Néonicotinoïdes : les concessions des betteraviers pour pouvoir réutiliser ces pesticides

Ces insecticides dangereux pour les abeilles et interdits depuis 2018 pourraient être réautorisés. Nous avons pu consulter en exclusivité les propositions que la filière va remettre au ministre de l’Agriculture pour «rassurer».

 «Les cultures ont été particulièrement attaquées par la jaunisse», se désolent les betteraviers, qui dénoncent l’interdiction d’utiliser les néonicotinoïdes.
«Les cultures ont été particulièrement attaquées par la jaunisse», se désolent les betteraviers, qui dénoncent l’interdiction d’utiliser les néonicotinoïdes. LP/Arnaud Journois

Le retour possible dans les champs de betteraves des néonicotinoïdes, interdits en France depuis 2018, n'a pas fini de faire polémique. Pour tenter de faire passer la pilule, la filière betteravière remet ce mardi son « plan de prévention » au ministre de l'Agriculture, alors que la loi réautorisant ces pesticides pour ces seules cultures va commencer à être débattue en commission du développement durable à l'Assemblée nationale.

Dans ce document que nous avons pu consulter, la filière annonce un grand programme de recherche pour trouver des alternatives. Pas moins de 7 millions d'euros vont être alloués par l'Etat. Pourquoi ? Cette année, les cultures ont été particulièrement attaquées par la jaunisse à cause des pucerons verts, très nombreux après un hiver doux. « Nous sommes dans une impasse, nous avions alerté le gouvernement depuis 2016 », estime Vincent Laudinat, président de l'Institut technique de la betterave (ITB). La faute à l'interdiction de ces pesticides selon la filière.

Pour trouver d'autres options, les scientifiques de l'ITB comme ceux de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) vont ainsi scruter les génomes des betteraves sauvages pour créer des variétés plus résistantes. D'autres se concentrent sur les points faibles de l'ennemi : on pourrait planter des œillets d'Inde en bordure de champs car leur odeur incommode les pucerons…

Néonicotinoïdes : les concessions des betteraviers pour pouvoir réutiliser ces pesticides

Les associations environnementales ne décolèrent pas. « La loi a été votée en 2016, ils avaient deux ans pour trouver des solutions ! C'est ridicule, ils jouent la montre, et le pire, c'est que le fait de n'avoir rien fait leur permet de dire aujourd'hui qu'il n'y a pas d'option », s'énerve François Veillerette, porte-parole et directeur de l'ONG Générations futures.

«Une mesure purement cosmétique»

Le plan des betteraviers fait aussi des promesses pour limiter l'impact de ces produits s'ils devaient être réautorisés. « La filière s'engage à réduire de 25% la quantité utilisée en semence », annonce Vincent Ladinat. Les néonicotinoïdes ne sont pas vaporisés sur les plantes, ils enrobent les graines et se diffusent pendant la croissance de la plante.

Les betteraviers promettent par ailleurs que, sur la période 2021-2023, on ne pourra utiliser sur chaque parcelle des « néonics » que pendant une année. Au cours des deux autres, ces pesticides ne seront pas utilisés. L'idée est de limiter l'imprégnation du sol. « Une mesure purement cosmétique, voire une manipulation, car tous les agriculteurs font de toute façon tourner les cultures, s'étrangle François Veillerette. Le problème est surtout que ces produits se diffusent pendant plus d'un an et au-delà de la parcelle. »