Guyane : après Montagne d’or, les ONG disent non aux projets de mines géantes

Ni Montagne d’or, ni Espérance, ni aucune mine industrielle : les ONG sont mobilisées pour éviter l’arrivée d’exploitations gigantesques aux conséquences écologiques majeures en Guyane. Une pétition est lancée.

 Le projet controversé de Montagne d'Or (ici une vue aérienne) se situe à 180 km de Cayenne, en Guyane.
Le projet controversé de Montagne d'Or (ici une vue aérienne) se situe à 180 km de Cayenne, en Guyane. AFP/Jody Amiet

Après plusieurs années de débats et de mobilisations contre l'établissement de cette gigantesque mine d'or à ciel ouvert, en juin 2019, le gouvernement avait annoncé que « le projet ne se fera pas ». Sauf que la veille de Noël, le 24 décembre 2020, le tribunal administratif a enjoint l'Etat de prolonger le bail de la Compagnie pour le projet de mine Montagne d'or en Guyane.

« Un beau cadeau », ironise Michel Dubouillé, porte-parole du collectif Or de question, qui regrette que le gouvernement n'ait même pas été représenté pour se défendre. Parce que la mine, c'était l'équivalent de 2000 terrains de foot de forêt rasée, 10 tonnes de cyanure et au moins autant d'explosifs utilisés chaque jour. Au ministère de la Transition écologique, on assure que l'Etat fera appel de cette décision.

Mais en plus du possible retour de Montagne d'or, d'autres mines industrielles passent les étapes d'autorisations, les unes après les autres… Or, cette fièvre du métal précieux inquiète les ONG environnementales dans ce territoire. « On estime que 100 000 ha disposent de titres actifs, 200 000 ha font l'objet de demande! Depuis cinq-six ans, il y a une forte spéculation autour des ressources réelles ou supposées du territoire, depuis la visite du ministre de l'Economie qui s'était prononcé pour l'exploitation de ces richesses… Il s'appelait Emmanuel Macron », signale Laurent Kelle, responsable du WWF en Guyane.

Près de 600 000 signataires

Le collectif Or de question a lancé une pétition qui a déjà atteint près de 600 000 signatures. D'abord baptisée « Stop Montagne d'or », elle a été renommée « Sauver la forêt de Guyane » car en juin 2019, si le collectif a remporté une bataille, ils sont loin d'avoir gagné la guerre.

« On ne va pas s'user à attaquer projet par projet, remarque Michel Dubouillé, par ailleurs secrétaire régional du parti EELV. On attaque le principe des mines d'or industrielles et surtout le procédé de cyanuration extrêmement toxique, que le Parlement européen a tenté par deux fois d'interdire ! »

Depuis 150 ans, l'extraction d'or en Guyane est surtout le fait de mines artisanales. Le site Dieu Merci, géré par la compagnie Auplata, produit plus de 50 tonnes d'or par an selon son site internet, on y traite par le cyanure les résidus miniers extraits alentour. « On ne peut plus parler d'installations artisanales autour de Dieu Merci avec Auplata associé à des multinationales de l'extraction », s'énerve Michel Dubouillé.

À 30 km du site pour l'instant abandonné de Montagne d'or, le projet Espérance, presque aussi grand, pourrait voir le jour. À Maripa, à 60 km de Cayenne, une mine souterraine a obtenu un premier feu vert. « Alors même que 22 mineurs chinois sont en ce moment coincés dans une exploitation semblable, ce n'est pas responsable », remarque l'élu écolo.

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Ces superprojets pèsent lourd sur la biodiversité, explique de son côté Laurent Kell, de l'ONG au panda, alors que la forêt guyanaise est déjà saccagée par les garimpeiros et l'orpaillage illégal. « Pour le projet Montagne d'or, on prévoyait 1 500 ha de déforestation, dont 570 ha à très forte valeur écologique. La forêt guyanaise compte 180 essences endémiques. Or sur chaque hectare, on compte 150 espèces, c'est dix fois plus qu'en France métropolitaine », insiste-t-il.

Un violent poison au contact de l'eau

Dans ce petit bout de forêt amazonienne française s'épanouit une vie exceptionnelle : tamarin à main jaune, agouti, jaguar. En tout, la Guyane compte pour la moitié de la biodiversité française. « En plus de la déforestation évidente pour ouvrir les mines, ces projets industriels ont des impacts indirects. Ce sont par exemple des ogres énergétiques. Montagne d'or aurait consommé 20 Mégawatt, alors que dans l'ouest de la Guyane par exemple, des citoyens et des commerçants subissent de vraies restrictions », souligne Laurent Kelle.

Par ailleurs, l'exploitation de ces gisements aurifères fait planer un risque de réaction chimique capable de s'auto-entretenir pendant des décennies : le sol du plateau de la Guyane est très riche en sulfure et en métaux lourds. « Tant que ce cocktail est enfoui, tout va bien, mais au contact de l'eau, il se transforme en acide sulfurique, un violent poison pour toutes les espèces animales, l'homme et la plupart des plantes, s'inquiète Laurent Kelle. Or de l'eau en Guyane, il y en a ! »