Entraide et Solidarité, qui fait des maraudes auprès des SDF du département et qui n'attend plus grand-chose des politiques, est bluffé par cette initiative. « On peut reconnaître que le maire actuel a fait bouger pas mal de choses et a mené des actions concrètes en peu de temps », constate-t-il.

Bruno Piriou entend bien pérenniser cet accueil pour les sans-abri et faire « monter en puissance ce dispositif ».