4000 hectares de plus en un an : le boom de l’agriculture bio en Ile-de-France

Les surfaces agricoles bio ont bondi de 25 % en 2019, confirmant la tendance des dernières années. 447 exploitations produisent des fruits, légumes et céréales biologiques pour des consommateurs toujours plus nombreux.

 Marcoussis (Essonne), le 7 août 2020. Sébastien Bouet, associé à Sophie Daubin, fait partie des 23 nouvelles fermes installées en bio en Ile-de-France en 2019. Ils sont maraîchers et vendent leurs légumes en Amap.
Marcoussis (Essonne), le 7 août 2020. Sébastien Bouet, associé à Sophie Daubin, fait partie des 23 nouvelles fermes installées en bio en Ile-de-France en 2019. Ils sont maraîchers et vendent leurs légumes en Amap. LP/Cécile Chevallier.

Le cap symbolique des 400 fermes bio est « largement franchi ». Comme en 2018, l'agriculture biologique a continué l'an passé à progresser en Ile-de-France avec près de 4000 hectares supplémentaires. Soit une augmentation de 25 % des surfaces bio, la meilleure croissance de France, juste devant l'Outre-Mer. C'est ce qui ressort de l'observatoire régional de l'agriculture biologique francilienne, qui s'appuie sur les chiffres nationaux publiés dernièrement par l'Agence Bio.

Des résultats à relativiser, car avec 447 exploitations bio pour 24 000 hectares, l'Ile-de-France reste loin derrière l'Occitanie, la Nouvelle Aquitaine ou l'Auvergne-Rhône-Alpes, les trois plus grandes régions productrices de bio. Mais les chiffres sont encourageants et confirment la tendance de ces dernières années.

« Avec 89 fermes supplémentaires en bio, 2019 est l'année la plus dynamique depuis 22 ans », se réjouit le GAB (groupement des agriculteurs biologiques) d'Ile-de-France. « L'augmentation en surfaces bio est comparable à l'année précédente. Les exploitations bio représentent 9,4 % des exploitations franciliennes, et 4,2 % de la surface agricole utile régionale. »

Le bio francilien rattrape petit à petit son retard, même s'il reste en dessous de la moyenne nationale. Les nouveaux engagés se situent majoritairement en Seine-et-Marne, « département qui concentre 40 % des fermes bio franciliennes », rappelle le GAB. Comme en Essonne et dans les Yvelines, la surface agricole bio y a augmenté de près de 20 % en 2019. La petite couronne n'est pas en reste avec 14,4 % de progression et 26 fermes réparties entre les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis.

Le Val-d'Oise en retard

Avec « seulement » 12,8 % de hausse, le Val-d'Oise reste à la traîne, et compte 24 exploitations bio étalées sur 782 hectares, une surface douze fois moins élevée qu'en Seine-et-Marne. Le GAB note néanmoins que les 89 hectares supplémentaires cultivés en AB depuis 2019 dans le Val-d'Oise sont « une belle augmentation après une diminution de 3 hectares en 2018 ».

Pour Jacques Frings, président du GAB d'Ile-de-France et pionnier dans le bio puisqu'il s'y est lancé en Seine-et-Marne dès 1977, les Amap (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) constituent le « meilleur moyen » de permettre l'installation de « néoruraux ». Le principe en est simple : des consommateurs souscrivent des parts de récolte pour une année, et les producteurs fournissent (selon la production et les aléas climatiques) un panier hebdomadaire.

Des salades cultivées sans pesticide en Essonne et appréciées des consommateurs. LP/Cécile Chevallier
Des salades cultivées sans pesticide en Essonne et appréciées des consommateurs. LP/Cécile Chevallier  

En 2019, parmi les nouvelles exploitations en bio, 21 sont des créations de fermes qui ont émergé sur 109 hectares en Ile-de-Fance, dont la majorité en maraîchage. Sébastien Bouet et Sophie Daubin, par exemple, se sont associé l'année dernière le Gaec (groupement agricole d'exploitation en commun) « La Ronce » à Marcoussis (Essonne).

Pour ces deux trentenaires, qui ont déjà connu plusieurs vies professionnelles, « rien d'étonnant » à ce que l'agriculture bio progresse en Ile-de-France. « C'est l'avenir » assurent-ils. Et vendre 100 % de leur production de légumes bio en Amap était une évidence.

En voyant les tomates aussi énormes qu'appétissantes pousser sous les tunnels (des serres non chauffées et les plants en pleine terre), difficile d'imaginer que l'exploitation n'a qu'une année d'existence. Sophie Daubin et Sébastien Bouet fournissent des paniers de légumes bio à 80 familles (40 à Marcoussis, 40 aux Ulis), et ils imaginent déjà monter à 110 paniers d'ici un an.

Marcoussis, le 7 août 2020. Sébastien Bouet, associé à Sophie Daubin, fournit des paniers à 80 familles de Marcoussis et des Ulis en Essonne. LP/Cécile Chevallier
Marcoussis, le 7 août 2020. Sébastien Bouet, associé à Sophie Daubin, fournit des paniers à 80 familles de Marcoussis et des Ulis en Essonne. LP/Cécile Chevallier  

Les premiers plants n'ont pourtant été mis en terre qu'en mars 2019, après avoir bouclé le plan de financement, sollicité les subventions nécessaires, avec l'appui de la chambre d'agriculture.

