Guyane : «Mettre fin au scandale humain et écologique de l’orpaillage illégal»

Dans une tribune au Parisien-Aujourd’hui en France, un collectif de signataires appelle l’Etat français à respecter ses engagements dans la lutte contre l’orpaillage illégal en Guyane.

 On estime aujourd’hui qu’environ 10 t d’or sont extraites illégalement de Guyane chaque année.
On estime aujourd’hui qu’environ 10 t d’or sont extraites illégalement de Guyane chaque année. LP/Frédéric Dugit

Par Wild Legal, Organisation des nations autochtones de Guyane, Maiouri Nature Guyane, Or de question, Alexis Tiouka, juriste en droit des peuples autochtones, Valérie Cabanes, juriste experte du crime d'écocide, Marie Fleury, ethnobotaniste, présidente du conseil scientifique du Parc amazonien de Guyane, Jean Pierre Havard, association Solidarité Guyane, William Bourdon, avocat, défenseur des droits humains, Eléonore Johannes, collectif des Premières nations, Michel Dubouillé, secrétaire général de Guyane écologie, Darwin Climax Coalitions

« Hier, l'écosystème Darwin (Gironde) a été la scène d'un procès simulé pour les droits de la nature et des peuples autochtones.

Sur le banc des accusés : l'Etat français, attaqué pour carence fautive dans la lutte contre l' orpaillage illégal. Face à lui : les organisations de défense du peuple autochtone wayana et des écosystèmes amazoniens de Guyane.

Au nord-ouest de la Guyane, sur les rives du fleuve Maroni immensément riches en biodiversité, habitent les Amérindiens wayanas. Depuis plus de trente ans, cette région de Guyane française est malade de l'orpaillage illégal, responsable de la destruction de près de 12 000 ha de forêt et de 1800 km de cours d'eau; 143 sites illégaux ont été recensés en janvier et on estime que 10 000 orpailleurs clandestins seraient présents sur le territoire.

Pour extraire l'or, des centaines de tonnes de mercure ont été déversées dans la nature, qui remontent la chaîne alimentaire jusqu'à l'homme. Les dépistages réalisés chez les Wayanas présentent des taux de contamination mercurielle bien supérieurs à la limite sanitaire recommandée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), causant des troubles cognitifs.

Depuis 1994, les études se succèdent, mais l'Etat s'est contenté de conseiller aux Wayanas de renoncer à consommer du poisson, fortement contaminé. Impossible pour ce peuple qui tire sa subsistance du fleuve.

Nous appelons l'Etat français à respecter ses engagements découlant de la ratification de la Convention de Minamata sur le mercure et à prendre au sérieux son obligation de garantir le droit à la santé des Wayanas en mettant en place une veille sanitaire et une aide alimentaire, mais aussi et surtout, à leur assurer un environnement sain en renforçant les moyens de lutte contre l'orpaillage illégal.

Treize ans aujourd'hui que la France a voté la déclaration des Nations unies pour les droits des peuples autochtones et, pourtant, elle refuse toujours de reconnaître un statut particulier aux Amérindiens de Guyane. Afin de faire face aux ravages de l'orpaillage illégal en Guyane, nous demandons à l'Etat de reconnaître le Haut-Maroni en tant qu'entité naturelle bénéficiant du droit à la protection, à la conservation et à la restauration de ses écosystèmes. Nous soutenons également la création d'une commission des gardiens du fleuve composée de représentants amérindiens, ainsi que l'organisation d'une campagne régionale de dépistage du mercure.

Le procès simulé hier pour l'Amazonie française et ses gardiens est une première étape. Nous attendons de la part du gouvernement des engagements pour mettre fin au scandale humain et écologique de l'orpaillage illégal, défendre l'intégrité du fleuve Maroni et enfin reconnaître les droits des premières nations de Guyane. »

VIDÉO. Chercheurs d'or : avec le mercure, ils empoisonnent la Guyane