Location de trottinettes électriques : miracle ou mirage écolo ?

Contrairement à leur image non polluante, les trottinettes électriques de location émettent parfois plus de CO2 au kilomètre qu’un trajet en bus. Mais une deuxième génération d’engins plus vertueux arrive.

 La mairie de Paris a placé en critère numéro 1 la performance environnementale dans son appel d’offres pour retenir trois opérateurs de trottinettes électriques.
La mairie de Paris a placé en critère numéro 1 la performance environnementale dans son appel d’offres pour retenir trois opérateurs de trottinettes électriques. LP/Delphine Goldsztejn

Les piétons estiment qu'elles sont trop nombreuses sur les trottoirs et les automobilistes redoutent leurs embardées sur la chaussée. Mais parmi les détracteurs des trottinettes électriques, qui ont envahi les grandes villes à la faveur des systèmes de location en libre-service, il n'est jamais question de leur impact écologique. Pensez-vous : une trottinette, forcément ça ne pollue pas. C'est donc bon pour la planète. Pas si sûr. Youth For Climate, le mouvement des jeunes pour le climat qui rassemble 130 groupes locaux en France, est même persuadé du contraire.

Le 10 novembre, des jeunes activistes basés à Angers (Maine-et-Loire) ont mené une opération de mise hors service de 108 engins, en recouvrant leurs codes QR pour les rendre inutilisables. « En raison de leur production très énergivore, de leur faible durée de vie, et de la nécessité de les transporter tous les soirs pour les recharger, elles émettent en moyenne 105 g de CO2 par passager et par kilomètre parcouru » soulignent-ils. Ce chiffre de 105 g de CO2 émane d'une étude réalisée en 2019 par Arcadis, une société internationale de conseil en environnement.

A peine moins de CO2 qu'une voiture

Une trottinette qui circule à Paris émet donc plus qu'un bus de la RATP et à peine moins qu'une voiture avec trois personnes à son bord. « C'est un chiffre tout à fait considérable », soulignait alors Arcadis. « Plus de la moitié des émissions de CO2 proviennent de la fabrication (NDLR : en Asie) et du transport, ajoute la société. Et plus d'un tiers provient de l'exploitation des trottinettes, c'est-à-dire des moyens déployés pour aller les récupérer sur l'espace public, les recharger et les réparer hors site. »

Un an après cette étude, le directeur du développement d'Arcadis affirme que « les opérateurs ont fait des efforts ». « Dans son appel d'offres pour n'en retenir que trois dans la capitale, la mairie de Paris a placé en critère numéro 1 la performance environnementale et nous avons aidé les entreprises à réduire leur empreinte carbone », explique Nicolas Boffi.

VIDÉO. Les trottinettes à Paris? «C'est cool, mais c'est super dangereux»

Ce que confirme la société Dott, qui propose 5000 trottinettes à la location à Paris et 2000 à Lyon. « En 2019, quand nous utilisions la première génération de trottinettes, leur bilan carbone global était de 130 g/km, explique le directeur marketing Matthieu Faure. Mais avec la deuxième génération d'engins, qui disposent de batteries amovibles, nous avons réduit de 56 % nos émissions. »

Fini les allers-retours en camion pour recharger les trottinettes. L'entreprise utilise désormais des petits fourgons 100 % électriques pour aller entretenir et recharger sur place ses engins. « Nous sommes tombés à 57 g de CO2 par kilomètre et notre objectif est de passer sous les 30 g/km en 2021 », ajoute Matthieu Faure. La deuxième génération de trottinettes est en outre plus robuste puisque sa durée de vie moyenne est passée de 18 mois à 3 ans.

Recharge des batteries sur place

« Notre secteur d'activité devient de plus en plus vertueux avec des opérations de reconditionnement de batteries usagées pour leur offrir une deuxième vie, souligne Grégoire Henin, vice-président de la Fédération des professionnels de la micromobilité. Nous avons même monté une filière de recyclage où les trottinettes en fin de vie sont prises en charge comme le sont les piles et les batteries de téléphones portables. »

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« Tant mieux s'ils cherchent à s'améliorer, répond Noé, un membre de Youth For Climate. Mais les trajets faits dans les grandes villes en trottinettes ne permettent pas de faire diminuer l'usage de la voiture puisqu'ils sont souvent une alternative à la marche, aux transports en commun ou au vélo. »

Malgré la volonté des opérateurs de faire fabriquer, à terme, en Europe une partie des pièces destinées aux trottinettes de troisième génération, le mouvement français des jeunes pour le climat persiste à penser qu'elles sont « une catastrophe écologique » et que leur utilisation ne fait qu'accroître le bilan carbone global de nos déplacements.