Water-Map, le site qui recense 13 000 points d’eau potable pour remplir sa gourde

Une association met en ligne la carte des points d’eau potable où il est possible de s’approvisionner quand on est en vadrouille. Une action militante destinée à limiter l’utilisation des bouteilles en plastique, un fléau pour l’environnement.

 « Nous sommes aujourd’hui à 250 000 fontaines répertoriées et vérifiées », explique Stuart Rapoport, président de l’association European Water Project, à l’initiative de Water-Map.
« Nous sommes aujourd’hui à 250 000 fontaines répertoriées et vérifiées », explique Stuart Rapoport, président de l’association European Water Project, à l’initiative de Water-Map. LP/Valentin Cebron

Si la gourde, en acier inoxydable ou en verre, est devenue en quelques années l'accessoire indispensable pour s'hydrater tout au long de la journée en respectant l'environnement, encore faut-il savoir où et comment la remplir lorsqu'on est loin de chez soi. La réponse se trouve désormais sur Internet et s'appelle Water-Map.

Ce site, que l'on peut également emporter comme une application sur son smartphone, fonctionne à la manière d'un Google Maps spécialisé pour l'eau potable. A la seule différence qu'il est interactif et participatif, basé sur Open Street Map, un service de cartographie collaboratif que chaque internaute — ils sont plus d'un million de contributeurs réguliers — peut enrichir en ajoutant des données.

« Nous sommes aujourd'hui à 250 000 fontaines répertoriées et vérifiées, principalement en Europe, explique Stuart Rapoport, président de l'association European Water Project, à l'initiative de Water-Map. Nous disposons d'un réseau de bénévoles un peu partout dans le monde qui ajoutent, au gré de leurs voyages, des points d'eau accessibles gratuitement au grand public. Il reste évidemment beaucoup de trous dans la carte et nous appelons tous les internautes à participer pour enrichir cette base de données. »

Un appel aux propriétaires de bars

Naviguer sur Water-Map permet déjà de repérer, en France métropolitaine, plus de 13 000 fontaines publiques ou robinets mis à la disposition des municipalités, dont un peu plus d'un millier à Paris. Il suffit de cliquer sur l'un des innombrables petits points bleus sur la carte pour visualiser leur emplacement exact, agrémentés parfois d'une photo prise par un internaute.

L'association incite également les propriétaires de bar, de restaurant ou même d'hôtel à rejoindre le réseau en inscrivant leur établissement et en s'engageant à ravitailler en eau, gratuitement, toute personne se présentant avec sa propre gourde. Au-delà de nos frontières, la carte interactive se révèle plutôt fournie en Europe (l'Italie en tête avec plus de 43 000 points relevés) mais commence à irriguer de nombreux pays à travers le monde, les Etats-Unis, le Canada, le Mali, le Japon, le Népal et même l'île de Cuba pour n'en citer que quelques-uns.

« L'objectif, au-delà de proposer une carte la plus exhaustive possible, est surtout d'inciter à l'utilisation de gourdes et à l'abandon du réflexe de la bouteille en plastique à usage unique qui est une catastrophe environnementale, poursuit Stuart Rapoport ingénieur de formation. L'idée nous est venue, avec mon épouse, après avoir bataillé à Divonne-les-Bains, la commune où nous habitons près de la Suisse, dont le maire souhaitait autoriser l'implantation d'une énorme usine d'embouteillage. Le projet, abandonné en septembre 2019, prévoyait d'envoyer 400 millions de bouteilles en plastique par an par camion puis cargo en Asie. Une hérésie! »

Beaucoup de fontaines disparaissent

L'European Water Project n'entend pas s'arrêter là. Dans le cadre de consultations publiques donnant la possibilité de proposer des mesures de lutte contre le gaspillage, l'association milite pour inscrire dans la loi l'obligation de la mise à disposition de fontaines d'eau potable pour le public. « Il s'agirait de permettre l'accès à un point d'eau minimum par tranche de 2000 habitants, dit Stuart Rapoport. Nous nous sommes rendu compte que beaucoup de fontaines avaient malheureusement disparu ce vingt ou trente dernières années et que les endroits les plus déficitaires se trouvaient justement sur le territoire de communes de taille moyenne. »

Une question d'environnement mais aussi de santé publique pour l'association, qui s'appuie sur une étude canadienne parue dans la revue Environmental Science and Technology en juin 2019 et montrant qu'un adulte ingère jusqu'à 52 000 microparticules de plastique par an, et 90 000 microparticules supplémentaires s'il boit uniquement de l'eau en bouteille, contre 4000 s'il se contente de l'eau du robinet.