A cause de la sécheresse, la maison d’Odile à Yerres est fissurée de toutes parts

Malgré l’importance des dommages causés par la sécheresse de l’été 2019, son assurance ne remboursera pas cette habitante de Yerres (Essonne), où 70 personnes ont signalé en mairie des dommages similaires.

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 Yerres, lundi 11 janvier. Les fissures de la maison d’Odile Cruveiller sont apparues à l’été 2019.
Yerres, lundi 11 janvier. Les fissures de la maison d’Odile Cruveiller sont apparues à l’été 2019. LP/Romain Chiron

Odile Cruveiller a acheté avec son mari, en décembre 2018, une jolie maison dans un petit quartier pavillonnaire de Yerres. Ils ont tout pour s'y sentir bien. De grands espaces dont un immense séjour, un jardin arboré, une vaste dépendance soigneusement aménagée en chambre.

« Quand j'ai visité cette maison, j'ai su que c'était elle que je voulais », confie Odile. Ses yeux d'amour pour cette maison se sont rapidement transformés en regard inquiet.

En rentrant de vacances fin août 2019, après un été une nouvelle fois caniculaire, le couple déchante. Une large fissure, qui lézarde toute la façade de la maison, les accueille sur le pas la porte. À l'intérieur, d'autres sont visibles dans l'entrée, dans la buanderie. Ils constatent aussi un écart entre le mur et le plafond de leur chambre. « J'ai tout de suite contacté notre assurance, pour savoir si les dégâts pouvaient être pris en charge », explique Odile.

Des travaux chiffrés à 165 000 euros

Pour elle, pas de doute. Ces dégâts sont liés à la météo et à la particularité de la ville de Yerres, en grande partie bâtie sur des sols argileux. Ces sols sont très sensibles aux mouvements de terrain car en cas de période de sécheresse, ils vont se rétracter, et se gonfler en cas de fortes pluies.

En novembre 2019, Axa dépêche un expert, qui réalise un état des lieux. Son rapport confirme les soupçons du couple. Il parle de « désordres graves et caractéristiques de mouvements de terrains différentiels », qui « peuvent compromettre à terme la stabilité du bâtiment ». Il évalue le montant des réparations à… 165 000 euros, soit 40 % du prix d'achat de la maison ! Un véritable coup de massue pour Odile.

« Je ne peux pas payer cette somme, c'est le prix d'une petite maison ! », s'insurge-t-elle. Concernant son assurance, cet artisan fleuriste prend une seconde douche froide. « Ils m'ont dit que s'il n'y avait pas d'arrêté de catastrophe naturelle, ils ne pouvaient rien faire… »

Yerres, lundi 11 janvier. La fissure dans la cave est la plus impressionnante. LP/R.C.
Yerres, lundi 11 janvier. La fissure dans la cave est la plus impressionnante. LP/R.C.  

«Ça me brise le cœur»

Selon la liste publiée au journal officiel le 3 septembre 2020, la ville de Yerres ne fait pas partie des villes reconnues en état de catastrophe naturelle (comme aucune autre ville en Ile-de-France) pour l'épisode de sécheresse et de réhydratation des sols de 2019. C'était en revanche le cas l'année précédente, comme 63 autres communes de l'Essonne.

Une autre société mandatée par Odile dresse un constat encore plus cinglant. « Concernant la dépendance où se trouve la chambre, ils m'ont dit que cela coûterait moins cher de démolir pour reconstruire avec des fondations plus solides… »

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La mère de famille « ressent une grande impuissance ». « Ça me brise le cœur de voir toutes ces fissures le matin en me levant. Ça mine le moral. On paye des assurances, ce qui est normal. S'il y a un incendie ou inondations, on est indemnisé, mais pourquoi rien quand il y a des fissures ? Malheureusement, la loi est faite comme ça… »

La ville déboutée de son recours

Ce que confirme Axa, contacté par nos soins. « Les sinistres sécheresse doivent faire l'objet d'un arrêté catastrophe naturelle favorable publié au journal officiel pour pouvoir être indemnisés. Cet arrêté indique les zones géographiques touchées par la catastrophe naturelle et les périodes pendant lesquelles l'événement s'est produit. »

Car comme le rappelle un autre assureur, la Maif, « les dommages provoqués par la sécheresse résultent d'un phénomène progressif qui ne répond pas à la définition d'un accident (événement soudain, involontaire, imprévu et extérieur). Ce sont donc des dommages non assurables. »

En désespoir de cause, Odile a alerté la mairie de Yerres sur sa situation. Elle n'est pas un cas isolé. À Yerres, 70 personnes se sont manifestées en mairie pour signaler des dommages similaires.

Le maire Olivier Clodong a formé un recours contre l'arrêté du ministère de l'intérieur du 3 septembre 2020. Dans un courrier du 5 novembre 2020 que nous avons pu consulter, celui-ci déboute la ville. Tout en reconnaissant « des effets de mouvements de terrain provoqués par l'épisode de sécheresse et la réhydratation des sols sur certains immeubles de la commune », le ministère estime qu'ils ne répondent pas à une « intensité anormale avérée ».

Des sécheresses « désormais récurrentes »

Une décision que ne comprend « absolument pas » Olivier Clodong. « Pourquoi une année on obtient cette reconnaissance et pas la suivante ? J'ai visité plusieurs habitations et j'ai pu constater les dégâts. L'état de catastrophe naturelle devrait être de fait. L'Etat devrait considérer les gens confrontés à cela comme de vraies victimes », estime-t-il.

D'autant que ces sinistres vont se multiplier, anticipe déjà Axa. « Les catastrophes naturelles, qualifiées autrefois d'exceptionnelles, et notamment les sécheresses, sont désormais récurrentes. Jusqu'alors localisés dans le sud de la France, ces événements sont désormais généralisés à l'ensemble du territoire, poursuit l'assureur. Les années 2018 et 2019 ont été fortement marquées par le nombre d'arrêtés CATNAT. L'année 2020 le sera tout autant.»