Thon, baudroie ou sardine, sachez quels poissons manger… pour les sauver !

Si la situation de certaines espèces s’améliore en Europe, selon un rapport de l’Ifremer qui vient de paraître, d’autres risquent bel et bien de disparaître. Alors quand vous achetez du poisson, pensez à la surpêche et choisissez bien. Nos conseils.

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 Selon l’Ifremer, certaines espèces de poissons sont absolument à éviter comme le merlu, l’anguille en Méditerranée, ainsi que le cabillaud, qui sont en voie d’extinction…
Selon l’Ifremer, certaines espèces de poissons sont absolument à éviter comme le merlu, l’anguille en Méditerranée, ainsi que le cabillaud, qui sont en voie d’extinction… LP/Olivier Boitet

Le poisson, c'est très bon. Mais l'exploitation intensive de la mer risque de provoquer l'extinction de certains spécimens, avec en corollaire des bouleversements irrémédiables pour la biodiversité marine. Même si l'état des ressources halieutiques en France et en Europe tend à être moins alarmant qu'il ne l'a été par le passé.

Selon le bilan annuel de l'Institut Français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer) qui vient d'être rendu public, 60% du volume de poissons pêchés chez nous renvoient à des populations dites « durables », c'est-à-dire capables de se renouveler. Cette pêche non-menaçante pour la viabilité des espèces ne représentait que 22% des poissons capturés en 2010, et seulement 15% en 2000. La situation s'est donc améliorée. Reste que 20% des populations marines pêchées en ce moment en France sont classées en surpêche, et 2% en voie d'extinction. Enfin, pour 20% du volume exploité, les données sont introuvables.

Alors, comment faire son choix chez le poissonnier pour éviter d'épuiser les milieux marins? Décryptage.

Exit le cabillaud ou le merlu

Les observations des scientifiques de l'Ifremer donnent quelques pistes. Certaines espèces sont ainsi absolument à éviter. Trois en particulier sont de plus en plus rares : le merlu et l'anguille en Méditerranée, ainsi que le cabillaud en mers du Nord et Celtique.

Mais la sole, le rouget de vase et le chinchard sont aussi dans un cas de figure critique, et donc à bannir le plus possible de nos assiettes. De la même façon, il faut se passer d'églefin et de merlan, qui sont en surpêche.

Quand aux bars en Atlantique, mais aussi les sardines, les anchois et les espadons en Méditerranée, si leurs populations sont désormais capables de se reconstituer, les espèces ne sont pas pour autant tirées d'affaires.

Les sardines, le thon germon ou les Saint-Jacques à privilégier

La vigilance est aussi de mise pour le thon rouge en Méditerranée, un type de poissons dont les effectifs sont seulement en voie de se renouveler. « Je ne voulais plus manger de thon rouge mais j'en vois plus sur les étals, commente Béatrice, adepte des marchés aux poissons, il semble qu'on puisse à nouveau un peu en déguster. »

Pour les amateurs de produits de la mer qui voudraient en consommer sans trop culpabiliser, l'Ifremer cite les baudroies, les sardines, et les coquilles Saint-Jacques sur l'Atlantique, ou encore les thons germons en Méditerranée.

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Une classification utile mais incomplète, évolutive, et critiquée par les ONG et associations de défense de l'océan. « Ces typologies sont dangereuses car un poisson non menacé aujourd'hui peut l'être demain si tout le monde se met à vouloir en acheter », alerte ainsi Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France.

Thon, baudroie ou sardine, sachez quels poissons manger… pour les sauver !

Des labels jugés peu satisfaisants

« C'est bien que l'Ifremer fournisse des données, car nous n'en avons même pas dans certaines parties du monde, mais leur vision est datée », estime aussi Frédéric Le Manach. Le directeur scientifique de l'association Bloom met surtout en cause les seuils établis par l'Ifremer pour déterminer si une population de poissons peut être considérée comme « en bon état ».

Ces ordres de grandeur qu'on appelle « rendement maximum durable » servent ensuite de supports aux pouvoirs publics pour établir des quotas.

« Ces quotas ne prennent pas en compte les besoins en nourriture des prédateurs marins comme les dauphins ou les requins. Il nous faudrait une approche globale de l'écosystème marin, avec une prise en compte de l'ensemble de la chaîne alimentaire, et non pas espèce par espèce », plaide ainsi Lamya Essemlali. Mais alors comment s'y retrouver en tant que consommateur bien avisé? Les labels comme MSC sont loin de faire l'unanimité. L'Ifremer refuse de se prononcer à leur sujet, mais suggère de réfléchir à de nouveaux critères.

« Les labels témoignent de la préoccupation du grand public pour la survie du monde marin », admet Lamya Essemlali de Sea Shepherd France, « mais ce sont uniquement des outils marketing, et aucun d'eux n'est fiable », assure-t-elle.

La technique de pêche, une information capitale

Un avis partagé par l'association Bloom, qui conseille plutôt aux citoyens de se renseigner sur la technique de pêche qui a servi à capturer le poisson qu'ils souhaitent acheter. Une information en principe accessible puisque rendue obligatoire par la réglementation européenne.

Les moyens de pêches dits « passifs » sont censés être plus vertueux car ils attrapent moins massivement les animaux marins, et ne détruisent pas les habitats naturels sur leur passage. Parmi ces techniques à privilégier, on peut citer les filets maillés calés ou dérivants, les filets trémails, la pêche à la ligne et à la palangre calée ou dérivante, ainsi que les pièges comme les casiers ou les nasses.