Pesticides : la France en consomme toujours plus

La Fondation Nicolas Hulot constate que l’usage de pesticides a augmenté de 25 % en dix ans. Elle accuse l’Etat de verser trop de subventions à ceux qui en utilisent beaucoup et pas assez aux agriculteurs qui se convertissent au bio.

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 « Le poids de l’échec de la réduction des pesticides est trop souvent mis uniquement sur les épaules des agriculteurs », estime la Fondation Nicolas Hulot.
« Le poids de l’échec de la réduction des pesticides est trop souvent mis uniquement sur les épaules des agriculteurs », estime la Fondation Nicolas Hulot. Istock

Dans les supermarchés, les marques « naturelles » et produits estampillés AB ont désormais les honneurs des têtes de gondole en rayon, soit les endroits les plus visibles du magasin. Mais à en croire une étude de la Fondation Nicolas Hulot (FNH), dévoilée ce mardi, la mode du bio a bien du mal à convaincre les agriculteurs de se passer de produits chimiques. Bien au contraire.

Alors que la France ambitionnait de réduire l'usage des pesticides de 50 % à horizon 2025, le recours aux insecticides et autres fongicides a… augmenté de 25 % en dix ans! L'association écologiste a voulu savoir pourquoi un nombre toujours aussi conséquent de céréaliers, de viticulteurs et d'arboriculteurs est accro aux produits de synthèse. « Parce que depuis 2008, la France donne au monde agricole de grands objectifs à atteindre pour réduire l'usage de ces produits mais sans leur assurer les moyens de s'en passer », explique Caroline Faraldo, responsable agriculture et alimentation à la FNH.

La responsabilité des pouvoirs publics

Les paysans français ne manquent pourtant pas de subventions. Le rapport de la Fondation estime que les secteurs agricoles et alimentaires perçoivent 23,2 milliards d'euros par an. « Mais seul 1 % de ces financements a des effets avérés sur la réduction de l'utilisation de pesticides », souligne Christophe Alliot, qui a participé à cette étude en tant que cofondateur du bureau d'analyse sociétal pour une information citoyenne.

Depuis le Grenelle de l'environnement en 2007, les ministres de l'Écologie successifs ont pourtant multiplié les promesses de réduction de l'usage des produits chimiques. « Le poids de l'échec est trop souvent mis uniquement sur les épaules des agriculteurs alors que la responsabilité est également du côté des pouvoirs publics », estime Caroline Faraldo.

« Le problème est que l'Etat français et l'Europe, via la Politique agricole commune (PAC), allouent des sommes considérables au monde agricole chaque année mais qu'une infime partie va à la politique de réduction des pesticides », soupire l'ancien ministre de l'Écologie, Nicolas Hulot. La FNH en veut pour preuve ce chiffre édifiant : le financement du plan Ecophyto, censé contribuer à la réduction de l'usage des produits chimiques dans les champs, ne représente que 0,3 % des soutiens publics annuels aux secteurs agricole et alimentaire. « Une goutte d'eau dans un océan de financements », fulmine l'association écologiste.

Taxer les producteurs de pesticides

Mais pas question pour Nicolas Hulot de pointer du doigt le monde agricole dans son ensemble : « Il faut sortir de l' agribashing, indique le ministre démissionnaire. Plus de 55 % de la consommation des pesticides en dix ans sont à imputer à seulement 9 % des exploitations françaises. » Plutôt que d'attendre l'annonce d'un énième plan de réduction des produits phytosanitaires, la FNH recommande la mise en place de mesures radicales. À commencer par un bonus-malus basé sur « le principe du pollueur-payeur ». Les utilisateurs, distributeurs et producteurs de pesticides seraient davantage taxés, tandis que ceux qui font tout pour s'en passer bénéficieraient d'une aide fiscale.

« Pour atteindre nos objectifs, il faudrait que la France alloue cinq fois plus de moyens aux agriculteurs qui produisent du bio, ajoute Caroline Faraldo. Il faudrait aussi que les fonds accordés par la Politique agricole commune soient versés en priorité à ceux qui font des efforts : aujourd'hui, 2 % seulement des financements de la PAC ont un effet sur la réduction des pesticides. »

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« Il y a un tel écart entre les engagements de l'Etat et leur réalisation que cela participe malheureusement à la défiance croissante des citoyens vis-à-vis des responsables politiques qui font ces promesses, regrette Nicolas Hulot. Chaque euro d'argent public doit participer au bien public. »