Lutte contre le réchauffement : comment Time for the planet veut lever un milliard d’euros

Time for the planet, société à but non lucratif, a déjà rassemblé plus de 11 000 actionnaires et levé 1,7 million d’euros de fonds sur un objectif colossal d’un milliard d’euros. Objectif : lancer cent entreprises.

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 Time for the planet souhaite créer des entreprises rentables afin d’en financer de nouvelles et de créer un cercle vertueux pour sauvegarder l’environnement. (Illustration)
Time for the planet souhaite créer des entreprises rentables afin d’en financer de nouvelles et de créer un cercle vertueux pour sauvegarder l’environnement. (Illustration) LP/Julien Barbare

« Pisser sous la douche ne suffira pas ». La campagne ne passait pas inaperçue, début janvier, sur les panneaux d'affichage de plusieurs villes françaises. Elle n'a rien coûté à son initiateur, Time for the planet, qui voit beaucoup plus grand que l es petits gestes du quotidien pour lutter contre le réchauffement climatique. « Un de nos actionnaires a pris l'initiative de contacter JC Decaux qui nous a offert 200 000 euros d'affichage », explique Mehdi Coly, le PDG de cette société à but non lucratif. Un oxymore qui cache un concept qui vise à révolutionner l'économie verte, à mi-chemin entre le caritatif et les fonds d'investissement. L'objectif affiché : lever 1 milliard d'euros de fonds et créer 100 entreprises. Le tout à l'horizon 2030.

« On veut 1 milliard, répète Mehdi Coly, l'un des six cofondateurs lorsqu'on lui demande si cette somme est une utopie ou une échéance sérieuse. On a fixé ce montant pour faire comprendre qu'on voulait faire quelque chose de grand. 99 % du temps, quand on parle d'environnement, ce sont de tout petits projets. L'extrême face au réchauffement, c'est de se dire que c'est fini et d'aller vivre à la campagne pour faire pousser des brocolis. On veut faire quelque chose qui change et qui a de l'impact. Il y a un alignement de valeurs. Tout le monde est conscient qu'on est prêt à se faire botter les fesses par la nature. »

Permettre aux innovations de perdurer

Time for the planet s’appuie sur un marketing offensif./DR
Time for the planet s’appuie sur un marketing offensif./DR  

La société, dont les dirigeants sont basés à Lyon, se définit « entre Microsoft et Wikipédia » sur les inspirations. Le côté start-up qui voit grand pour la référence au géant de l'informatique, l'aspect communautaire et « open source » pour l'encyclopédie collaborative. Ce dernier concept consiste à mettre à disposition ses innovations technologiques, moyennant une licence gratuite, afin d'en faire profiter d'autres entreprises, en échange du partage de leurs propres avancées. « Quand on investit dans 100 entreprises, si on est très bon, il en reste 10, assure Mehdi Coly, qui a lui-même créé plusieurs start-up. Les 90 autres sont mortes ou vivotantes. Avec le modèle open source, on permet aux innovations de perdurer. »

Le concept de Time for the planet s'appuie sur la transparence : les dirigeants sont pour le moment bénévoles et ne pourront toucher un salaire ne dépassant pas 4 smic que lorsque la société aura levé 10 millions d'euros de fonds (en 2023 théoriquement), aucun dividende ne sera versé si le réchauffement climatique n'est pas nul, les actions à 1 euro l'unité devraient pouvoir être revendues à la société à partir de 2030, mais au prix d'achat initial, rendant impossible toute spéculation (et tout bénéfice). Les actions souscrites s'apparentent donc concrètement à des dons qui se transformeront en « prêt à taux zéro » si la firme parvient à la phase de réduction du capital.

Time for the planet souhaite créer des entreprises rentables afin d'en financer de nouvelles et de créer un cercle vertueux. 11 600 personnes ont déjà acheté des actions pour un total de 1,76 million d'euros levés. Parmi les associés, plusieurs personnalités : le climatologue Jean Jouzel, le président de l'Olympique Lyonnais Jean-Michel Aulas ou l'ancien sélectionneur de l'équipe de France Raymond Domenech.

Un conseil scientifique constitué d'experts du climat

« Le projet peut paraître exagérément ambitieux, mais si on veut réussir, c'est ce genre d'initiative qu'il faut mettre en œuvre, nous explique Jean Jouzel. L'ambition est à la hauteur du problème de réchauffement. Time for the planet crée une image positive et une dynamique. La convention citoyenne a montré qu'on pouvait faire de belles choses collectivement. La première phase semble un succès, l'étape d'après consistera à choisir les bons projets. »

« Time » est en plein dedans, avec l'objectif de lancer ses deux ou trois premières entreprises cette année. Pour choisir les idées les plus porteuses parmi 300 dossiers, un comité de 1000 personnes issues de l'actionnariat est impliqué dans le processus de sélection, avec une décision finale prise par un conseil scientifique constitué d'experts du climat. Parmi les projets susceptibles de voir le jour le plus rapidement, une alternative au ciment, « qui représente 5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre » dixit Mehdi Coly, ou un projet de mine d'olivine, « une roche concassée en grains de sable pour capter le CO2, avec un rendement de 20 tonnes captées par tonne dépensée lors de l'extraction ».

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En parallèle, la très active communauté « Time » fourbit ses armes pour séduire les entreprises et se lancer hors des frontières. Les actionnaires tentés de s'impliquer davantage dans l'expérience peuvent en effet rejoindre des planètes (des groupes de travail régionaux ou thématiques) pour créer des comètes (des actions permettant le développement de la société). Une terminologie en phase avec des ambitions galactiques.