Gaz à effet de serre : les résultats de la France sont-ils si satisfaisants ?

Le chef de l’Etat et sa ministre de la Transition écologique se sont félicités d’une réduction des émissions de 1,7 % par rapport à 2018. Un enthousiasme froidement accueilli par les associations de défense de l’environnement.

 Emmanuel Macron s’est félicité dimanche d’une baisse en France des émissions de gaz à effet de serre de 1,7 % en 2019
Emmanuel Macron s’est félicité dimanche d’une baisse en France des émissions de gaz à effet de serre de 1,7 % en 2019 AFP/Philippe Lopez

Progrès écologique ou victoire en trompe-l'œil? Emmanuel Macron s'est félicité ce dimanche d'une baisse en France des émissions de gaz à effet de serre de 1,7 % en 2019, un chiffre « au-delà de notre objectif ». Dans la foulée, il a promis d'« encore accélérer » ses ambitions écologiques avec la loi climat qui sera présentée mercredi en Conseil des ministres.

« C'est le résultat d'une écologie du concret et du progrès. C'est le fruit de nos efforts à tous », s'est félicité le locataire de l'Elysée sur Twitter. Une annonce qui tient davantage de « l'exercice de communication » que d'un vrai progrès, ont aussitôt dénoncé plusieurs voix de l'opposition comme certaines associations environnementales. Qu'en est-il vraiment ? On fait le point.

Que dit le gouvernement ?

Peu avant l'annonce du président sur Twitter, la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili avait déjà affirmé dans le Journal du dimanche que « la France a tenu ses engagements climatiques » avec une baisse de 1,7 % en 2019, davantage que les « 1,5 % fixés dans [la] stratégie gouvernementale! ».

« On peut donc avoir de la croissance économique et en même temps, baisser nos émissions. Cela veut dire que les mesures que nous avons prises - le remplacement des chaudières au fioul par exemple - fonctionnent. Il nous reste beaucoup de chemin à faire, mais nous sommes sur les rails pour respecter nos engagements », a-t-elle assuré, enthousiaste.

D'où viennent ces chiffres ?

Les objectifs fixés par le gouvernement pour lutter contre le changement climatique s'inscrivent dans la feuille de route de la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Celle-ci prévoit une trajectoire visant à la neutralité carbone en 2050 et des « budgets carbone », c'est-à-dire des plafonds d'émissions pour y parvenir. À noter, l'objectif initialement affiché pour 2019 était une baisse de 2,3 % des émissions de gaz à effet de serre … et non 1,5 %.

« Cet objectif a été entre-temps revu à la baisse par le gouvernement », précise Clément Sénéchal, porte-parole Climat de Greenpeace France. « L'objectif a finalement été fixé début 2020 à 1,5 % de baisse, un plafond forcément plus facile à atteindre pour la France qui accumule déjà les retards », souligne le militant.

Le ministère a ainsi précisé que « selon une estimation actualisée du Centre technique d'études de la pollution atmosphérique (Citepa), les émissions de gaz à effet de serre de la France pour l'année 2019 s'évaluaient à 437 Mt/CO2 (million de tonnes équivalent CO2), ce qui représente une baisse de 1,7 % par rapport à 2018 ». Soit une petite différence de 0,2 % par rapport à l'objectif (finalement) fixé.

Pourquoi ces chiffres méritent d'être relativisés ?

Si enjouées soient-elles, les annonces de l'exécutif ont été accueillies pour le moins froidement par les associations de défense de l'environnement. Ainsi, l'ancienne secrétaire nationale des Verts et actuelle directrice générale d'Oxfam France Cécile Duflot a fustigé des « arguments de com'moisis, impossibles à croire par ceux qui les rédigent et les disent ».

« Moche de tronquer la vérité et de ne pas indiquer que l'objectif 2019 a été modifié début 2020 pour être rendu plus facile à atteindre », a encore avancé Anne Bringault, coordinatrice des Opérations au Réseau Action Climat. Autre réaction, celle du député ex-LREM Matthieu Orphelin, qui a exprimé sa « grande colère » devant les « mensonges » et l' « exercice de pure communication » de Barbara Pompili.

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Un avis partagé par Clément Sénéchal qui y voit une « supercherie irresponsable ». « C'est comme si lors d'une épreuve de saut en hauteur, un candidat se félicitait d'avoir franchi la barre… juste après l'avoir baissée. Cette annonce n'est toutefois pas une surprise : Emmanuel Macron veut donner le change, quelques jours avant de présenter sa loi climat totalement cadavérique », estime encore le représentant de Greenpeace.

Et pour la suite ?

Loin de représenter une avancée, ces chiffres ne feraient que refléter le retard pris par la France concernant ses objectifs de budget carbone, estime Clément Sénéchal.

« La France s'est fixé un objectif d'une baisse de 40 % d'émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 mais ce cap semble déjà difficilement atteignable », ajoute-t-il. Une inquiétude partagée par le Conseil National pour la Transition écologique dans son avis rendu début 2021. Ce dernier avait pointé une « baisse insuffisante des émissions des GES » et demandait en ce sens « de mobiliser les moyens, leviers d'action et outils de politiques publiques nécessaires ».

Ces inquiétudes sont d'autant plus légitimes que l'objectif de la France « n'est que le minimum », défend Clément Sénachal. En effet, les dirigeants de l'Union européenne se sont accordés pour réduire d' au moins 55 % leurs émissions de CO2 d'ici à 2030. « Autant vous dire qu'on est encore loin derrière… », déplore le militant, et ce, même si les émissions devraient chuter en 2020 en raison de la baisse d'activité liée au Covid.

En résumé
  • Le chef de l’Etat et sa ministre de la Transition écologique se sont félicités d’une réduction des émissions de 1,7 % en 2019, par rapport à 2018.
  • Des associations de défense de l’environnement voient dans ces déclarations « une supercherie ». L’objectif 2019 de réduction de gaz à effet de serre a en effet été modifié début 2020, passant de - 2,3 % à -1,5 %.
  • Devant un tel retard, les associations craignent de voir l’objectif fixé pour 2030 (- 40 % d’émissions de gaz à effet de serre) inatteignable.