Environnement : après le gaz de schiste, la hantise du gaz de couche

Des associations interpellent la ministre de l’Écologie sur un projet de forage de gaz en Moselle. Les riverains craignent un recours à la technique controversée de la fracturation hydraulique.

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 Lachambre (Moselle). Principalement constitué de méthane, le gaz de couche est piégé au cœur des microspores du charbon non exploité dans le sous-sol des bassins houillers.
Lachambre (Moselle). Principalement constitué de méthane, le gaz de couche est piégé au cœur des microspores du charbon non exploité dans le sous-sol des bassins houillers.  PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN//Thierry SANCHIS

« Très fier que la France devienne aujourd'hui le premier pays au monde à interdire tout nouveau permis de recherche d'hydrocarbure dès maintenant et toute exploitation d'ici 2040. » Le 19 décembre 2017, dans un tweet en forme de satisfecit, Emmanuel Macron acte sa décision d'en finir avec les forages de pétrole et de gaz dans l'Hexagone. Le ministre de l'Écologie, Nicolas Hulot, est alors à la manœuvre.

Après des mois de débats houleux sur des projets d'extraction de gaz de schiste utilisant la technique controversée de la fracturation hydraulique, qui nécessite l'injection d'un fluide à haute pression pour extraire des hydrocarbures dits non conventionnels, Hulot inscrit dans la loi l'interdiction de cette pratique et promet de « laisser dans le sous-sol les réserves d'hydrocarbures disponibles ».

Trois ans plus tard, la polémique ressurgit. 36 associations et collectifs de citoyens viennent de rédiger une lettre ouverte adressée au chef de l'Etat et à Barbara Pompili pour dénoncer un projet d'exploitation de gaz de… couche de charbon en Moselle. Principalement constitué de méthane, ce gaz est piégé au cœur des microspores du charbon non exploité dans le sous-sol des bassins houillers. « Partout dans le monde où des entreprises ont cherché à puiser du gaz de couche, les techniques de forage ressemblaient comme deux gouttes d'eau à celles utilisées pour faire remonter du gaz de schiste », explique Maxime Combes, le porte-parole de l'association Attac qui s'inquiète du projet en cours.

Un impact néfaste sur la nappe phréatique

C'est l'entreprise gazière la Française de l'énergie qui a déposé une demande de concession pour exploiter un gisement en Moselle. Les associations de riverains craignent de voir le spectre de la fracturation hydraulique resurgir dans les entrailles de leur sous-sol. « L'objectif est d'utiliser des drains horizontaux et verticaux qui permettraient d'aller à un kilomètre sous terre pour puiser le gaz, puis de l'exploiter avec potentiellement 400 puits en surface, détaille Anaëlle Lantonnois, membre de l'association écologiste locale Appel 57. C'est une technique très invasive qui peut avoir des impacts très néfastes sur la nappe phréatique ou la fertilité des sols. »

Julien Moulin, le président de la la Française de l'énergie, est catégorique : «Cela fait dix ans qu'on le répète : nous n'utiliserons pas la méthode de la fracturation hydraulique car nous récupérerons le gaz en appliquant une technique de différentiel de pression sans injecter quoi que ce soit dans le sous-sol. Cela dit, je comprends l'inquiétude des lanceurs d'alerte car dès que l'on touche au sous-sol, c'est une zone obscure qui peut amener à avoir de nombreuses craintes sur les méthodes utilisées. Mais nous travaillons main dans la main avec des centres de recherche français et avons démontré depuis des années notre capacité technique et financière à mener à terme des projets de ce type en toute transparence. »

Environnement : après le gaz de schiste, la hantise du gaz de couche

« L'enquête publique, clôturée en novembre, a mobilisé de nombreux citoyens et élus locaux, qui se sont prononcés à près de 85 % contre ce projet fossile », souligne le collectif d'associations. Alors que le commissaire enquêteur a donné un avis favorable au projet, les opposants aux forages se tournent désormais vers la ministre de l'Écologie pour lui demander de refuser ce permis d'exploitation.

Contacté, le cabinet de Barbara Pompili se veut rassurant. « Sur les impacts environnementaux, il n'y a pas d'exception (ni pour le gaz de couche ni pour le gaz de mine) permise par la loi hydrocarbures en ce qui concerne le recours à la fracturation hydraulique : celle-ci est bien interdite quel que soit l'hydrocarbure exploité. »

«Les faiblesses de la loi Hulot»

Si la direction régionale de l'environnement et le préfet doivent prochainement donner leur avis sur ce projet à la ministre, Barbara Pompili rappelle à la Française de l'énergie qu'elle doit de toute façon « établir un rapport pour justifier qu'il n'a pas recours à la fracturation hydraulique, mais seulement aux techniques conventionnelles ».

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Quant à la demande d'exploitation soumise par l'entreprise gazière aux pouvoirs publics, la société est apparemment… dans les clous. « Tout permis d'exploration obtenu avant que la loi ne soit adoptée donne quasiment automatiquement droit à obtenir une concession, soupire Maxime Combes. Ce qui est la preuve des faiblesses de la loi Hulot. »

Dans le cas de la Moselle, le ministère de l'Écologie confirme que la demande de concession de la Française de l'énergie « faisait suite à un permis exclusif de recherches qui a été octroyé en 2004. Soit 13 ans avant la loi hydrocarbures. »