«Il faut laisser la nature se reposer» : en Alsace, des chasseurs qui refusent de chasser ?

Dans un communiqué cinglant, la fédération des chasseurs du Haut-Rhin s’oppose à la décision de la préfecture de prolonger la saison de la chasse. Une opération de communication, selon certains écologistes.

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 La fédération de chasseurs du Haut-Rhin refuse l’extension de la saison de la chasse voulue par la préfecture. (Illustration)
La fédération de chasseurs du Haut-Rhin refuse l’extension de la saison de la chasse voulue par la préfecture. (Illustration) LP/Philippe de Poulpiquet

Depuis le 1 er février et la fin de la saison de la chasse, daims et cerfs peuvent à nouveau gambader l'esprit tranquille dans les forêts du Haut-Rhin. Mais un arrêté officiel est venu mettre fin à cette quiétude : la préfecture du Haut-Rhin a ordonné l'organisation de tirs de destruction de cervidés jusqu'au 28 février. Suscitant l'ire d'associations écologistes? Non, de chasseurs eux-mêmes.

Contexte sanitaire, mauvaise météo… Pour la préfecture du Haut-Rhin, la saison de chasse démarrée il y a sept mois n'a pas donné de résultats satisfaisants. Selon les autorités, le taux de réalisation du plan de chasse est « exceptionnellement faible » pour les cerfs et les daims, qui continueraient donc de causer des dégâts dans la forêt.

Dans un arrêté publié le 4 février dernier, elle intime donc les chasseurs à procéder « des opérations de chasses particulières de destruction par des tirs de jour et de nuit à la lampe » des cerfs et des daims, et ce, jusqu'au 28 février. Problème, les chasseurs ne veulent pas ressortir leurs carabines, rangés depuis le début du mois.

Des animaux « exténués » par une longue période de chasse

Dans un communiqué, la Fédération du Haut-Rhin dénonce « une véritable déclaration de guerre aux chasseurs », qui s'opposaient à cette extension de la saison de la chasse. « Sous prétexte qu'il manque quelques têtes de cerfs et de daims, l'administration a jugé bon de tenter de forcer des chasseurs a chasser et à détruire les animaux », s'énerve auprès du Parisien Gilles Kaszuk, président de la Fédération des chasseurs du Haut-Rhin.

Pour lui, la nature doit se « reposer », tout comme les animaux, « exténués par une longue période de chasse et de dérangements multiples ». Un message qui dénote avec ceux régulièrement véhiculés par les chasseurs, notamment face aux associations écologistes.

« La gestion d'un domaine de chasse c'est de réguler une population, éviter qu'il y ait trop d'animaux et donc de faire une sélection. A un moment donné, nous estimons que cela suffit. Et là, c'est le défenseur de la faune et flore qui parle : il n'y a pas d'autre intérêt que la protection de la forêt », promet Gilles Kaszuk, qui dénonce également la méthode de tir préconisée par la préfecture.

Une « usurpation de l'écologie »

« Tirer cerfs et daims de nuit à la lampe ou au système infra-rouge depuis la voiture ne peut être un acte de chasse. Les chasseurs sont respectueux de la nature et refusent de participer à la destruction brutale de la grande faune par des moyens utilisés par des braconniers », conclut-il.

Alors, véritable cri d'amour pour les cerfs ou opération de communication? Si l'information d'abord relayée par France Bleu a été récupérée par certains militants ou relayée par Hugo Clément, Francis, bénévole, chez Alsace Nature, une fédération d'associations alsaciennes pour la protection de l'environnement, ne veut pas être dupe.

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« Les densités de cervidés sont en train de détruire la forêt. Et ce sont les chasseurs qui ont introduit ce déséquilibre », tance-t-il. « Parmi les centaines d'espèces, ils en fixent une ou deux qui les intéressent, aux dépens de toute la biodiversité et d'autres espèces. C'est de l'usurpation de l'écologie », assure-t-il.

Contactée par le Parisien, la préfecture du Haut-Rhin assurait ce lundi qu'un droit de réponse de la Direction Départementale des Territoires (DDT) était en cours d'élaboration.