Un agriculteur de l’Eure se lance dans la culture du bambou alimentaire

A Thil-en-Vexin, Matthieu Lerdu et ses fils consacrent six hectares à cette plante aux multiples usages dont la production reste confidentielle en France.

 Il faudra attendre trois à quatre ans pour la première récolte du bambou alimentaire
Il faudra attendre trois à quatre ans pour la première récolte du bambou alimentaire #PRESSE30

Plantées en juin, les cannes de bambou alimentaire ne s'élèvent encore qu'à une quarantaine de centimètres au-dessus du sol. Mais, à terme, elles mesureront entre vingt-cinq à trente mètres de haut. Il faudra trois à quatre ans pour arriver à la première récolte, mais l'investissement n'a pas rebuté l'agriculteur Matthieu Lerdu installé depuis quatre générations à Thil-en-Vexin (près de Gisors, Eure) sur deux cent trente hectares de pommes de terre, d'escourgeon (une variété d'orge), de pois, de betteraves, de céréales et d'asperges.

C'est sur une idée de ses fils « qui viennent de terminer leurs études agricoles et vont rejoindre l'exploitation », que Matthieu Lerdu a décidé de consacrer six hectares à ce végétal asiatique. « On cherchait des plantes à valeur ajoutée. On a découvert le bambou grâce à la société italienne Onlymoso. Elle a le vent en poupe et c'est écolo, car pas besoin de traitement sauf un apport d'engrais une fois par an », explique l'agriculteur.

Effectivement, cette culture confidentielle en France - seulement vingt-cinq hectares de bambou alimentaire ont été plantés en 2020 en France - demande peu d'entretien. « Il faut replanter à la main les pousses et beaucoup arroser la première année. Et comme c'est une plante à rhizomes, nous avons creusé un fossé de 60 cm de chaque côté pour éviter qu'elle se disperse dans les champs alentour », explique Matthieu Lerdu.

Tout est bon dans le bambou

« Maintenant, il faut attendre, poursuit l'agriculteur. Au printemps, dès que les jeunes cannes sortiront, il faudra les cueillir, au rythme, nous disent les Italiens, d'une demi-journée par personne et par hectare. Et cela pendant un mois mais à 75 % maximum car le bambou doit se régénérer. Revendus, les cœurs des cannes seront blanchis à 110 °C. Le bambou est consommé depuis des milliers d'années dans de très nombreux plats asiatiques en bouillon, sauté ou braisé. En France, les pousses sont souvent présentes sous forme de lamelles dans les soupes ou les plats mijotés. Elles sont commercialisés dans des bocaux, car elles doivent être conservées dans de l'eau.

Mais ce n'est pas tout car le bambou a un double intérêt : « En octobre, il faut couper les grandes cannes et tout est récupéré pour produire de l'énergie, fabriquer de l'ameublement, entrer dans les constructions, concevoir des vêtements, des cosmétiques ou encore des bioplastiques dont des couverts et des assiettes. C'est une plante vraiment innovante ».

Matthieu Lerdu reste néanmoins vigilant. Alors que les Italiens ont planté trois mille hectares en cinq ans et que les Espagnols et les Portugais s'y intéressent de plus en plus, « il y a, selon lui, toute une filière à créer ! Il faut de la transformation, de la conservation et surtout le transport. C'est un beau projet à suivre de très près ».