Dans les Alpes, des milliers de bêtes piégées par la neige

Le week-end dernier, des chutes de neige d’une exceptionnelle précocité ont bloqué des milliers de moutons et de vaches encore en alpage au col du Glandon, à plus de 1 900 m d’altitude.

 Saint-Colomban-des-Villards (Savoie), mercredi. Les troupeaux d’estive qui paissent au col du Glandon ont été surpris pas des chutes de neige qu’on n’avait pas vues si précocement depuis 1974.
Saint-Colomban-des-Villards (Savoie), mercredi. Les troupeaux d’estive qui paissent au col du Glandon ont été surpris pas des chutes de neige qu’on n’avait pas vues si précocement depuis 1974. LP/Thomas PUEYO

« Ce sont des premières neige s comme on n'en connaît qu'une fois dans sa vie d'éleveur. » Jean-Pierre Curt n'en revient toujours pas. Propriétaire d'une cinquantaine de vaches en estive au col du Glandon (Savoie), il a été surpris, comme tout le monde, par les 50 cm de neige tombés le week-end dernier. Et même 80 cm par endroits à cause du vent. Du jamais-vu pour une fin septembre depuis 1974, selon les anciens.

Les alpagistes du col du Glandon (Savoie) ont vécu un véritable enfer ces derniers jours pour sauver leurs troupeaux. Jean-Pierre Curt, éleveur de La Mure (Isère), a dû redescendre en urgence ses vaches. « Il nous a d'abord été impossible de monter voir nos bêtes. Les routes d'accès étaient bloquées à cause des forts risques d'avalanche. Le réseau téléphonique est inexistant dans ces alpages, on ne pouvait pas savoir comment allaient les bêtes. Ça a été un moment très stressant », avoue-t-il.

Il s'estime néanmoins chanceux de n'avoir eu que quelques dizaines de bovins à évacuer. « Ce n'est rien comparé aux milliers de moutons qui ne peuvent pas redescendre en un jour. » La tension est en effet palpable du côté des éleveurs d'ovins qui doivent concentrer leur retour de pâturage dans un délai très restreint. Les dernières brebis redescendent normalement dans la vallée fin octobre dans des bétaillères. Mais les nouvelles chutes de neige annoncées en fin de semaine les contraignent à se lancer dans une course contre la montre.

« On ne dort plus, je suis à bout », lance, furieux, l'Arlésien René Tavan, éleveur septuagénaire dont les brebis ont été surprises par la tempête. Avant l'évacuation, qui se poursuit aujourd'hui, il a fallu nourrir en urgence les brebis. « On a déclenché une opération de sauvetage des troupeaux. Privées de l'herbe ensevelie sous la neige, les bêtes ne pouvaient plus manger », raconte Pierre-Yves Bonnivard, le maire de Saint-Colomban-des-Villards, commune située sur le côté savoyard du col du Glandon.

Il ne manquait plus que le loup

Alerté dès samedi, l'édile a permis l'acheminement de fourrage pour éviter que les bêtes ne meurent de faim. « Tout s'est fait dans l'urgence. Les animaux ne pouvaient plus s'alimenter depuis presque deux jours. Ajoutez à cela des températures négatives ! On a demandé aux services du département de dégager la route. Pendant ce temps, la commune a réuni six tonnes de foin grâce à l'aide d'agriculteurs locaux. » La solidarité montagnarde se met en place. Des volontaires se présentent à la mairie et vont au col donner un coup de main. « La catastrophe a été évitée, grâce au maire, les pertes ont été limitées », salue l'éleveur Jean-Pierre Curt.

Mais la galère des bergers ne s'arrête pas là. A la neige s'ajoutent des attaques de loup, le canidé profitant de l'immobilisation des brebis dans la neige profonde pour plus facilement fondre sur elles. « Ça arrive tout au long de l'été, mais là, les attaques sont plus fréquentes », explique Cédric, qui garde les moutons ici depuis quatre ans et n'est pas près d'oublier cette fin d'estive.