Pollution sonore : on va couper le sifflet aux éoliennes !

C’est une première. La préfecture de l’Orne a annoncé que les cinq éoliennes installées il y a deux ans à Echauffour allaient être provisoirement arrêtées. Les riverains dénoncent des nuisances sonores invivables.

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 Echauffour, dans l’Orne, était une paisible bourgade du bocage normand jusqu’à l’arrivée des cinq éoliennes. Le collectif mené par Fabien Ferreri vient d’obtenir leur arrêt provisoire.
Echauffour, dans l’Orne, était une paisible bourgade du bocage normand jusqu’à l’arrivée des cinq éoliennes. Le collectif mené par Fabien Ferreri vient d’obtenir leur arrêt provisoire. DR

D'ici à quelques jours, quelques heures peut-être, la petite commune d'Echauffour (Orne), 740 habitants, lovée au creux du bocage normand, va retrouver le silence. Les cinq éoliennes de 2 MW chacune, implantées ici depuis près de deux ans, vont toutes être arrêtées sur décision préfectorale. C'est une première en France. Elle fait suite à une étude acoustique révélant des nuisances sonores supérieures à celles autorisées.

« C'est loin d'être une victoire mais ça va au moins nous permettre de souffler un peu, explique Fabien Ferreri, le porte-parole du collectif d'une vingtaine de riverains. Depuis deux ans, notre vie est bousillée. Il faut comprendre : jour et nuit, c'est comme si on avait un avion en survol au-dessus de la maison. On ne peut pas ouvrir les fenêtres. Moi, ça fait deux ans que je ne dors plus normalement. »

« Là, franchement, c'est de la torture ! »

« Et ça, poursuit Fabien Ferreri, ce n'est que ce qu'on entend. Parce qu'on ressent en plus une sorte de vibration indescriptible dans les murs et jusque dans nos corps. » Sa maison est située à 570 m précisément des machines. « Je n'ai rien contre les éoliennes, dit-il. On veut juste qu'elles n'impactent pas nos vies. Or là, franchement, c'est de la torture. Certains riverains m'ont appelé pour me parler de grève de la faim ou de suicide… parce qu'on ne peut même pas s'en aller. Nos maisons sont invendables. »

A la direction de l'exploitant, Voltalia (groupe Mulliez), on se dit stupéfaits. « Rien pour l'heure ne nous a été signifié par la préfecture. Mais tout cela paraît disproportionné. Nous opérons dans 20 pays. Rien qu'en France, nous gérons 25 parcs. Et nous n'avons jamais connu une telle situation. Nous sommes, bien sûr, ouverts à une troisième expertise mais, surtout, il faut nous laisser le temps de faire notre travail. C'est-à-dire d'ajuster nos machines au fur et à mesure que nous recueillons les données. Chaque fois que nous constatons un dépassement de seuil, nous bridons nos machines en conséquence », assure le directeur de Voltalia France, Patrick Delbos.

« On a abandonné notre projet de chambres d'hôtes »

L'impatience point du côté de la municipalité. Bien sûr, le parc d'éoliennes garantit un revenu annuel de 17 000 euros à la commune et pas moins de 40 000 euros à la communauté de communes, loin d'être négligeable en milieu rural. « Mais on ne peut pas être sourd à la souffrance de nos habitants, reconnaît Anne-Marie Foubert, adjointe au maire. Certains ne dorment plus, beaucoup se plaignent de maux de tête ou d'acouphènes. Franchement, ce n'est pas acceptable que des gens ne s'entendent plus parler chez eux. Evidemment, nous sommes solidaires. »

La mesure d'arrêt des machines est clairement provisoire. Elle doit permettre de mesurer d'éventuels dépassements des seuils sonores autorisés et de contraindre le promoteur à « rentrer dans la norme ». Reste à savoir si cela suffira. « Moi je n'y crois plus, explique Aurélie Ganet, l'une des riveraines. J'appréhende même de redécouvrir pendant seulement quelques semaines ce que j'ai perdu… Quelque chose a été arraché à ma vie. La poésie, le bonheur de la nature, le chant des oiseaux. On a abandonné notre projet de chambres d'hôtes. Comment voulez-vous désormais proposer à des gens de venir se mettre au vert ici ? »