Dans les Côtes-d’Armor, l’éolien en mer passe mal

Face à la construction de 62 éoliennes offshore dans la baie de Saint-Brieuc, élus, pêcheurs et citoyens demandent le respect des engagements pris par l’entreprise Ailes marines.

 Erquy (Côtes-d’Armor), en mai. Un échouage de bateaux avait été organisé sur la plage pour dire non aux éoliennes en mer.
Erquy (Côtes-d’Armor), en mai. Un échouage de bateaux avait été organisé sur la plage pour dire non aux éoliennes en mer. MAXPPP/Le Pictorium/Gael Cloarec

« On sait qu'on devra céder à un moment sinon on paiera une grosse amende… » Pourtant, tant qu'il le peut, le maire d'Erquy (Côtes-d'Armor), Henri Labbé, résiste. C'est sur l'une des plages de sa commune que les câbles sous-marins de 225 000 volts du futur parc éolien de la baie de Saint-Brieuc doivent être reliés aux câbles souterrains terrestres. Pour y arriver, l'entreprise RTE, chargée du raccordement, a besoin d'occuper des terrains municipaux, ce à quoi s'oppose le conseil municipal. Il redoute l'impact sur le tourisme, l'environnement et la pêche. Le site est au cœur d'une zone où travaillent 300 bateaux et 800 marins.

Et il n'y a pas qu'à Erquy que l'implantation des 62 éoliennes en mer passe mal. Hautes de 216 m, elles seront visibles depuis les côtes, à 16 km. La fronde s'organise un peu partout. Une réunion a été organisée en urgence à la préfecture mardi dernier avec les représentants de 3 intercommunalités, le président de région et Ailes Marines, la société qui doit exploiter le parc.

« Nous avons haussé le ton car les engagements qui avaient été pris ne sont pas tenus en termes de retombées économiques, de création d'emplois, de formation et de préservation de la pêche », explique Thierry Simelière, vice-président de Saint-Brieuc Armor Agglomération. Quelques jours auparavant, le député Marc Le Fur s'était emporté à l'Assemblée nationale contre ce projet « funeste » qui devrait être opérationnel en 2023.

En face du cap Fréhel, classé Grand site de France

Tout commence en 2012 lorsque Ailes Marines, filiale du géant espagnol Iberdrola, est désigné lauréat du premier appel d'offres national sur l'éolien offshore et obtient par arrêté, le 18 avril de la même année, l'autorisation d'exploitation. « Avant même qu'il y ait eu la moindre enquête publique ou étude d'impact », dénonce Katherine Poujol, présidente de l'association Gardez les Caps. Elle s'étonne du choix de l'implantation, devant le cap Fréhel, classé Grand site de France, à côté de multiples zones Natura 2000. Elle met en garde contre une pollution sonore et chimique (aluminium) et pointe des irrégularités.

Désigné lauréat de l'appel d'offres, Ailes Marines n'était pourtant arrivé qu'en seconde position. Ce qui a valu à l'État d'être condamné à indemniser l'entreprise lésée à hauteur de 2,5 millions d'euros. Comment expliquer aussi que le parc produira l'électricité la plus chère du monde, soit 155 euros/MWh alors que le prix moyen français oscille entre 40 et 50 ? « Pour ces projets pionniers, il faut financer le lancement de la filière industrielle, argumente Ailes Marines. Ce tarif est en lien avec les caractéristiques du site, un des plus complexes au monde. »

Katherine Poujol ne comprend pas pourquoi les travaux démarrent alors que 2 recours en justice sont toujours en suspens et que des résultats d'études consacrées aux effets sur la faune n'ont pas été publiés. Les pêcheurs, eux, ont épuisé leur réserve de patience. « Nous avons essayé de discuter durant des années sans être entendus. Ils sont sans foi ni loi », assure Alain Coudray, président du comité des pêches. En mai dernier, une soixantaine de bateaux avaient perturbé le début des prospections. « On avait été gentil. On le sera peut-être moins à l'avenir ».