Environnement : la posidonie, une plante marine capable de nettoyer le plastique

Des chercheurs espagnols ont découvert l’étonnant pouvoir nettoyant d’une plante marine, la posidonie, présente en Méditerranée et capable de rejeter des matières plastiques sur les rives et sur les plages.

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 La posidonie pousse dans les fonds marins, à quelques mètres des rives et plages de la Méditerranée entre 0,5 et 40 mètres de profondeur.
La posidonie pousse dans les fonds marins, à quelques mètres des rives et plages de la Méditerranée entre 0,5 et 40 mètres de profondeur. ISTOCK

En attendant le lancement de bateaux capables de ramasser des matières plastiques à la surface des océans comme pourra le faire le « Manta » du navigateur Yvan Bourgnon, l'écosystème marin prouve qu'il peut aussi, parfois, puiser dans ses ressources naturelles pour se défendre.

C'est ce qu'a découvert une équipe de chercheurs espagnols dont les travaux viennent d'être publiés dans la revue Scientific Reports. Tout se passe dans les fonds marins, à quelques mètres des rives et plages de la Méditerranée entre 0,5 et 40 mètres de profondeur, là où pousse une plante endémique, la posidonie.

Conduite par Anna Sànchez-Vidal, géobiochimiste à la faculté des sciences de la Terre de l'Université de Barcelone (Espagne), l'étude met en lumière la capacité des herbiers de cette plante sous-marine aux longues feuilles effilées, que l'on prend souvent pour une algue, à capter les microparticules de plastique qui jonchent les fonds ou stagnent à mi-profondeur, puis à les expulser sur les plages où elles se déposent.

50 % des boules de fibres de posidonie enferment des matières plastiques

Le processus, décrit pour la première fois de façon scientifique est aussi simple qu'ingénieux puisqu'il s'appuie sur le cycle de vie naturel de la posidonie. Lorsque ses feuilles tombent chaque automne, elles se désagrègent lentement en libérant des fibres qui s'entrelacent lentement jusqu'à former des boules végétales qui emprisonnent les matières plastiques qu'elles rencontrent.

Environnement : la posidonie, une plante marine capable de nettoyer le plastique

Ces agglomérats, que les scientifiques appellent « aegagropilae » ou « Posidonia Neptune », prennent ensuite lentement le chemin des plages grâce à la force des vagues et l'effet des marées. Selon les calculs des chercheurs espagnols, 50 % des boules de fibres de posidonie enferment des matières plastiques et ces dernières retiennent jusqu'à plus de 600 fragments pour un kilo de matière végétale. Dans 17 % des cas, les boules font encore davantage leur travail de « nettoyeuses des mers » en captant jusqu'à 1470 petits bouts de plastiques.

Pour Sophie Richier, biologiste en environnement marin Centre d'étude et de valorisation des algues de Pleubian (Côtes-d'Armor), cette découverte illustre parfaitement la nécessité de préserver la flore marine que constituent les herbiers de posidonie en Méditerranée comme leurs alter ego composés de zostères sur les côtes de l'océan Atlantique. « A cause de leur extrême fragilité et sensibilité à la pollution, ces plantes sont d'excellents indicateurs de la qualité de nos eaux marines, explique la spécialiste. Avec les résultats de ces recherches, on sait aujourd'hui qu'elles sont également indispensables à leur préservation. »

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Car même si ces végétaux marins peuvent faire office d'éboueurs des mers, impossible de miser sur leur seule capacité pour nettoyer les océans. Alors que chaque année, entre 9 et 12 millions de tonnes de matières plastiques sont déversées dans les différentes mers autour du globe, la surface occupée par les herbiers de posidonie est en chute libre, estimée à la baisse entre 13 % et 50 % depuis 1960. « C'est un réel problème car, malgré les énormes moyens qui ont pu être mis pour essayer de les réintroduire en milieu marin, il s'avère très difficile de maîtriser la replantation de ces végétaux, se désole Sophie Richier. Alors même que l'on se sent impuissant face à une telle quantité pollution plastique, il faut aussi reconnaître que, malheureusement, la nature n'a pas les capacités à s'en défaire toute seule. »