« Nous avions déjà le soutien de 50 mangeurs, ce qui a facilité les demandes de prêt auprès des banques, raconte Sébastien Bouet. Avec Sophie, rencontrée lors de notre formation au lycée agricole de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), nous avions organisé une réunion publique à Marcoussis fin 2018 pour parler de ce qui n'était alors qu'un projet. » La présence et le soutien d'Olivier Thomas, le maire (DVG), est un plus. La ville, propriétaire du lieu, met à disposition des agriculteurs une partie des 5 hectares du site.

«C'est la seule façon d'être un paysan au XXIe siècle»

L'implication des collectivités locales auprès d'agriculteurs qui s'installent, tout particulièrement en bio, est souvent une clé pour la réussite des projets. Trouver des terrains peut devenir un parcours du combattant, surtout en région parisienne. La ferme Sapousse à Pussay (sud de l'Essonne) en est un exemple parfait : depuis 2011, Sylvie Guillot et Florent Sebban fournissent des légumes et tisanes bio à 200 familles. Ils font office de pépinière en accueillant de futurs collègues, et ils ont pu vivre leur rêve grâce à la volonté de Grégory Courtas, le maire (EELV) toujours en poste.

Le développement des Amap avec des consommateurs qui achètent à l’avance des paniers de légumes favorise l’installation de nouveaux agriculteurs bio en Ile-de-France. LP/ Jean Nicholas Guillo
Le développement des Amap avec des consommateurs qui achètent à l’avance des paniers de légumes favorise l’installation de nouveaux agriculteurs bio en Ile-de-France. LP/ Jean Nicholas Guillo  

Pour le Gaec de la Ronce, s'installer au cœur du triangle vert des maraîchers du Hurepoix aurait sûrement été plus difficile sans le soutien de la mairie, même si Sébastien Bouet est issu d'une famille agricole locale. En plein développement, les deux maraîchers sont fiers de « défendre des valeurs paysagères, écologiques et sociales ». « Faire pousser des légumes bio, c'est la seule façon d'être un paysan au XXIe siècle », sourit Sébastien Bouet.

Pour Jacques Frings, c'est aussi le nombre de « convertis » qui va permettre de favoriser l'AB en Ile-de-France. En 2019, 68 exploitations dites conventionnelles, majoritairement en grande culture et en légumes, se sont ainsi tournées vers l'agriculture biologique.

77 % des Franciliens mangent des produits bio au moins une fois par semaine

« Ça frémit, reconnaît Jacques Frings. Je pense que 2016, très mauvaise année, a marqué un tournant. Les mauvaises récoltes ont poussé à une prise de conscience de certains producteurs conventionnels. Ils se sont aperçus que les fermes bio s'en sortaient pas trop mal. Sans compter la demande et l'attente des consommateurs. »

Selon une enquête « Les Français et le bio » publiée en février 2020 pour l'Agence bio et Spirit Insight, 77 % des Franciliens consomment des produits bio au moins une fois par semaine et 14 % en mangent même tous les jours.

« Le bio en Ile-de-France a encore une belle marge de progression, estime Jacques Frings. Entre les néoruraux qui s'installent et les collègues non bio qui se convertissent, le phénomène fait tache d'huile. Quand un conventionnel passe au bio avec réussite, cela en incite d'autres. Par ailleurs, les aides financières et les leviers législatifs encouragent l'évolution des productions. Comme l'introduction du bio dans la restauration collective, avec pour les cantines des lycées une impulsion forte du conseil régional par exemple. »

Christophe Hillairet, président de la chambre d'agriculture d'Ile-de-France, ne va pas le contredire. « Le fait que Valérie Pécresse ( NDLR : la présidente Libres! du conseil régional ) ait conservé la prime au maintien des exploitations bio est un des facteurs qui peuvent expliquer ce dynamisme, estime-t-il. Il y a aussi une nouvelle génération d'agriculteurs qui tendent à de nouveaux projets, dont le bio. »

«Il faudra que certains Franciliens acceptent que cela sente le fumier près de chez eux»

Outre la progression du bio, Christophe Hillairet voit une autre raison de se réjouir. « La première génération installée en bio était très militante, c'était une bagarre contre l'agriculture conventionnelle. Je pense que le schéma qui consiste à opposer les deux systèmes est révolu. »

Il en profite pour passer un message aux consommateurs. « On veut de l'agriculture biologique, mais sans les contraintes, déplore Christophe Hillairet. Selon moi, pour que ce soit un modèle durable, il faut développer l'élevage. Actuellement, plusieurs centaines de camions provenant de Bretagne ou de Belgique doivent alimenter en matière organique les exploitations bio pour remplacer les engrais chimiques. Cela n'a pas de sens ! Avec la région, nous travaillons pour relancer une filière d'élevage, bio notamment. Mais pour cela, il faudra que certains Franciliens acceptent que cela sente le fumier à côté de chez eux… »

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