Jugées polluantes, les 24 heures motonautiques de Rouen font débat

Le président du Yacht-club, organisateur de la manifestation, et par ailleurs opposant municipal, s’attaque à la mairie socialiste et écologiste qui réclame désormais une épreuve avec des moteurs non polluants.

 créées en 1963, les 24 heures motonautiques de Rouen sont devenues une institution auprès des aficionados. AFP ROBERT FRANCOIS
créées en 1963, les 24 heures motonautiques de Rouen sont devenues une institution auprès des aficionados. AFP ROBERT FRANCOIS 

Chaque premier week-end de mai, le couloir de la Seine et, avec l'écho, la ville de Rouen vibrent à la « mélodie » des moteurs émise par les bolides des 24 heures Rouen Motonautiques. Depuis 1963, l'épreuve inscrite au Championnat du monde d'endurance de motonautisme, le pendant de sa consœur automobile au Mans, est devenue une institution et un rendez-vous populaire.

Gratuite, elle attire chaque année environ 350 000 personnes qui se ruent sur les quais et les ponts pour admirer les ruades des milliers d'hippocampes. Un récent sondage IFOP a indiqué qu'en notoriété spontanée, la manifestation se classe troisième derrière l'Armada et la Cathédrale de lumière.

Une épreuve montrée du doigt par les écologistes

Et pourtant, la vie de cette épreuve n'a jamais été qu'un long fleuve tranquille. Suite à un accident mortel survenu en 2010, l'épreuve a été coupée en deux parties : 15 heures et 9 heures. Mais sans perdre son capital sympathie après des fans, sur le point politique, elle est désormais montrée du doigt par les écologistes. « Depuis quelques années, c'est je t'aime moi non plus avec la mairie qui a toutefois toujours reconduit l'autorisation et son soutien financier », explique Franque-Emmanuel Coupard La Droitte le président du Rouen Yacht-Club, l'association organisatrice et ancien pilote.

Les relations se sont pourtant tendues un peu plus depuis quelque temps. L'édition 2020 a d'abord été annulée et reportée du 1 au 3 octobre 2021 à cause de la crise sanitaire. Mais dans un récent courrier, la ville déclare qu'à la suite à l'engagement de la Métropole Rouen Normandie dans le plan d'urgence climatique, elle ne peut « soutenir cette manifestation qu'à la condition d'une utilisation de moteurs entièrement décarbonés ».

Les élections municipales sont passées par là

« Entre-temps, peste Franque-Emmanuel Coupard La Droitte, également conseiller municipal d'opposition du groupe Au Cœur de Rouen, il y a eu les élections municipales et un accord politique entre le socialiste Nicolas Mayer Rossignol et le Vert Dominique Bérégovoy pour décrocher la mairie. Selon moi, dans la bannette de la mariée, il y avait les têtes du contournement est de Rouen et des 24 heures Rouen Motonautiques. Une idéologie sectaire nous fait passer pour des andouilles qui ne comprendraient rien à l'environnement. Avec nos moteurs, nous sommes des pollueurs… »

Pour Franque-Emmanuel Coupard La Droitte, « le critère des moteurs décarbonés est discriminant ! On ne nous traite pas comme les autres usagers de la Seine. Entièrement décarboné… Comment faire ? Quels contacts ont-ils ? Nous achèterions ces moteurs immédiatement… s'ils existaient ! Ils n'ont pas le monopole de la conscience écologique. Cela fait des années que nous travaillons sur cette orientation avec d'abord une interdiction des moteurs 2 litres et des atténuateurs de bruit. Nous avons fait aussi des essais avec des kits à hydrogène ».

Franque-Emmanuel Coupard La Droitte veut du temps pour faire passer les 24 Rouen Motonautiques dans l’ère écologique/#PRESSE30
Franque-Emmanuel Coupard La Droitte veut du temps pour faire passer les 24 Rouen Motonautiques dans l’ère écologique/#PRESSE30  

Quand on lui parle de moteurs électriques, immédiatement l'organisateur des 24 heures affirme que c'est une fausse bonne idée, « car les batteries n'ont pas d'autonomie et ne tiennent pas dans le temps. Il faut les produire avec des terres rares et beaucoup d'eau. Cela fait aussi travailler les enfants, les nouveaux esclaves. De plus, le recyclage est quasiment inexistant pour le moment ».

Le Rouen Yacht-Club veut du temps pour « décarboner »

Il revendique aussi du temps et le même traitement que pour d'autres. « Vont-ils demander aux autres bateaux de croisières, de transport de marchandise ou aux péniches d'arrêter de naviguer ? On veut simplement nous priver de l'usage de la Seine. Alors, ils n'ont qu'à dire ouvertement, sans prétextes fallacieux, qu'ils veulent faire disparaître l'épreuve et l'indiquer à la population ! »

Selon Franque-Emmanuel Coupard La Droitte, le maire Nicolas Mayer Rossignol n'a jamais directement donné suite à ses courriers. Sollicité par nos soins, il n'a pas donné suite. Une réunion prévue le vendredi 19 février a été annulée et reportée à ce mardi 23 février à l'Hôtel de ville. « Nous allons demander une position immédiate, assure l'organisateur qui s'estime victime d'une « prise en otage ».

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Le Rouen Yacht Club, assure-t-il, aimerait mettre en place un groupe de travail avec la ville et des industriels autour de cette transition mais a besoin de temps. « On voudrait aussi organiser une semaine nautique avec des activités sportives, culturelles, économiques et éducatives, un vrai salon nautique sur les 4 hectares du bassin Saint-Gervais. On y croit et nous sommes dans les starting-blocks », jure l'ancien pilote.

Actualisation au 24 février 2021. La ville de Rouen et les organisateurs des 24 Heures motonautiques sont finalement tombés d'accord mercredi, contre l'avis d'une partie de la majorité municipale, sur la tenue de la prochaine édition de l'événement qui devrait avoir lieu du 1er au 3 octobre prochain sur la Seine. La question de la subvention municipale, qui était jusqu'à présent de 30 000 €, n'a pas encore été tranchée. Des discussions doivent encore avoir lieu à ce sujet.