Déchets toxiques : à Wittelsheim, le boulet StocaMine

Ouvert il y a vingt ans pour traiter des centaines de milliers de déchets toxiques, StocaMine est devenu un fiasco au fil des années. Un échec environnemental aux conséquences désastreuses.

 Wittelsheim (Haut-Rhin). Yann Flory (à gauche) et Etienne Chamik se battent depuis près de trente ans contre le confinement de 40 000 t de déchets toxiques sur le site de StocaMine qui se trouve derrière eux.
Wittelsheim (Haut-Rhin). Yann Flory (à gauche) et Etienne Chamik se battent depuis près de trente ans contre le confinement de 40 000 t de déchets toxiques sur le site de StocaMine qui se trouve derrière eux. LP/Martin Antoine

« La décision de l'Etat est catastrophique. Le drame, c'est que ce sont nos générations futures qui vont en payer le prix! » s'emporte Etienne Chamik. Sur la base de nombreux rapports et d'une expertise internationale et indépendante coordonnée par le Bureau de recherches géologiques et minières, la ministre de la Transition écologique a décidé, le 18 janvier, le confinement définitif de 44 000 t de déchets toxiques sur le site de StocaMine, à Wittelsheim (Haut-Rhin). La dégradation de certaines galeries souterraines pourrait faire encourir un risque aux travailleurs si le déstockage reprenait… Impensable pour Barbara Pompili.

Un argument qui ne convainc par Etienne Chamik. Depuis plus de vingt ans, ce Haut-Rhinois de 88 ans alerte sur l'urgence à déstocker ces sacs remplis de matières dangereuses. « Notre population s'est réveillée trop tard. Il faut dire qu'on a vendu du rêve aux habitants », dénonce-t-il.

Surnommé «la poubelle de l'Alsace»

Créé en 1999 au cœur du bassin potassique alsacien, StocaMine avait été présenté comme un site à la pointe de l'écologie, inédit en France et destiné à accueillir 320 000 t de déchets industriels de classe 0 (dangereux) et de classe 1 (hautement toxiques) pour les entreposer à 550 m sous terre. « StocaMine a permis la création de 250 emplois à Wittelsheim et une reconversion pour les anciens salariés du bassin minier, sans compter la rénovation promise de la salle des fêtes ou l'installation d'un pôle de recherche sur l'environnement. Alors, quand l'incendie de 2002 a interrompu l'enfouissement des déchets, les employés ne pouvaient se permettre de s'élever contre la Société des mines de potasse d'Alsace, leur employeur », explique Yann Flory, porte-parole du collectif Déstocamine.

Surnommé « la poubelle de l'Alsace », StocaMine est un boulet que traînent Wittelsheim et ses 10 000 habitants. « Nous sommes raillés dans toute la région. Il y a quelques mois encore, des autocollants ville déchets ont été apposés pour recouvrir la mention ville fleurie sur les panneaux de la commune, se lamente Yves Goepfert, le maire (LREM) de Wittelsheim. A cause de l'affaire StocaMine, plusieurs entreprises de renom ont refusé de s'implanter chez nous et nous sommes passés à côté de projets immobiliers d'ampleur », confie-t-il.

Des risques pour la plus grande nappe phréatique d'Europe ?

Alors que 65 % de la population de Wittelsheim est retraitée, Yves Goepfert peine à attirer les jeunes générations : « Quelle famille va venir s'installer chez nous pour construire sa demeure ? Nous n'avons pas de perspectives d'emploi à offrir et notre sol est pollué », déplore l'élu. Autant dire que les 300 000 euros annuels attribués par l'Etat dans le cadre du groupement d'intérêt public au nom de la « perte d'image » font figure de « goutte d'eau dans la piscine » pour le maire. L'eau, justement, devenue le sujet majeur d'inquiétude pour les Wittelsheimois. Construit sur le sol fragile d'une ancienne mine de sel, StocaMine est menacé à terme par un ennoyage, selon plusieurs expertises.

« Les 40 000 t de produits toxiques enfouis dans le sol contamineraient alors la plus grande nappe phréatique d'Europe qui s'étend de l'Alsace aux Pays-Bas en passant par l'Allemagne. C'est une catastrophe majeure qui pourrait survenir d'ici quatre-vingts ans et nous préférons nous cacher les yeux », fulmine Etienne Chamik. StocaMine ou l'histoire d'un échec environnemental sans fin…

 
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