Dans le Morbihan, au zoo de Pont-Scorff, la coalition Rewild montre les crocs

Neuf mois après la reprise du zoo pour en faire un centre de réhabilitation de la faune sauvage, la coalition Rewild voit les difficultés administratives et les reproches de détracteurs s’accumuler.

 Pont-Scorff (Morbihan), en décembre dernier. Pour Perrine Crosmary et Lorane Mouzon (à droite), cofondatrices de Rewild, des « raccourcis sont faits avec l’objectif de nous nuire ».
Pont-Scorff (Morbihan), en décembre dernier. Pour Perrine Crosmary et Lorane Mouzon (à droite), cofondatrices de Rewild, des « raccourcis sont faits avec l’objectif de nous nuire ». LP/Solenne Durox

L'utopie est belle, mais le chemin semé d'embûches. Après avoir réussi à récolter près de 700 000 euros de dons, la coalition Rewild devenait propriétaire du zoo de Pont-Scorff en décembre 2019. Objectif : le transformer en centre de réhabilitation pour les animaux issus du trafic et les réintroduire dans leur milieu naturel.

Une première mondiale qui est scrutée, notamment par les services préfectoraux. « Trois jours après le rachat, nous recevions une mise en demeure de l'administration pour des panthères arrivées avant le rachat », raconte Jérôme Pensu, le directeur. Une autre suivait pour un problème d'assainissement dans un bâtiment.

Le 2 septembre, les autorités enjoignaient à Rewild dans un arrêté de mise en demeure de se mettre en conformité avec la réglementation. La direction départementale de la protection des populations (DDPP) pointait l'absence depuis le mois de juin d'un titulaire de certificat de capacité garantissant la gestion des animaux. Et l'absence de registre vétérinaire. Elle notait aussi que près de 2 500 kg de cadavres avaient été collectés par l'équarrisseur. Le 11 septembre, un nouvel arrêté d'urgence « portant interdiction de l'activité de présentation au public du zoo » était pris.

Trois plaintes déposées

Jérôme Pensu parlait hier, dans une conférence de presse, de « harcèlement et calomnie ». D'après Lorane Mouzon, l'une des cofondatrices de Rewild, le directeur de la DDPP fait des « raccourcis avec l'objectif de nous nuire ». La plupart des cadavres étaient selon Rewild déjà dans les chambres froides. « Il y a moins de décès qu'avant notre arrivée », assure la coalition. L'absence de registre vétérinaire? « Il n'y en avait pas avant sur le site. Nous avons dû en créer un. » Sur 113 espèces, soixante-dix sont couvertes par un certificat de capacité. La totalité devrait l'être dans les deux mois à venir.

Selon Rewild, l'envoi au procureur d'un audit, établi à son arrivée, pointant une liste d'irrégularités et d'infractions passées sous silence par la DDPP durant plusieurs années, n'est pas étranger à l'intérêt que lui porte l'administration. 90 % des oiseaux, par exemple, auraient été détenus illégalement. « Rewild représente une menace pour le lobby de la captivité », dénonce son avocat. Trois plaintes ont été déposées : contre les services de l'Etat pour dénonciations calomnieuses, pour abus de biens sociaux contre les anciens propriétaires et gérants, et pour diffamation contre l'hebdomadaire « Marianne ».

Accusé par certains détracteurs de ne pas avoir encore tenu leur promesse de relâcher des animaux, Jérôme Pensu souligne la longueur du processus. La nouvelle direction est en tout cas soutenue par les soigneurs comme Coralie, qui travaille ici depuis neuf ans. « Au début, j'avais peur puis je me suis rendu compte que les animaux retrouvaient un comportement plus normal. Désormais, notre métier a un sens. »