Les bouquetins espagnols s’épanouissent sur le versant français des Pyrénées

Disparus côté français en 1910, des bouquetins prélevés en Espagne sont réintroduits depuis six ans en Ariège où la population s’est bien acclimatée. Huit femelles y seront de nouveau relâchées vendredi.

 Un programme de réintroduction des bouquetins dans les Pyrénées françaises a été lancé en 2014. On dénombre 170 spécimens aujourd’hui.
Un programme de réintroduction des bouquetins dans les Pyrénées françaises a été lancé en 2014. On dénombre 170 spécimens aujourd’hui. AFP/Iroz Gaizka

Les hommes préhistoriques aimaient les représenter aux côtés de bisons et de chevaux sauvages lorsqu'ils pratiquaient l'art rupestre. Une silhouette de l'animal est même encore visible aujourd'hui sur les murs de la grotte de Niaux en Ariège. Preuve que, depuis la préhistoire, le bouquetin a toujours fait partie du paysage pyrénéen. Jusqu'à 1910 en tout cas où deux grands mâles ont été abattus près du lac de Gaube en vallée de Cauterets. Ils étaient les derniers représentants de bouquetin des Pyrénées observés sur le versant français. Un siècle plus tard, on voit de nouveau déambuler ces chèvres sauvages qui ignorent superbement le vertige et sont reconnaissables à leurs grandes cornes pouvant atteindre 90 cm de long chez le mâle.

S'ils gambadent de nouveau en haute montagne, c'est grâce à un programme de réintroduction initié en 2014 et qui se poursuit avec le lâcher ce vendredi de huit femelles. « Alors qu'ils avaient totalement disparu du côté français, on en dénombre aujourd'hui 170 », se félicite Kamel Chibli, le président du syndicat mixte du Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises. Encourageant mais insuffisant pour maintenir durablement une population viable sur le massif. D'où ces nouveaux lâchers prévus en fin de semaine.

«29 naissances de cabris cette année»

L'animal étant abondant en Espagne, avec plusieurs populations dépassant au total les 10 000 individus, c'est dans la Sierra de Guadarrama, près de Madrid, que la France est allée chercher des bouquetins pour les relâcher en Ariège. De l'autre côté de la frontière, l'animal est chassable mais il est ici protégé. Et semble s'épanouir. « Ils se sont très bien acclimatés à la France, se regroupent souvent en tribus et nous avons eu 29 naissances de cabris cette année » se réjouit Kamel Chibli.

Les spécimens amenés à migrer ont été sélectionnés en évaluant plusieurs critères : la variabilité génétique, garante d'un faible taux de consanguinité ; la ressemblance (taille, pelage, forme des cornes) avec la souche pyrénéenne ; l'absence de maladies dans les populations espagnoles afin de répondre aux exigences sanitaires. Après leur capture de l'autre côté de la frontière, les bouquetins sont soumis à une batterie d'analyses avant d'être équipés de colliers et relâchés dans le cirque de Cagateille à Ustou, une commune ariégeoise frontalière de l'Espagne.

Pour le plus grand plaisir du maire Alain Servat : « Autant la réintroduction des ours est très compliquée avec mille brebis tuées depuis le mois de juillet, autant les lâchers de bouquetins, qui se sont faits en concertation avec les populations locales, se passent très bien. Les gens cherchent à les repérer sur le territoire ». En 2016, un site Internet dédié a d'ailleurs vu le jour. On y retrouve des informations sur l'histoire et l'actualité de la réintroduction de l'animal dans les Pyrénées (naissances, bulletins de santé, mouvements…). Afin de partager son expérience, le site invite également les internautes à participer à leur identification et à leur localisation en renseignant une fiche d'observation. Il suffit juste d'avoir l'œil et de scruter les crêtes au-dessus de 1500 m d'altitude où les « tribus » de bouquetins ont l'habitude de se regrouper.