Dans l’Eure, un cheval «canarde» les rivières pour sauvegarder les truites

Il s’agit de lutter contre les dépôts de limons occasionnés par les crues, l’érosion des berges ou encore les pollutions industrielles.

 Farceur et Bruno Buffard « canardent » les rivières pour favoriser la reproduction des truites.
Farceur et Bruno Buffard « canardent » les rivières pour favoriser la reproduction des truites. #PRESSE30

La Fédération Départementale de l'Eure pour la Pêche et la Protection des Milieux Aquatiques regroupe 27 associations agréées sur 260 km de cours d'eau. Trente espèces de poissons y sont répertoriées. La plus appréciée et recherchée est incontestablement la Truite Fario, un poisson d'eaux vives qui demande une importante quantité d'oxygène. Elle a besoin aussi d'une eau claire, peu ou pas chargée en particules et pour se reproduire (frayer), du courant, une faible hauteur d'eau et un lit de petits graviers fins. Seulement voilà, à cause de l'agriculture intensive, des dépôts de limons occasionnés par les crues, l'érosion des berges ou encore les pollutions industrielles, les fonds se solidifient « pour former des dalles de concrétion, explique le technicien Victor Zunigas. Alors, même si elle n'est pas vulnérable en France, dans l'Eure, il faut faire attention à la truite Fario. Alors, dans le cadre de travaux de Plan de Gestion des Associations, nous essayons de recréer des zones favorables pour les frayères ».

Impossible avec une pelle hydraulique

La technique retenue par la fédération est simple. Retourner le fond de la rivière sur certains endroits bien choisis « pour remettre en état des nids à truites, reprend Victor Zunigas. Il faut les nettoyer et aérer. Mais ce sont des travaux impossibles à réaliser à la pelle hydraulique, trop destructrice, et trop pénible à effectuer à mains d'hommes ». Alors, ce sont aux chevaux que l'on fait appel et en l'occurrence à ceux de trait, puissants, dociles, maniables, sociables et infatigables.

Rencontre à Acquigny avec Farceur, un Ardennais belge de 7 ans. « C'est un bon travailleur spécialisé dans le débardage des forêts, indique Bruno Buffard. J'en ai six autres et nous faisons aussi des travaux de fauchage ou encore d'entretien des vignes. Ici, avec une sarcleuse maraîchère dans pas plus de 40/50 centimètres d'eau, le cheval va libérer les cailloux et les limons vont s'écouler. En revanche, il ne laboure pas la rivière comme j'ai pu l'entendre, car il ne tire pas une charrue. Il la canarde ! C'est un travail pénible autant pour l'homme que l'animal. Chaque chantier est différent, car on utilise les compétences du vivant… »

Effectivement, au rythme d'environ une heure par m², les cailloux redeviennent lisses et les eaux translucides. Les truites vont pouvoir frayer tranquillement.